France: des députés inquiets après huit ans d'engagement militaire au Sahel

Le 22 avril 2013, l’opération Serval au Mali avait été lancée. Trois mois plus tard, les parlementaires français approuvaient la prolongation de la mission militaire. Huit ans plus tard, Serval est devenue Barkhane, et le Parlement n'a plus été consulté.
Le 22 avril 2013, l’opération Serval au Mali avait été lancée. Trois mois plus tard, les parlementaires français approuvaient la prolongation de la mission militaire. Huit ans plus tard, Serval est devenue Barkhane, et le Parlement n'a plus été consulté. © AFP/Dominique Faget

Au lendemain du Sommet du G5 Sahel de Ndjamena, les parlementaires français ont débattu ce jeudi matin sur les politiques de la France au Sahel. Le 22 avril 2013, l’opération Serval au Mali avait été lancée. Trois mois plus tard, les parlementaires français approuvaient la prolongation de la mission militaire. Huit ans plus tard, Serval est devenue Barkhane, et le Parlement n'a plus été consulté. Les débats ce jeudi ont montré les inquiétudes des députés face à une intervention qui s’installe durablement dans le temps.

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Après huit ans d’engagement militaire, une question est sur toutes les lèvres : comment et à quelles conditions les militaires français se retireront-ils du Sahel ? 

Parmi les députés, il y a ceux qui expriment pleinement leur soutien à cette action militaire. À l’image de Bertrand Pancher du groupe Libertés et territoire : « La France a fait le choix qui l'honore de répondre en intervenant politiquement, militairement et en favorisant le développement. La stratégie sahélienne de la France vise aussi à accompagner ces États dans leur capacité à assurer leur sécurité de façon autonome. Notre groupe Libertés et territoires rejoint cette stratégie qui nous semble complète. »

À écouter aussi : La force antiterroriste Barkhane au Sahel : « on perd des soldats car on prend des risques »

Et puis il y a les députés sceptiques, qui depuis le tout début questionnent le bienfondé de cette intervention. « Nous sommes en guerre, lance Jean-Luc Melenchon, leader de La France insoumise. Quels sont les objectifs ? Que faisons-nous là-bas ? La guerre au terrorisme ? Depuis quand la France fait la guerre à des concepts ? Qui est notre ennemi au Mali ? Qui payent ces gens-là ? Il faut nommer l'ennemi qui paye parce que qui paye commande. Et quelqu'un paye. Si aujourd'hui vous nous dites il y a plus de jihadistes, il faut se demander pourquoi ? Est-ce à cause de notre présence française ou bien parce que quelqu'un y met plus d'argent ? »

D'autres députés veulent aussi un agenda précis : un calendrier sur la durée de l’engagement militaire français au Sahel. Pour Thomas Gassiloud, député du groupe Agir ensemble, le volet militaire doit inclure davantage les partenaires européens et laisser place aux projets de développement économique  Il nous semble désormais temps de tendre vers un dispositif militaire avec peut-être moins de grandes bases, d'articuler à terme autour de forces agissant en soutien des forces sahéliennes. Et enfin de discrétion, quand on regarde un peu, toute force étrangère libératrice devient après quelques années une force d’occupation. »

Lancer des projets de développement

 Sur cette lancée, plusieurs députés préconisent d’investir dans les projets de développement. Comme André Chassaigne, député de la gauche démocrate et républicaine : « Il s’agit d’imaginer une solution où les objectifs militaires seraient soumis aux exigences démocratiques populaires, humanitaires, et non l’inverse. »

 Les autorités misent aussi sur ce volet. Seulement, ce projet se heurte encore à des difficultés, comme l’explique Jean Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères « C’est aussi le sursaut de la stabilisation, faire en sorte de soutenir, dans les zones libérées, le redéploiement des administrations territoriales, des services de base. Tout ça progresse, mais le compte n’y est pas encore. Pourquoi ? Parce que les populations n’ont toujours pas obtenu tous les gestes qu’elles attendent en matière de lutte contre l’impunité des violences commises à leur endroit. Pourquoi ? Parce que la corruption et les mauvaises pratiques n’ont toujours pas été complètement éliminées des administrations ». D’après ce ministre, en 2019, trois milliards d’euros ont été débloqués pour le volet développement dans le Sahel. Jean Yves le Drian estime qu’il faut désormais améliorer la coordination de cette aide sur le terrain.  

Face aux députés, les autorités se veulent rassurantes : les partenaires européens sont, eux aussi, de plus en plus engagés sur le terrain. En parallèle, la ministre des Armées, Florence Parly, mise notamment sur une autonomisation progressive des forces sahéliennes afin de prendre le relais à long terme.   

Je répéterai, s'il était besoin, que l'opération Barkhane n'est pas éternelle. Mais aujourd'hui, il n'est pas question de partir parce que nos partenaires nous demandent de continuer à les aider.

Florence Parly, ministre des Armées

► À lire aussi : Sommet du G5 Sahel: la force française Barkhane à la croisée des chemins

 

 

 

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