RENCONTRE

Il est juif, elle est musulmane: entre eux, une histoire d'amour et de tolérance

Entre Samuel – juif – et son épouse Asma – musulmane –, c’est l’union sacrée. Le couple a fait le choix de l’amour.
Entre Samuel – juif – et son épouse Asma – musulmane –, c’est l’union sacrée. Le couple a fait le choix de l’amour. © RFI/Corinne Binesti

L’une est musulmane, l’autre est juif. Asma et Samuel sont mariés depuis cinq ans. Parents d’une fillette de trois ans, ils vivent paisiblement en banlieue parisienne. « Certes, dans ma religion, il est dit qu’il est préférable de se marier avec un musulman. Mais c’est bien le bon Dieu qui a mis Sam sur ma route », confie la première. Rencontre avec ce couple qui a fait le choix de l'amour.

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Tout sourire, Asma et Samuel dégustent des pâtisseries orientales. Mariés depuis peu, le couple occupe un appartement dans une cité HLM du Val-de-Marne. Et si Asma est Tunisienne, musulmane et pratiquante, Samuel est juif non pratiquant. « Je ne suis pas pour autant non croyant », dit-il. À quelques mètres des deux amoureux, leur fille, Maya, joue calmement sur le tapis du salonIci, l’amour est palpable. Une histoire qui commence en 2016 lorsque la jeune étudiante de 29 ans débarque de Tunisie pour finaliser, en France, son mémoire à l’université. De son côté, Sam, lui, âgé de 30 ans, travaille dans le secteur du tourisme. Loin d’imaginer une vie de couple, le jeune homme accumule les sorties entre copains. Un soir, lors d’un dîner chez des amis communs, Asma et Sam font connaissance. C’est l’étincelle ! « À cette époque, j’étais éteint, dit-il. J’avais, certes, quelques conquêtes, mais aucune fille ne me faisait vibrer. Alors, quand j’ai vu Asma, j’ai tout de suite senti l’alchimie s’opérer ». De son côté, la jeune femme raconte pudiquement que la rencontre avec Sam l’a « bouleversée » : « Certes, dans ma religion, il est dit qu’il est préférable de se marier avec un musulman. Mais c’est bien le bon Dieu qui a mis Sam sur ma route, non ? Donc, c’est lui que j’ai choisi. Car c’est de lui dont je suis tombée amoureuse. » 

« On a fait le choix de l’amour »

Les jeunes échangent leur numéro de téléphone, puis commencent à se fréquenter. Au cours de leurs confidences, ils abordent le sujet de leur origine. « Lorsque je lui ai dit que ma mère était juive, originaire d’Algérie et, qui plus est, non pratiquante, je n’ai pas senti réticence. Au contraire même, Asma était curieuse de découvrir la partie "orientale" de ma famille », raconte Sam. Très vite, il évoque la filiation à sa judéité, en précisant qu’en réalité son judaïsme est surtout lié à la Shoah.

Petit-fils et arrière-petit-fils de déportés, Sam veut être un exemple de tolérance et d’antiracisme. « Ma grand-mère et mon arrière-grand-mère ont été déportées en 1943 au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, raconte-t-il.  Mon arrière-grand-mère a été gazée. Seule ma grand-mère est revenue. C’était une femme exceptionnelle qui, après avoir vécu l’horreur des camps, ne pouvait concevoir la violence entre les humains. Elle était engagée pour la paix ». 

Assise sur le canapé, Asma écoute son mari. « Nous sommes comme la grand-mère de Sam, lance la jeune maman. Nous avons pris le parti de l’amour ». Et quand ils font la connaissance de leur famille respective, les réactions sont plutôt positives. « Il a fallu que je discute avec mes parents, avoue Asma. Ils sont pratiquants et je ne viens pas d’une famille aisée. Mais, pour eux, le bonheur de leurs enfants est très important. Donc, ils ont compris. » 

De son côté, Sam n’a pas eu de mauvaises réflexions, mais quelques interrogations. « C’est vrai que l’histoire du mariage blanc a été évoqué. Mais mes parents ont vite compris qu’il s’agissait d’une réelle histoire d’amour », dit le jeune homme.

Désamorcer les sujets qui fâchent

Le rire leur permet aussi d’éviter les conflits. Cependant, sans pour autant faire dans l’angélisme, Samuel assure que si certains sujets peuvent être source de « conversations animées », ils sont désamorcés par les concessions. « Chacun fait un pas vers l’autre », dit-il. À commencer par les habitudes alimentaires. Si la viande halal est imposée en sein du foyer, Sam mange comme il veut à l’extérieur.

Asma, elle, s’adapte lors des sorties en choisissant davantage des plats à base de poisson. Quant à la viande de porc, Sam préfère en consommer en dehors de la maison. Et pour Maya, le couple a passé un pacte. « J’ai fait une concession et accepté que ma fille n’en consomme pas, dit Sam. En revanche, j’ai expressément demandé à Asma de ne jamais lui dire que le porc n’était pas bon ! Cela pour lui laisser le choix de prendre, plus tard, ses propres décisions. »  Et qu’importe la décision prise par leur fillele couple s’est engagé à ne pas le lui reprocher.  L’objectif étant, pour eux, de lui apprendre le libre arbitre. Une liberté de penser qui, pour Samuel comme pour Asma, est loin d’être acquise par les temps qui courent. « Quand on pense qu’il y a des parents qui imposent à des enseignants de classes de maternelles de ne pas raconter l’histoire des trois petits cochons ! », dit Sam.

Dans un autre registre, il s’insurge aussi contre les « ultras » qui insultent les personnes juives qui ne valideraient pas la politique de l'ancien Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu. Quant à Asma, devenue enseignante, elle confie : « Des élèves cherchent parfois indirectement à me provoquer en me demandant si je fais le ramadan. Je leur réponds toujours que cela ne les regarde pas. Ça clôt le débat. »

Pour l’heure, le conflit israélo-palestinien les sidère. « Ce que fait le gouvernement israélien dans les territoires occupés est criminel, lance Asma. Quant au Hamas, c’est pareil. Ils sont financés par les pays du Golfe et ne vendent que des mensonges au peuple palestinien. » 

Au regard des récentes manifestations qui se sont déroulées en France à propos du conflit, Samuel dit avoir un problème : « Quand tu parles avec un mec de 18/25 ans dans les cortèges, tu constates souvent qu’il y a une méconnaissance absolue de l’histoire du conflit israélo-palestinien ! Moi, quand je vois un tel niveau de bêtise et de racisme chez certains, je deviens pessimiste. »

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