Des états généraux de la laïcité lancés sous le signe de la discorde intellectuelle

La ministre Marlène Schiappa a lancé des états généraux de la laïcité, le 20 avril 2021.
La ministre Marlène Schiappa a lancé des états généraux de la laïcité, le 20 avril 2021. AFP - BERTRAND GUAY

Ce mardi ont été lancés à Paris les états généraux de la laïcité. Une initiative de la ministre déléguée à la citoyenneté Marlène Schiappa. Objectif : sensibiliser la jeunesse sur ce principe de séparation entre l’État et les religions. Une volonté de pédagogie dont la première étape a été un débat entre intellectuels qui a révélé de profondes divisions.

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Le gouvernement français a installé mardi et pour trois mois des états généraux de la laïcité, avec pour objectifs de toucher la jeunesse et d'avoir un débat serein sur ce sujet « inflammable ». Mais à peine annoncés, ils étaient déjà largement critiqués comme un coup médiatique.

« Le principe de laïcité doit être réaffirmé », a dit la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa, en lançant l'événement au Conservatoire national des arts et métiers à Paris, en présence de six essayistes, universitaires ou philosophes.

Ces derniers ont quelques rares points de convergence, comme le droit au blasphème. Mais pour le reste, ce sont deux conceptions radicalement différentes de la laïcité qui s'opposent. Il y a d'un côté les partisans d'une laïcité républicaine de combat face à une offensive qui serait menée notamment par l'islamisme politique, comme le pense le philosophe Henri Peña Ruiz : « Lorsque cette spiritualité religieuse se transforme en un projet de domination politique, alors elle fait de la politique ! Et si elle fait de la politique, il faut que nous fassions de la politique ! »

De l'autre côté, les défenseurs d'une laïcité discrète, libérale, à l'image du philosophe Gaspard Koenig. Pour lui, il y a justement déjà trop de politique, trop de lois contraignantes, trop d'instrumentalisation : « On est en train d'intégrer dans la laïcité une forme de mode de vie, qu'on aimerait imposer à des cultures qui nous dérangent. »

Réflexions et chantiers divers jusqu'à l'été

Des visions difficilement conciliables, comme en convient Marlène Schiappa : « Clairement, avec la laïcité dite républicaine, ou avec la laïcité dite libérale, des approches différentes existent. Il s'agit simplement de faire en sorte de renouer le fil d'un dialogue serein [...]. » Ce « trésor inestimable », ce « ciment de la citoyenneté », « n'est en aucun cas une arme contre les religions », a-t-elle insisté.

► Réécouter le Débat du jour (février 2020) : La laïcité est-elle en recul en France ?

Alors quelle bonne version de la laïcité pour la France ? La ministre déléguée à la Citoyenneté compte sur ses états généraux pour apporter une réponse... mais devra faire face à une concurrence sur le sujet au sein même du gouvernement : le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer s'apprête lui aussi à lancer un cercle de réflexion sur la laïcité.

Concrètement, la ministre a annoncé la tenue, jusqu'à l'été, de tables rondes et groupes de travail sur la liberté d'expression, la recherche, la jeunesse, l'intégration citoyenne, les droits des femmes. Des « cartes blanches » seront aussi confiées à des associations, comme la Licra (Ligue internationale contre la racisme et l'antisémitisme), « pour faire vivre le débat ».

En outre, une « grande consultation » est lancée auprès de 50 000 jeunes, invités à répondre à la question « comment faire vivre la laïcité au quotidien », à l'adresse laicite.make.org

À la fin de l'été, les résultats seront restitués lors d'un « forum » ; les initiatives et bonnes pratiques de terrain seront rendues publiques.

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