Au procès du 13-Novembre, la salle d'audience replonge dans l'horreur du Bataclan

Un blessé est évacué de la salle de concert du Bataclan, visée par une attaque le 13 novembre 2015.
Un blessé est évacué de la salle de concert du Bataclan, visée par une attaque le 13 novembre 2015. AP - Thibault Camus

Au procès des attentats du 13 novembre 2015, ce vendredi, un enquêteur a fait revivre à la salle d'audience sa progression « dans l'horreur » de la salle de concert du Bataclan ce soir-là.

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Il y a une semaine tout juste, lors de la lecture de son rapport, le président de la cour d'assises spéciale avait égrené dans un silence total les noms et âges des 90 personnes tuées le soir du 13 novembre 2015 au Bataclan. Il lui avait fallu plus de cinq minutes pour toutes les citer. Ce vendredi, l'horreur a pris une autre dimension avec le récit d'un enquêteur de la brigade criminelle.

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Nous sommes le 14 novembre 2015. Il est 5h du matin. L'assaut de la BRI dans la salle de concert est terminé. Les trois terroristes sont morts, les otages libérés, les derniers blessés évacués. Patrick Bourbotte, désigné coordinateur des constatations pour la brigade criminelle de Paris, entre dans la salle. « Bonne chance, vous allez être dans l'horreur pendant des heures », lui glisse un policier de la brigade de recherche et d'intervention. « L'ambiance est saisissante, lugubre, froide. La lumière est blanche, ce qui rend l'endroit blafard. Les plafonds sont très hauts, ça donne un aspect de cathédrale », raconte l'enquêteur devant une salle d'audience pleine. Il décrit les corps enchevêtrés, le sang coagulé, les morceaux de corps et les téléphones qui sonnent...

Dans les pas de l'enquêteur

Le plan du Bataclan est affiché sur l'écran géant derrière la cour. Pendant plusieurs heures, Patrick Bourbotte entraîne la salle d'audience sur ses pas. Au fil de sa progression, il recense les écrous métalliques, les balles « ensanglantées », les trois kalachnikovs retrouvées, la clé de la voiture des jihadistes, la tête « intacte » de Samy Amimour qui s'est fait exploser sur la scène après avoir été touché par les tirs d'un commissaire de la BAC et de son chauffeur, le « plafond défoncé » par l'instinct de survie de ceux qui ont fui par les combles. « On a tout fouillé. Ma hantise, c'était de passer à côté d'un blessé ou d'un corps, caché dans un trou de souris », confie l'enquêteur.

Zone par zone, il compte les victimes, une à une. Et à chaque fois, ce vendredi, Patrick Bourbotte lit le nom des victimes. Dans la salle d'audience, on entend quelques pleurs, rapporte notre envoyée spéciale au palais de justice, Marine de la Moissonnière. Quarante-quatre personnes ont été tuées dans la fosse dès le début de l'attaque. Il y en a eu 71 dans toute la salle. 

Après des heures à décrire l'horreur, l'enquêteur veut la faire écouter. Dans la salle de concert a été trouvé un dictaphone qui a enregistré l'intégralité de l'attaque. Il n'en diffusera qu'un très court extrait, « rien qui ne permettra d'identifier des victimes ». Il dure 22 secondes. Une éternité. Quelques parties civiles se lèvent et sortent. Au micro, un avocat redonne le numéro d'assistance psychologique pour ceux qui écoutent via la webradio.

Le groupe Eagles of Death Metal résonne, interrompu par des salves de tirs. L'audio se coupe, silence. Du reste des 2h38 d'enregistrement, Patrick Bourbotte ne lira que quelques extraits en prêtant sa voix à celles des terroristes. Sur la « bande son », les enquêteurs ont compté les coups de feu de cette « séquence » de 32 minutes : 258, en rafale et au coup par coup. 

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