France: le gouvernement lance le «Beauvau de la sécurité» pour réformer la police

Des agents des forces de l'ordre marchent à côté de manifestants contre le projet de loi sur la sécurité globale, à Paris le 16 janvier 2021.
Des agents des forces de l'ordre marchent à côté de manifestants contre le projet de loi sur la sécurité globale, à Paris le 16 janvier 2021. AP - Lewis Joly
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Ce lundi 25 janvier, le ministre de l'Intérieur Gérald Damarnin détaille aux syndicats policiers et représentants de la gendarmerie les modalités du « Beauvau de la sécurité ». Annoncée par Emmanuel Macron en pleine polémique sur les « violences policières », cette concertation nationale, prévue de fin janvier à début mai, doit associer syndicats, membres des forces de l’ordre, experts, élus et citoyens. Elle servira de base pour la future loi de programmation de la sécurité intérieure annoncée pour 2022. Deux des principaux syndicats de police, Alliance, majoritaire, et Unsa, après un refus, assisteront bien à la visioconférence. 

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Avec Laura Martel et Pierre Olivier, reporters au service France de RFI

« On y va dans un esprit d’ouverture, mais on sera très vigilant. On veut du concret. Si on voit que c’est un énième séminaire baudruche, on n’exclut pas de se retirer », souligne Olivier Hourcau, secrétaire général adjoint d’Alliance. Le syndicat majoritaire et l'Unsa ont finalement décidé de participer à la concertation après avoir obtenu mi-janvier de Gerald Darmanin l’engagement de concrétiser des mesures sociales déjà annoncées, comme la gratuité des transports et une meilleure prise en charge des mutuelles par le ministère.

Alliance a aussi fait ajouter un huitième thème, celui des « relations avec les autorités judiciaires », aux sept chantiers à débattre, listés par le ministre fin novembre. Soit les « 7 péchés capitaux de la police », selon l'expression de Gérald Darmanin, qui l'avait prononcée devant des parlementaires il y a deux mois, en pleine polémique sur les violences policières. 

« 7 péchés capitaux de la police »

Parmi ces 7 péchés, se trouve la formation des policiers, qui est passée d'un an à 8 mois - beaucoup trop courte selon les syndicats et spécialistes qui estiment que cette formation accélérée contribue à la mauvaise gestion de certaines situations par la police.

Il sera bien sûr aussi question de la captation vidéo des forces de l'ordre qui avait donné lieu à une controverse dans la loi sécurité globale. Enfin, la réforme de l'IGPN, la police des polices, accusée de manquer d'indépendance, devrait être aussi être largement abordée. 

 À écouter : Peut-on filmer la police ?

Agressions contre les policiers

Pour le syndicat majoritaire, au-delà des conditions de travail des policiers, le dossier le plus prégnant actuellement n’est pas celui des relations de la police avec les citoyens, mais bien avec la justice.

« On souhaite notamment une homogénéisation des peines sur le territoire et une meilleure information des policiers sur le suivi des sanctions prononcées, pointe Olivier Hourcau, en particulier, dans les cas d’agressions contre les fonctionnaires de police. » Sur ce point, les attentes sont grandes, insiste-t-il, quant à l’instauration d’une peine minimale pour ceux qui s’en prennent physiquement aux forces de l’ordre et aux symboles de l’État.

Cahiers de doléance

Cette concertation devrait durer jusqu'en mai prochain, sous forme de grands débats, tous les 15 jours. Des débats auxquels participeront des membres des forces de l'ordre, avec tous les grands syndicats, des élus locaux comme des maires ou des parlementaires, des citoyens de tous horizons ou encore des experts en matière de sécurité. Emmanuel Macron s'est également engagé à intervenir personnellement dans ce débat. 

Des cahiers de doléances seront aussi laissés à la disposition des forces de l'ordre dans les commissariats et les gendarmeries. Ils pourront être remplis de façon anonyme.

Ce genre de système avait déjà été mis en place lors du mouvement des « Gilets jaunes » et du « Grand débat citoyen » avec des cahiers déposés dans les mairies sur lesquels les habitants venaient écrire leurs revendications. Si les revendications avaient été nombreuses, en revanche, ces cahiers avaient souvent fini archivés sans avoir été lus ou compilés. 

Rien de concret avant la présidentielle 

Ce « Beauvau de la sécurité » a-t-il des chances d'aboutir et de consolider les liens entre les Français et leur police ? C'est en tout cas l'objectif affiché par l’exécutif qui assure que cette concertation va aussi permettre d'améliorer les conditions d'exercice des forces de l'ordre. 

Dans la réalité cependant, plusieurs syndicats estiment déjà qu'il aurait sans doute été plus efficace de s'asseoir autour d'une table et de parler directement avec le ministre de l'intérieur. Mais ce genre de réunions à huis clos est souvent moins médiatisé et donne donc moins l'impression d'un gouvernement qui saisit le problème de la sécurité à bras le corps. 

Enfin, il ne faut pas oublier que ce « Beauvau de la sécurité » doit se terminer en mai prochain, soit à un an de l'élection présidentielle. Or, on le sait, en année électorale, les réformes sont souvent ralenties. Et modifier l'institution policière prend du temps. Ce Beauvau de la sécurité ne devrait donc pas avoir de répercussions concrètes avant 2021 et l'élection présidentielle. 

► À lire aussi : Police française: des méthodes violentes en question

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