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Goncourt des lycéens: la Camerounaise Djaïli Amadou Amal partage «une expérience de femmes»

L’écrivaine camerounaise Djaïli Amadou Amal, prix Goncourt des lycéens 2020 pour « Les Impatientes » (éditions Emmanuelle Collas).
L’écrivaine camerounaise Djaïli Amadou Amal, prix Goncourt des lycéens 2020 pour « Les Impatientes » (éditions Emmanuelle Collas). RFI/Sébastien Jédor
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Le Goncourt des lycéens a été remporté par l'écrivaine camerounaise Djaïli Amadou Amal pour son roman « Les Impatientes » aux éditions Emmanuelle Collas. Un livre sur la condition des femmes au Sahel et des violences dont elles peuvent être victimes.

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C’est un prix qui « représente beaucoup » pour Djaïli Amadou Amal. Lors de la remise du Goncourt des lycéens, qui s’est tenue en visioconférence cette année, Covid-19 oblige, elle a estimé que si « les jeunes sélectionnent, choisissent ce livre, pour en faire leur lauréat, en réalité cela signifie un espoir pour l’avenir. Cela signifie que les jeunes sont sensibles et que ça sera donc un changement pour le monde ».

Elle-même mariée de force à 17 ans, elle s’est émue qu’un jury de jeunes lecteurs et lectrices aient été sensibles aux sujets du « mariage précoce et forcé » ou des violences « conjugales, physiques ou morales ».

Sujet tabou

Son ouvrage est une reprise d'un roman publié au Cameroun en 2017 sous un autre titre, Munyal, un mot peul qui signifie patience et pour lequel elle a déjà été primée l’année dernière. L’annonce de cette nouvelle récompense mercredi a fait la fierté des libraires, mais ils restent peu optimistes sur les éventuelles retombées pour la littérature dans le pays. 

Dans la plus vieille librairie de Douala, les livres de Djaïli Amadou Amal sont alignés sur leurs étagères au fond du magasin, rapporte notre envoyée spéciale, Jeanne Richard. La gérante se fait un devoir de les proposer aux lecteurs. Et c’est un vrai plaisir d’apprendre l’attribution du Goncourt des lycéens à l’auteure camerounaise : « C’est une très bonne nouvelle, ça, c’est sûr. Mais les Camerounais ne lisent pas parce que les livres sont encore très chers pour eux. Les auteurs camerounais, on ne peut pas dire qu’on en vende énormément, mais il faut les avoir ».

Un peu plus loin dans centre-ville, Judith Egoume Ombang est également libraire, fière de ce prix mais peu optimiste sur les retombées dans le pays : « Il y aura peut-être le sentiment nationaliste du fait que c’est une Camerounaise. Mais combien iront le lire ? Très peu. Littérature, littérature… c’est à la base qu’il faut commencer à initier les enfants à la lecture ». De plus,les thèmes abordés dans le roman, sont assez tabou dans le pays : « Justement, c’est une occasion d’être au courant. Mais pour cela, il faut aller lire », estime la libraire qui vend davantage de manuels scolaires et de livres pour le travail que de romans.

« On est dans quelque chose qui est propre à notre expérience de femme »

C’est d’ailleurs l’un des buts du livre : briser les tabous. « Il y a plein de niveaux de lecture dans ce livre et il y a ce niveau de lecture qui est très intéressant, qui est un vrai geste politique qu’il faut faire entendre plus que jamais », estime Célia Sadaï, critique et chroniqueuse littéraire. « Je l’ai lu en tant que femme. Et en fait, ce qui est intéressant à lire, c’est les résonnances qu’on peut y trouver. Il y a plein de violences un peu banales qu’on identifie et on se dit "Ah, ça, je l’ai déjà vécu, je l’ai déjà subi, mais je ne l’ai jamais nommé comme violence". Il y a quelque chose de très universel qui fait vraiment écho, de très résonnant et vibratoire dans cette histoire, dans cette façon de parler des femmes, et qui dépasse complètement le contexte du Cameroun, d’une tradition peule et musulmane, qui est le contexte de l’environnement des héroïnes. Et là, on est vraiment dans quelque chose qui est propre à notre expérience de femme », confie-t-elle.

Si son livre, lui, dépasse les frontières du Cameroun, l’autrice reste toutefois très attachée et entretient une forte relation avec sa terre natale. Elle a d’ailleurs tenu à dénoncer les exactions qui y ont lieu. « Je ne peux pas ne pas dire un mot également, rappeler que dans le Nord-Cameroun, les jeunes et les femmes sont tués chaque jour par les exactions de Boko Haram », a-t-elle déclaré lors de son discours.

J’espère être cette voix-là qui permettra de sensibiliser et de faire un plaidoyer pour pouvoir faire évoluer la condition des femmes et l’éducation des jeunes

Djaïli Amadou Amal a remporté le prix Goncourt des lycéens avec «Les impatientes»

 

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