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Hommage au journaliste Pierre-Yves Schneider

Pierre-Yves Schneider est décédé samedi 28 novembre, à l’âge de 64 ans.
Pierre-Yves Schneider est décédé samedi 28 novembre, à l’âge de 64 ans. © Archives personnelles
Texte par : Laurence Lacour
7 mn

RFI a appris avec beaucoup de tristesse le décès de Pierre-Yves Schneider, ce samedi 28 novembre, à l’âge de 64 ans. Secrétaire général et porte-parole de l’Association des amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, créée à la suite du double assassinat des reporters de RFI à Kidal le 2 novembre 2013, Pierre-Yves Schneider a été directeur de l'information à Europe 2, enquêteur à Arrêt sur Images et formateur à RFI. Notre consœur Laurence Lacour, vice-présidente des Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, lui rend hommage et revient sur son parcours.

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Ce matin de novembre 2013, la foule est rassemblée dans le hall de l’immeuble de France Médias Monde, la foule des employés de RFI et de France 24, assommée par l’annonce du double assassinat de Claude Verlon et de Ghislaine Dupont. Ghislaine, Gigi, mon amie depuis trente et un ans. Perdue dans mon chagrin et dans cette assemblée recueillie, aux visages pour la plupart inconnus, je glisse mon bras sous celui de mon voisin et me serre tout contre lui pour écouter le requiem de Fauré sans vaciller. Pierre-Yves Schneider est ce roc-là sur lequel peut s’appuyer ma détresse tout aussi profonde que la sienne. À cet instant, il redevient le jeune camarade de promotion de Ghislaine, venu un week-end du printemps 1983 à Belfort où elle et moi faisons nos premiers pas de journalistes à la rédaction de Radio France. Le temps de la jeunesse, de l’insouciance, de nos crinières brunes, des joyeuses randonnées sur le Ballon d’Alsace et des dégustations de Comté et de son vin approprié rapportés par Ghislaine de sa Franche-Comté natale. L’époque voit s’épanouir les radios libres depuis que la gauche a libéré les ondes de la bande FM. Région après région, Radio France moissonne l’actualité locale tandis qu’à Paris, de toutes jeunes stations brisent les codes et les monopoles. C’est à radio Gilda que Pierre-Yves plonge dans cette formidable aventure toujours prometteuse d’une « actualité en ébullition ». Aux années 1980 tout est permis, tout est offert, alors, pionnier parmi les pionniers, il embrasse toutes les joies de la radio, du micro, du studio, du débat voire du pugilat en direct, du terrain jusqu’à la direction de la rédaction. La voie est ouverte, la vocation révélée chez ce jeune homme curieux et volontiers frondeur. Bientôt, les stations historiques se doivent de relever le défi et Europe1 lance à son tour Europe2 à vocation musicale, « que du rock, que de la pop » dont Pierre-Yves va prendre durant six ans notamment la direction de l’information dotée des solides moyens de la maison mère. Cela nous donne la joie de nous retrouver dans le mythique immeuble de la rue François-Ier où, l’expérience aidant, j’ai également trouvé ma place.

Soucieux de déontologie

Et alors, comment aimer la radio sans avoir envie d’approcher son pendant, la télévision ? Les canaux des années 1990 s’épanouissent à l’instar des ondes quinze ans plus tôt : chaînes privées, câble, satellite, la technologie impose ses modèles et surtout son économie marchande. À une exception près, (la Sept, future Arte), les tuyaux réclament des contenus parfois sensationnels voire racoleurs. Certains journalistes, soucieux de déontologie, estiment qu’il devient nécessaire de décrypter ces médias tout-puissants. Pierre-Yves Schneider est de ceux-là et rejoint l’équipe de l’émission phare, pionnière elle aussi, d’Arrêt sur Images, emmenée par l’exigeant Daniel Schneidermann sur La Cinquième, future France 5. Et c’est là aussi que le hasard nous réunit encore, cette fois sur un même plateau télé. À enquêter, monter d’ambitieux dossiers qui arrêtent le flux des images, examinent les angles morts et retournent les clichés dans tous les sens du terme. Un travail tout à fait inédit dans l’histoire du journalisme peu habitué jusque-là à la mise en abîme. L’éducation aux médias devient dès lors une nouvelle matière à enseigner et Pierre-Yves s’y attèle de différentes manières : en créant, sur Internet cette fois, le bien nommé site tocsin.net, puis au sein des instituts de journalisme notamment à Lyon et Grenoble où l’a conduit une nouvelle vie. 

