«Affaire Boulin»: la famille de l’ancien ministre assigne l'État pour «faute lourde»

Robert Boulin au Palais de l'Élysée, le 26 septembre 1979, à Paris.
Robert Boulin au Palais de l'Élysée, le 26 septembre 1979, à Paris. AFP PHOTO / MARCEL BINH

En France, c'est un nouveau rebondissement dans ce que l'on appelle l'« affaire Boulin ». La famille de l'ancien ministre gaulliste retrouvé mort en 1979 a assigné l'État pour « faute lourde » en dénonçant le manque d'avancées dans l'instruction.

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« Je ne désespère pas de la justice, car je suis résolument démocrate, mais cela fait 42 ans que j'attends que la justice se fasse. Je suis très patiente, mais cela abîme notre démocratie de ne pas tout faire pour connaître la vérité sur la mort de mon père », a déclaré Fabienne Boulin-Burgeat.

La fille de Robert Boulin accuse les deux magistrats instructeurs de Versailles de ne « pas travailler » pour faire avancer l'enquête. Elle demande 100 000 euros à l'État en réparation du préjudice.

Le corps de Robert Boulin avait été retrouvé le 30 octobre 1979, dans 50 cm d'eau dans l'étang du Rompu à Saint-Léger-en-Yvelines (région Île-de-France). Immédiatement après sa mort, il avait été annoncé que le ministre du Travail de Valéry Giscard d'Estaing, 59 ans, s'était suicidé après avoir absorbé des barbituriques. Le ministre venait en effet d'être mis en cause concernant les conditions d'acquisition d'un terrain à Ramatuelle, dans le sud de la France.

L'affaire avait initialement été classée comme un suicide avant qu'une enquête ne soit ouverte à la suite d'une plainte de la famille contre X pour homicide volontaire, en 1983. Le corps est exhumé et une nouvelle autopsie révèle deux fractures au visage. Aucune analyse médicale des poumons, qui aurait dû établir la noyade, n'est trouvée dans le dossier de 1979. L'instruction s'est conclue par un non-lieu en 1991.

En 2015, la justice a décidé de rouvrir le dossier pour « enlèvement » et « assassinat », à la suite d'une plainte de sa fille. Elle a toujours soutenu qu'il s'agissait d'un assassinat politique et non d'un suicide.

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« Cinq ans plus tard, plus de 25 témoins attendent toujours d'être entendus, si tant est qu'ils en soient capables ou, pire, que certains ne soient pas décédés entre temps », regrettent dans un communiqué transmis à l'AFP Fabienne Boulin-Burgeat et son avocate Me Marie Dosé, précisant que « quatre témoins sont morts ».

Déplorant le « dépérissement des preuves », elles insistent : « Cette série de déficiences dans la recherche des causes de la mort de Robert Boulin traduit l'inaptitude du service public de la justice à remplir la mission dont il est investi et caractérise une faute lourde de l'État ». Et elles assurent qu'aucun acte d'instruction n'a été « fixé » depuis des mois.

(Avec AFP)

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