Jean-Luc Mélenchon dans la tourmente pour des propos jugés complotistes

Jean-Luc Melenchon assiste à un rassemblement pour l'emploi avant son premier meeting de campagne à Aubin, dans le sud-ouest de la France, le 16 mai 2021.
Jean-Luc Melenchon assiste à un rassemblement pour l'emploi avant son premier meeting de campagne à Aubin, dans le sud-ouest de la France, le 16 mai 2021. AFP - LIONEL BONAVENTURE

Le leader de La France insoumise est au cœur d'une polémique après des propos tenus lors d'une interview dimanche 6 juin. Le député des Bouches-du-Rhône, candidat pour la troisième fois à la présidentielle, est accusé de complotisme. Dérapage ou stratégie électorale ?

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Invité de l'émission politique dominicale de France Inter, France Info et du journal Le Monde, Jean-Luc Mélenchon est interrogé sur la prochaine présidentielle. Le candidat explique qu'Emmanuel Macron est une fabrication du « système » et qu'il y aura un autre candidat du même type en 2022.

« Dans tous les pays du monde, ils ont inventé un type comme ça, qui sortait de rien et qui était porté par un système oligarchique (...) Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Ça a été Merah en 2012 (l'auteur jihadiste des tueries de Toulouse et de Montauban, ndlr), ça a été l'attentat la dernière semaine sur les Champs Élysées (en 2017, un jihadiste assassine le policier Xavier Jugelé). Avant on avait eu Papy Voise (un retraité agressé chez lui à Orléans en avril 2002), dont plus personne n'a jamais entendu parler après. Tout ça, c'est écrit d'avance ».

Tollé immédiat

La gauche, la droite et le gouvernement dénoncent le complotisme de Jean-Luc Mélenchon. Latifa Ibn Ziaten, la mère d'une des victimes de Mohammed Merah, s'indigne sur Twitter. Son avocat a menacé de porter plainte.

Jean-Luc Mélenchon a d'abord laissé ses lieutenants aller sur les plateaux pour délivrer une explication alambiquée : il aurait visé l'extrême droite qui instrumentalise les attentats et l'insécurité.

Lundi après-midi, le leader de la France insoumise monte d'un cran et organise une prise de parole solennelle. En direct sur les chaînes d'info, Jean-Luc Mélenchon choisit la stratégie de la victimisation. Il dénonce un « appel au meurtre » dans une vidéo d'un youtubeur d'extrême droite (voir encadré). On y voit deux hommes armés donner des coups de couteau sur un mannequin censé représenter un électeur insoumis.

Dérapage contrôlé ?

Jean-Luc Mélenchon fait de la politique depuis près de 40 ans, il connaît la force des mots. Surtout que ce n'est pas la première fois qu'il flirte avec la ligne rouge. Dernier exemple en date la semaine dernière : dans une vidéo, Jean-Luc Mélenchon revient sur la panne des numéros d'urgence. Il accuse Orange d'avoir volontairement saboté ses lignes. « Je trouve ça suspect parce que ça rentre dans un système où à chaque fois qu'il s'agit de privatiser quelque chose, on commence par montrer que le service public fonctionne pas, qu'il y a un problème, etc. Voilà comment ils travaillent, eux, ils sabotent pour vous montrer pourquoi il faut du privé ». 

Abonné aux coups d'éclat, Jean-Luc Mélenchon s'en sert souvent pour parler à un électorat populaire qu'on dit « anti-système ». À chaque fois, il est attaqué par la classe politique et à chaque fois, pas de mea culpa, il riposte au contraire en se présentant comme une victime du « système ». Sauf que cette fois, il a été critiqué par des familles de victimes du terrorisme.

Ugo Gil Jimenez de son vrai nom est l'auteur de la vidéo dénoncé par Jean-Luc Mélenchon. C'est un militant d'extrême droite assumé avec une bonne audience sur YouTube : plus de 108 000 abonnés. Ses sujets de prédilection : l'immigration, la violence, la virilité, le patriotisme ou encore le « gauchisme ». Il est régulièrement invité sur des médias conservateurs : Sud Radio, TV Liberté ou Boulevard Voltaire.

Papacito peut compter sur un soutien de poids dans la sphère de l'extrême droite. Eric Zemmour, chroniqueur à CNews, parle de lui comme d'un ami. « J'aime beaucoup Papacito », a raconté le polémiste, condamné deux fois pour incitation à la haine raciale.

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