Beaucoup de ceux qui sont aujourd’hui bouleversés par sa très brutale disparition connaissent surtout le Pierre-Yves de ces vingt dernières années : le formateur, le pédagogue qui, dans la dernière partie de sa vie professionnelle, est revenu à son amour de la radio couplé à celui de l’enseignement. Chargé par RFI de nombreux projets pédagogiques à destination des journalistes du continent africain où, entre-temps, la voix de Ghislaine Dupont est, elle, devenue référence. Qu’elles sont loin, alors, les randos sautillantes sur les pentes des Vosges... Sans qu’ils s’y croisent forcément, l’un et l’autre sillonnent les pays, chacun animé par sa passion. Informer pour elle. Enseigner pour lui. Le téléphone de Pierre-Yves sonne plus souvent au Mali, au Burkina Faso, au Cameroun ou en République centrafricaine qu’à Paris où à Grenoble. À son tour, il découvre la singularité, les subtilités et les enjeux des pays de ses élèves. Et si, lui et moi, nous nous sommes un peu perdus de vue, Ghislaine constitue un lien tendre et fidèle. Jusqu’à ce maudit matin de novembre 2013 lorsque, avec leurs proches, nous sommes conviés à 5h30 du matin à Roissy pour accueillir les cercueils de Claude et Ghislaine, assassinés en mission trois jours plus tôt au Nord-Mali. Ce matin glacial où, déjà, je me raccroche à son bras secourable pour affronter la réalité. Lors de la mise en bière de notre chère Gigi, son solide cercle d’amis penché sur son visage glacé, se jure de « faire quelque chose » pour perpétuer son souvenir. Deux mois plus tard, ce « quelque chose » jaillit quand, les mêmes réunis devant une cheminée, entendent Pierre-Yves lancer l’idée d’une association : Les Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Un peu long et solennel mais tellement incarné !

Chercher la vérité

Durant sept ans, en tant que secrétaire général et porte-parole, il en devient le moteur, l’aiguillon, la rage aussi, certes pour entretenir les mémoires mais d’abord pour chercher la vérité sur les commanditaires, les exécutants et les mobiles de ce crime. Face aux juges, aux avocats, tenace, il sait débusquer les détails, poser les questions gênantes quand d’autres, comme moi, se perdent toujours entre les katibas, les dunes du désert et les actions des forces françaises au Sahel. Depuis sa retraite face au Mont-Ventoux, cette quête l’habitait tout entier. Récemment, il mettait beaucoup d’espoir dans le tout nouvel appui d’Agnès Callamard, experte des Nations unies qui dirige déjà l’enquête sur l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Hélas, il n’en verra pas l’issue. Et sa fine connaissance d’un dossier désormais énorme va faire terriblement défaut à notre association.

À son tour, son décès nous oblige. Nos cœurs d’amis sont encore une fois frappés mais plus que jamais liés. Ce que nous voulions accomplir pour deux, désormais nous devrons le réaliser pour trois. 


L'hommage de Tiebilé Dramé, président du Parti pour la renaissance nationale (PARENA) et ancien ministre des Affaires étrangères du Mali

J’apprends, avec émotion, le décès brutal de Pierre-Yves Schneider.

Cette triste nouvelle ravive le souvenir de ma petite sœur Gigi, les circonstances de sa mort à Kidal et le combat opiniâtre de Pierre-Yves et de tous nos amis du collectif Ghislaine-Claude pour la manifestation de la vérité sur la tragédie du 2 novembre 2013.

Pierre-Yves manquera à ce combat tant sa détermination était grande.

 sa famille, à ses amis, à ses collègues, j’adresse mes sincères condoléances et les assure de ma sympathie.

Fraternelles pensées.                                                                                                               

 

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