Ma vie de jeune agriculteur français

Noémie, 32 ans, la vie chevrière au corps

Noémie Collet au milieu de ses chèvres, en avril 2021.
Noémie Collet au milieu de ses chèvres, en avril 2021. © Géraud Bosman-Delzons/RFI

À la tête d'un élevage caprin dans les Alpes, Noémie Collet incarne une génération d'agriculteurs qui entend bien reprendre son destin en main. Après sept années de rudes épreuves, la jeune mère de famille a relevé la tête : auréolée du titre de Miss France agricole en 2020, la Bergère en colère, son surnom sur les réseaux sociaux, n'hésite pas à croiser le fer pour défendre son métier et ses convictions.

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Noémie Collet élève une centaine de chèvres laitières sur la commune de Saint-Jean-d'Aulps, en Haute-Savoie, à une demi-heure du lac Léman. Elle a repris l'exploitation parentale en 2013 et elle est aujourd'hui associée avec sa mère. Chaque jour, elle transforme environ 200 litres de lait en un panel de produits : des yaourts, des flans, de la tomme, du sérac, de la raclette et surtout, son produit phare, le chevrotin. Ce fromage fait partie des nombreux produits de terroir français estampillé du label Appellation d'origine protégée, un gage de savoir-faire local reconnu à l'international.

Le Clos aux Chèvres est en agriculture biologique. Les animaux pâturent sur les hauteurs en été. L'hiver, ils sont nourris dans la bergerie avec, comme complément au fourrage, du lin et de la féverole, en lieu et place du soja brésilien, souvent transgénique.

Enfin, Noémie vend ses produits dans un rayon qui n'excède pas quelques dizaines de kilomètres : deux marchés hebdomadaires, en épicerie et en vente directe à la ferme, où elle propose aussi légumes, viandes et poissons du lac des producteurs alentours.

Noémie Collet porte une profonde affection à cet animal, dont elle apprécie avant tout le caractère malicieux.
Noémie Collet porte une profonde affection à cet animal, dont elle apprécie avant tout le caractère malicieux. © Géraud Bosman-Delzons/RFI

Accident, déboires et embûches

La ferme de Noémie coche donc toutes les cases de la nouvelle agriculture française, toujours plus respectueuse de l'environnement. À première vue, tout semble pour elle facile et couler de source. La semaine de notre rencontre, le contrôle des autorités sanitaires, qu'elle n'avait pas eu depuis son installation, n'a rien trouvé à redire et l'agricultrice semblait d'ailleurs assez sereine quant à cette visite, souvent redoutée des professionnels.

Pourtant, le parcours de Noémie n'a pas été une sinécure.

En 2007, son père, alors chef de l'exploitation, tombe d'une échelle. Quelques secondes qui font basculer la vie de la famille. À ce moment, Noémie a 18 ans et suit des études de comptabilité. « C'est là que l'on comprend que l'agriculture est un métier à part et sera toujours à part car, le soir même de l'accident, je devais traire les chèvres à la place de mon père. » Elle n'a d'autre choix que d'abandonner son emploi en alternance et ses études. Sa mère quitte également son emploi pour rejoindre l'exploitation. Son père est hospitalisé plusieurs mois, physiquement et moralement très atteint.

Comme si cela ne suffisait pas, elle ne bénéficie pas des faveurs de l'ancienne équipe municipale pour la réalisation de ses différents projets. Entre autres pierres d'achoppement, la route qui mène à sa ferme. C'est une piste forestière, impraticable pour des voitures de tourisme. Impossible donc de proposer la vente directe que Noémie veut mettre en place.

Bientôt mère de deux enfants, cheffe d'exploitation aux journées interminables et aux dettes qui s'accumulent, à un âge où l'insouciance estudiantine prédomine encore, elle affronte également une pollution de sa source d'eau en raison d'une décharge illégale. Femme, jeune, elle tente de faire valoir ses droits dans un milieu masculin qui la prend de haut, et se taille dès lors une réputation peu flatteuse dans le secteur. Le climat est délétère et n'arrange rien au moral. 

La remontada

Mais Noémie bataille. Notamment via les réseaux sociaux, sous l'avatar « la Bergère en colère ». Puis elle rebondit d'une drôle de manière : prétendre au titre de Miss France agricole. Ce concours est un pied de nez au célèbre concours de beauté qui a lieu le même jour, au mois de décembre : il a pour objectif de valoriser l'agriculture et récompense des « paysannes et fières de l'être ». « Ce truc-là était fait pour moi. Mais je n'avais pas le droit de me planter. » Une candidature écrite dans laquelle elle expose ses valeurs et le tour est joué : elle est élue en décembre 2019, parmi 125 autres femmes.

Noémie Collet ne craint pas de se dire «fière» de ce qu'elle a accompli après «douze années de galères». Fière aussi d'exercer l'un des plus beaux métiers qui soit : nourrir les gens.
Noémie Collet ne craint pas de se dire «fière» de ce qu'elle a accompli après «douze années de galères». Fière aussi d'exercer l'un des plus beaux métiers qui soit : nourrir les gens. © Géraud Bosman-Delzons/RFI

La bergère tient sa revanche. Personnelle d'abord, sur les tourments du passé, sur « ceux qui n'ont pas cru » en elle ou qui lui ont glissé des bâtons dans les roues. Ses projets d'amélioration de la ferme aboutissent en 2020... sept ans après son installation!

Au-delà, cette récompense attire à elle micros, caméras et gratte-papiers de l'Hexagone. Noémie peut exprimer à une plus large audience ses positions sur les enjeux qui transforment le monde agricole : le retour du loup, la Politique agricole commune, le manque de reconnaissance, le dogmatisme environnemental... Elle relaie notamment la colère sourde du monde agricole, ses frustrations, ses angoisses ou ses incompréhensions face aux injonctions parfois contradictoires adressées aux agriculteurs, qui se sentent souvent, à tort ou raison, mal-aimés de leurs concitoyens. Voici son témoignage.

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