Entretien

Coronavirus: «Il faut lui opposer une stratégie extrêmement vigoureuse»

Le professeur Axel Kahn, généticien et président de la Ligue nationale contre le cancer.
Le professeur Axel Kahn, généticien et président de la Ligue nationale contre le cancer. RFI
Texte par : RFI Suivre
4 mn

La France vit confinée depuis le 30 octobre 2020. Ce mardi soir le président de la République Emmanuel Macron a annoncé un allègement du confinement. Dans une tribune publiée le même jour, France Assos Santé (qui regroupe des associations d’usagers du système de santé), en appelle à des mesures vigoureuses pour lutter efficacement contre le virus. Entretien avec le Pr Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer (association qui fait partie de France Assos Santé).

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RFI : Vous appelez dans cette tribune à tout mettre en œuvre pour mettre l’épidémie sous contrôle pour éviter le « stop and go » et une 3e vague ; les dégâts à chaque fois sont trop lourds.

Axel Kahn : Oui, les dégâts sont trop lourds, pour les citoyens, pour l’économie, pour le psychisme des jeunes, des moins jeunes, des anciens. Trop lourds également pour tous les dégâts collatéraux de la Covid, en particulier, vu mes fonctions actuelles, pour toutes les personnes atteintes du cancer. On ne peut pas se permettre de confiner, déconfiner, reconfiner, rédéconfiner, etc., cela n’est pas possible. Or le Sars-Cov2 colle à la peau partout, il est le sparadrap du capitaine Haddock, on ne s’en débarrasse pas comme cela, donc il faut lui opposer une stratégie extrêmement vigoureuse.

Pour vous, quelle doit être cette stratégie ?

Globalement, quand on confine, on diminue beaucoup la circulation virale ; le problème ensuite est d’éviter qu’elle ne ré-augmente. On le fait par un ensemble de mesures. Premièrement, il faut une distanciation physique maximale et le maintien de tous les gestes barrières alors que les commerces non essentiels vont rouvrir (achats de Noël). Et il faut mettre en œuvre la stratégie : tester – tracer – isoler – protéger. La protection des personnes isolées est indispensable pour que les personnes acceptent de s’isoler. Si les personnes que l’on a détectées comme étant infectieuses ne sont pas isolées, cela ne sert strictement à rien d’avoir dépisté.

L’isolement fait partie de la stratégie des autorités. Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Et que faire pour que cela fonctionne ?

L’isolement aujourd’hui est très difficile dans certaines circonstances. Il y a des gens qui travaillent à la journée, ont un salaire journalier et qui ont beaucoup de difficultés à envisager de s’arrêter pendant 7 jours. Il y a des gens qui vivent dans des conditions telles qu’ils ne peuvent pas s’isoler chez eux. Rien n’est prévu. On ne va pas enfermer les gens dans une cellule, ni dans une chambre d’hôtel sans rien. Par conséquent, pour que la stratégie soit efficace, il faut que la personne puisse être isolée dans un lieu correct (avec télévision, ou radio, etc.), puisse avoir accès à des repas de qualité, puisse avoir une indemnité journalière qui compense l’éventuel manque à gagner professionnel. La condition sine qua non de l’efficacité de l’isolement est la protection des personnes que l’on isole.

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