Procès du 13-Novembre: devant les juges, Salah Abdeslam justifie l'indéfendable

Les 13 accusé du procès ont été invité à prendre la parole devant le tribunal ce mercredi 15 septembre 2021.
Les 13 accusé du procès ont été invité à prendre la parole devant le tribunal ce mercredi 15 septembre 2021. AFP - BENOIT PEYRUCQ

C'était ce mercredi 15 septembre le sixième jour du procès des attentats du 13-Novembre. Invité à prendre la parole par le président de la cour en début d'audience, Salah Abdeslam, le principal accusé, a justifié les attentats menés en 2015 par l'intervention militaire de la France contre le groupe État islamique.

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Avec notre envoyé spécial au palais de justice de Paris, Pierre Olivier

La cour, qui n'interrogera pas les accusés avant novembre sur leur personnalité, et en 2022 sur le fond du dossier, souhaitait une « déclaration spontanée », « succincte » résumant leur position sur les faits qui leur sont reprochés. « Pas un discours », avait prévenu le magistrat Jean-Louis Périès.

Après les brèves prises de parole des 13 accusés, Salah Abdeslam se démarque. « Bonjour à tous », lance-t-il à la salle, quand beaucoup de ses co-accusés avaient pris soin de saluer « Monsieur le président » et d'avoir une pensée pour les victimes.

Le principal accusé, vêtu d'un sweat gris, déroule alors son propos calmement : « Je voudrais dire qu'il y a une incompréhension. Il ne s'agit pas de terrorisme, mais d'islam authentique. Les terroristes sont des musulmans ! »

Silence dans la salle, Salah Abdeslam, poursuit : « On a attaqué des civils, mais il n'y avait rien de personnel. On a visé la France et rien d'autre, car les avions français qui larguent des bombes sur l'État islamique ne font pas la distinction entre les hommes, les femmes et les enfants. »

Des parties civiles se prennent alors dans les bras, d'autres laissent échapper une larme.

Imperturbable, l'accusé continue : « François Hollande savait, quand il nous a attaqués, qu'il risquait que des Français connaissent la mort. » Il conclut en regardant les victimes : «  Mes propos peuvent choquer, mais je veux être sincère avec ces gens qui subissent une douleur incommensurable. »

« C'est d'une facilité et d'une violence totale »

Ses propos ont en effet choqué David Fritz-Goeppinger, rescapé du Bataclan. « Je ne m'attendais pas à ce que, d'emblée, au bout d'une semaine de procès, il décomplexe le propos "je vous ai visé, mais vous n'êtes pas responsable", explique-t-il. C'est d'une facilité et d'une violence totale. Je trouve que c'est un manque de respect envers mon vécu et celui de toutes les victimes. »

« Ses propos sont beaucoup moins tonitruants que lors de ses premières prises de parole maintenant. Quant au contenu, il entend présenter une forme de justification politique déclarant à nouveau que les victimes ne sont pas visées ad hominem, ce que l'on sait depuis l'origine », a lui commenté Philippe Dupeyron, le président de l'association 13onze15 Fraternité et Vérité.

Encore une fois le contenu est forcément provocateur, et il est vrai qu'entendre une forme d'expression de compassion pour les victimes, c'est à la fois un peu ce que l'on veut entendre, et en même temps, c'est tellement dérisoire par rapport à ce que l'on a vécu qu'il est difficile d'ajouter d'autres commentaires.

 

« On est en réalité dans une constante du terrorisme »

Gérard Chemla, avocat de parties civiles, déplore particulièrement la justification de Salah Abdeslam, qui selon lui n'a pas de sens. « Le premier attentat important en France, c'est Mohammed Merah, et à ce moment-là, il n'est pas question de bombarder qui que ce soit, rappelle-t-il. On est en réalité dans une constante du terrorisme jihadiste : quand Salah Abdeslam vient dire "c'est le vrai islam", qui peut imaginer que le véritable islam demande à tuer qui que ce soit ? »

Les autres accusés ont brièvement pris la parole. Certains ont exprimé leur compassion avec les victimes, mais ont réfuté être des « terroristes ». D'autres ont reconnu une partie des faits qui leur sont reprochés. Une partie d'entre eux a préféré refuser de s'exprimer à ce stade.

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