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Avec le Covid-19, Emmanuel Macron a multiplié les allocutions et changé de ton

Emmanuel Macron lors de son allocution du 24 novembre 2020.
Emmanuel Macron lors de son allocution du 24 novembre 2020. AFP - THOMAS COEX
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Emmanuel Macron présente le 31 décembre ses vœux aux Français. Une nouvelle allocution pour le président de la République qui a multiplié les interventions solennelles depuis le début de l’épidémie de Covid-19. Face à une crise sanitaire inédite, Emmanuel Macron a dû adapter son mode de communication.

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Emmanuel Macron n’a jamais autant parlé aux Français. Avec le Covid-19, il a abandonné la parole rare pour les allocutions à répétition prononcées de l’Élysée afin de marquer la solennité du moment. Ainsi, le 16 mars dernier, quand il apparaît sur les écrans de télévision et annonce : « Nous sommes en guerre ».

Macron, chef de la guerre contre le Covid-19, c’est la première posture du président de la République qui va enchainer les allocutions. Un choix logique pour le politologue Olivier Rouquan : « La communication solennelle qui a été choisie a permis de maintenir l’idée que le président est là, qu’il travaille. Et ça fonctionne. »

Et cela vise un objectif précis, comme l’explique Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste de la communication politique et professeur à Sciences Po,  : « L’argument en faveur de ces allocutions enregistrées diffusées à 20 heures, annoncées à l’avance, c’est l’audience, toucher beaucoup de gens au même moment. Parce que ça suffirait à créer un lien avec la population. » Emmanuel Macron a, en effet, été écouté à chaque fois par des millions de Français. Son record atteint près de 37 millions de téléspectateurs, le 13 avril.

Des cartons d’audience

Emmanuel Macron a fait des cartons d’audience. Mais a-t-il convaincu ? C’est toute la question. Avoir un auditoire massif et captif, ce n’est pas forcément le gage d’une communication réussie selon Philippe Moreau Chevrolet qui compare cette séquence à celle des « stand-up » du grand débat après les Gilets jaunes : « Ça créait un événement parce qu’il restait six, sept heures en scène et que cela le montrait au contact avec les gens. Le grand débat, c’était très efficace. C’est plus discutable concernant les allocutions Covid. Ce sont des allocutions enregistrées, il n’y a pas de dialogue, on dirait une statue quand il parle et il lit un prompteur, ça se voit. C’est très artificiel. »

Solennité et proximité ne font pas toujours bon ménage. Et pour Olivier Rouquan, les allocutions n’ont pas forcément amélioré l’image du président : « Il me semble que cette communication a manqué d’empathie, a manqué de valorisation de la proximité. » Un écueil identifié à l’Élysée où l’on a essayé de faire évoluer les messages du chef de l’État. Clément Léonarduzzi, le conseiller communication d’Emmanuel Macron, affirme que dans ses interventions le président a essayé d’« épouser le rapport du pays avec la maladie ». D’abord martial, Emmanuel Macron a voulu ensuite apparaitre protecteur avec le fameux slogan « quoi qu’il en coûte » pour annoncer les mesures d’accompagnement économique mais aussi porteur d’espoir quand il a déclaré : « Nous aurons des jours meilleurs et nous retrouverons les jours heureux, j’en ai la conviction ». Des mots prononcés en avril quand les Français se projetaient dans le déconfinement.

Le Covid-19, maitre des horloges du temps politique

Mais le reconfinement a ensuite renvoyé les jours heureux à plus tard. En 2020, le Covid est devenu le maitre des horloges du temps politique et les tentatives d’Emmanuel Macron pour reprendre le contrôle des événements se sont heurtées à la réalité sanitaire. Philippe Moreau Chevrolet explique : « C’est une question de timing. Emmanuel Macron a voulu se projeter dans le monde d’après dès la fin de la première vague. Il a parlé de sortie de crise, de déconfinement. Il a nommé le Monsieur déconfinement comme Premier ministre. Ça aurait très bien fonctionné pour lui, s’il n’y avait pas eu de deuxième vague, si au fond, le virus n’était pas ce qu’il est. »

Emmanuel Macron a-t-il été trop optimiste, trop tôt ? L’entourage du président reconnait que face cette épidémie, l’exécutif a appris « l’humilité ». Et même si après chaque allocution, les sondages réalisés par l’Élysée ont montré que les Français adhéraient majoritairement aux mesures annoncées, même si  la cote de popularité du président reste plutôt bonne dans les enquêtes d’opinion, il est trop tôt pour en tirer des conclusions selon Olivier Rouquan : « Il faut attendre la fin de son mandat pour savoir comment il pourra essayer de retrouver une lisibilité de projet, d’incarnation et de représentation parce que pour l’instant du fait de cette crise, je dirais que tout est suspendu. »

En attendant le monde d’après, Emmanuel Macron va s’adresser une nouvelle fois aux Français de l’Elysée pour le Nouvel An. Des vœux encore sous l’emprise du Covid-19.

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