Marine Le Pen a-t-elle les moyens de ses ambitions présidentielles?

Après ses échecs en 2012 et 2017, Marine Le Pen peut-elle espérer gagner l'Elysée en 2022 ?
Après ses échecs en 2012 et 2017, Marine Le Pen peut-elle espérer gagner l'Elysée en 2022 ? AFP/Alberto Pizzoli

Marine Le Pen souffle ce week-end sa dixième bougie à la tête du Rassemblement national, ex-Front national. En course pour une troisième présidentielle, la présidente du parti estime avoir fait de la formation politique créée par son père une écurie présidentielle. Pas si simple.

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Tours, les 15 et 16 janvier 2011. Le Front national, parti d'extrême droite cofondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen, change de tête et devient une entreprise familiale. Sa fille, Marine Le Pen, est élue présidente du mouvement face à Bruno Gollnisch. Lors de son discours d'intronisation, tout sourire, elle fixe un objectif : conquérir le pouvoir. Elle accuse un premier échec un an plus tard, en finissant sur la troisième marche du premier tour de la présidentielle. Le chemin s'annonce difficile.

Pour gagner son pari, Marine Le Pen théorise une méthode : elle veut, selon ses termes, « dédiaboliser le parti ». En filigrane, effacer « les années Jean-Marie ». Débute alors un grand ménage. Des profils radicaux sont exclus. À commencer par Jean-Marie Le Pen lui-même. Après des propos antisémites, et sous l'œil des caméras, Marine Le Pen condamne une « faute politique ». Un moment difficile pour la présidente mais « indispensable politiquement », raconte son entourage d’alors.

Un discours plus social

Viennent aussi les évolutions programmatiques. Fini le non à l’avortement, le parti assume un discours plus social. La stratégie enregistre ses premiers résultats aux municipales de 2014. Le FN remporte onze mairies dont Hénin-Beaumont ou Fréjus, des villes aujourd’hui brandies comme des vitrines de la gestion RN.

La transformation continue avec la présidentielle de 2017. Sous l’impulsion de Florian Philippot, le FN tente d’échapper au clivage gauche-droite et axe son programme sur les questions économiques et sociales. Pari gagnant. Le parti se qualifie au second tour avec un record à plus de 10 millions de voix. 

Dernières étapes de cette mue : la décision de ne plus promouvoir la sortie de l'euro et le changement de nom. Le Front national devient Rassemblement national en 2018. Derrière ce choix, un objectif : aller chercher de nouveaux alliés sur le modèle de l’alliance éphémère conclue dans l’entre-deux-tours avec Nicolas Dupont-Aignan. Indispensable pour conquérir le pouvoir.

Un élargissement limité

Pendant la campagne pour les européennes de mai 2019, Marine Le Pen enregistre les ralliements de personnalités qu'elle ne se prive pas de mettre en avant. Deux anciens LR seront même élus eurodéputés sur la liste de Jordan Bardella : l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy Thierry Mariani et l'ancien député Jean-Paul Garraud.

Brandi comme un trophée permettant d’échapper à une classification à l’extrême droite de l’échiquier politique, Andrea Kotarac de La France insoumise prend la parole lors de l’un des derniers meetings de la campagne. « Ces personnalités de droite n’ont basculé qu’après avoir été battues. Le vrai basculement serait que des élus en cours de mandat passent au RN », tempère Jean-Yves Camus, directeur de l’observatoire des radicalités politiques, pour qui « le cordon sanitaire est encore là ».

Ce n'est pas son seul point faible. Malgré dix ans de présidence, Marine Le Pen a un problème de logistique. La présidente du RN le concède. Pour 2022, il lui faudra des profils plus techniques pour organiser sa campagne. Le nom de Christophe Bay, énarque et ancien préfet, circule pour prendre la tête de la future équipe de campagne.

Si le RN cherche à se normaliser, ses alliés sont parfois loin de la ligne française. On l’a vu lors des dernières européennes et lors de la campagne présidentielle du candidat populiste au Portugal. Que dire de l’ancrage local du parti ? Lors des dernières municipales, le RN a conservé ses fiefs (Hénin-Beaumont, Fréjus…), a remporté une ville de plus de 100 000 habitants avec la victoire de Louis Aliot à Perpignan mais les autres conquêtes se comptent sur les doigts d’une main. Les régionales permettront de jauger l’intensité du maillage territorial. 

Un débat digéré ? 

Un dernier obstacle de taille se dresse sur le chemin vers 2022 : le débat raté d’entre-deux-tours de 2017. Cet échec pourrait devenir une force, tente de convaincre l'entourage de Marine Le Pen. L'adage ne dit-il pas que « ce qui ne tue pas rend plus fort » ? En privé, Marine Le Pen affirmait il y a quelques jours n'avoir « aucune angoisse à ce sujet. (..) Je suis prête à prendre le pouvoir, fière de ce qui a été accompli ces dix dernières années ».

Reste une question dont le RN n'arrive pas à se départir : Marine Le Pen sera-t-elle capable de s'entourer de gens compétents si d'aventure elle arrivait au pouvoir ? Des chefs d'entreprise, économistes, hauts fonctionnaires travaillent avec elle, répète son entourage à qui veut l’entendre. « Ils sortiront du bois quand elle aura gagné ».

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