Le télétravail est devenu la norme avec le Covid-19, quid du «droit à la déconnexion»?

Le télétravail est devenu la norme pour de nombreux secteurs, depuis le début de la pandémie de Covid-19, mais le droit à la déconnexion n'a pas suivi cette tendance. Ici, une employée et son chat à Sassenheim, aux Pays-Bas le 2 octobre 2020.
Le télétravail est devenu la norme pour de nombreux secteurs, depuis le début de la pandémie de Covid-19, mais le droit à la déconnexion n'a pas suivi cette tendance. Ici, une employée et son chat à Sassenheim, aux Pays-Bas le 2 octobre 2020. REUTERS/Eva Plevier

Avec la pandémie de Covid-19, la frontière entre vie professionnelle et personnelle s’est réduite pour beaucoup, au fur et à mesure que le télétravail est devenu la norme. Et si la « la déconnexion » revient au centre des discussions, les autorités et entreprises peinent à sacraliser ce droit, créant des véritables bombes à retardement pour la santé des travailleurs.

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Le sujet du « droit à la déconnexion » est revenu sur le devant de la scène du côté du Parlement de l’UE, qui demande à la Commission européenne de légiférer sur le « droit à la déconnexion ». Celui-ci est considéré depuis 2017 en Europe et en France comme un « droit fondamental » pour les salariés.

Mais la pandémie de la Covid-19 est passée par là : les « sur-sollicitations » numériques dans le cadre professionnel sont déjà devenues de véritables bombes à retardement pour la santé des télétravailleurs, constate Marianne Lecot, avocate spécialisée en droit du travail et droit social :

Le droit à la déconnexion, c’est le droit pour un salarié de ne pas être joint par son employeur en dehors de ses heures de travail, que ce soit pendant ses congés ou pendant ses temps de repos. Mais dans la période actuelle, nous assistons à une « sur-sollicitation » par le biais des moyens technologiques et l’on constate des situations de souffrances au travail, avec des salariés qui n’arrivent plus à faire la part des choses, n’arrivent plus le soir à couper les connexions, et continuent de travailler de plus en plus tard sur leurs écrans qui les maintiennent en éveil. Et en effet, les conséquences peuvent êtres très graves pour la santé, pour la vie privée parfois mise à mal et aussi d’un point de vue financier par la force des choses.

Pour l'avocate Marianne Lecot, la «sur-sollicitation par des moyens technologiques peut avoir des conséquences peuvent êtres très graves pour la santé»

Des entreprises pour un télétravail plus « supportable »

Conscientes des risques psychosociaux, certaines entreprises ont décidé d’engager des discussions avec leurs salariés pour mettre en place un télétravail plus supportable.

Cela ne signifie pourtant pas la fin des réunions en visioconférence du matin au soir, les courriels intempestifs ou les appels professionnels incessants 7 jours sur 7 qui peuvent être nocifs à la santé des télétravailleurs et contre-productifs pour les sociétés.

Au lieu de cela, il serait venu le temps du télétravail sur mesure. Ce que préconise Christophe Platet, dirigeant du cabinet de conseil en management Lundano :

Je crois beaucoup à l’équilibre de 1 à 2 jours de télétravail. À mon sens, il faut que la majorité du temps soit passée en entreprise. L’un des reproches que l’on fait au télétravail, c’est qu’il a amené une charge supplémentaire pour une assez grande majorité de personnes dans l’entreprise et que sa régulation n’est pas évidente. Sur cette réserve-là, je pense toutefois qu’il peut y avoir un intérêt de mettre en place 1 jour de télétravail en Île-de-France pour économiser les temps de déplacements que nos études situent de l’ordre de 7 %. C’est très significatif, avec des millions de km de véhicules personnels qui sont gagnés, c’est un aspect du télétravail qui est très positif. Mais encore une fois, à développer dans les entreprises de façon très équilibrée.

Christophe Platet, dirigeant du cabinet de conseil en management Lundano, milite pour 1 ou 2 jours de télétravail par salarié

Le gouvernement veut plus de télétravail… mais refuse de l’inscrire dans le Code

Du côté du gouvernement, le ministère du Travail a transmis au patronat et aux syndicats un nouveau protocole sanitaire en entreprise visant à intensifier le recours au télétravail. Ce document invite les sociétés à « réduire au maximum le temps de présence sur site » de leurs salariés.

L’exécutif refuse toutefois d’inscrire la mesure dans le Code du travail, ce que ne lui laisse aucun moyen de contraindre les entreprises à appliquer le texte.

Même problème en ce qui concerne l’application du droit à la déconnexion, qui doit faire l’objet d’un accord entre employeur et employés. S’il s’invente au jour le jour dans les entreprises, le monde post-Covid-19 du télétravail a encore un long chemin à parcourir avant de devenir une réalité tangible.

 À écouter aussi : Télétravail: «Le "relâchement" ne se limite pas à certains secteurs»

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