Procès du 13-Novembre: dans le «chaos» des terrasses attaquées

À La Belle Équipe, au moins 163 balles ont été tirées en moins de deux minutes, le soir du 13 novembre 2015.
À La Belle Équipe, au moins 163 balles ont été tirées en moins de deux minutes, le soir du 13 novembre 2015. AFP - LOIC VENANCE

Au procès du 13-Novembre, des enquêteurs sont venus détailler ce lundi leurs constatations faites sur deux des terrasses attaquées ce soir-là, clôturant ainsi le récit des premières constatations.

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À la barre, l'enquêteur préfère prévenir d'emblée : « Je m'excuse si mon propos peut paraître froid ou déshumanisé, c'est le langage professionnel qui fait ça ». De fait, son style détonne avec celui de ses collègues, qui ont eu du mal la semaine dernière à contenir leur émotion en racontant leur travail après les attaques du Bataclan et d'autres terrasses.

Mais comme ceux qui l'ont précédé, ce policier de la brigade criminelle de Versailles, venu prêter main forte aux services parisiens le soir des attentats du 13-Novembre, semble ne pas parvenir à trouver des mots assez forts pour décrire ce à quoi il a assisté. Il parle de « chaos », d'« horreur absolue », mais cela ne paraît pas suffire.

Quand son équipe arrive devant La Belle Équipe, où 21 personnes ont trouvé la mort, « il y a une espèce de silence qui dénote avec la violence des faits, c'est un peu déroutant », dit ce barbu en costume noir, la trentaine, qui témoigne anonymement.

Le policier commence par montrer une vidéo filmée par un riverain. Vingt-huit secondes qui montrent deux des trois assaillants à côté de leur voiture, tirer en rafale et au coup par coup. La terrasse n'est pas dans le champ. Les jihadistes crient « Allah Akbar » et remontent dans leur véhicule. L’un porte des baskets orange. C’est Abdelhamid Abaaoud. 

Après la vidéo, l'enquêteur montre les conséquences de la fusillade en une photo : une dizaine de corps recouverts de draps colorés au pied des tables. Dans la salle d'audience, des sanglots éclatent.

Deux anniversaires

Sur l'écran apparaît alors un schéma de la position des 13 corps, identifiés des lettres A à M. Six autres clients sont décédées dans un poste médical improvisé dans un bar voisin, deux autres à l'hôpital. Pour chaque victime, le policier détaille les blessures. L'un « découvert sur le dos, blessé au niveau du cou, de la clavicule, de l'abdomen et de la poitrine », l'autre « en chien de fusil, blessé d'au moins quatre plaies ». Et il continue du même ton neutre, corps par corps. À La Belle Équipe, la plupart des victimes, essentiellement trentenaires, se connaissaient. Deux anniversaires étaient fêtés ce jour-là, rappelle l’enquêteur. 

L’explosion de violence a encore sidéré la salle. Au moins 163 balles ont été tirées en moins de 2 minutes, des impacts retrouvés du sol au plafond du restaurant, et jusqu’au deuxième étage de l’immeuble. Cinq voitures qui passaient ont aussi été visées. « Ils tiraient sur tout ce qui bougeait », résume l’enquêteur, qui ajoute un épisode glaçant. Juste avant l’attaque, les terroristes ont interpellé deux passants à un feu rouge en leur lançant : « Ce soir l’EI est venu vous égorger ».

Une nouvelle fois, Salah Abdeslam va réclamer la parole pour justifier, encore, ces attentats qui ne sont pour lui que des représailles aux frappes de la France en Syrie. « On peut se faire la guerre, mais la porte du dialogue doit toujours rester ouverte », ose-t-il, provoquant l'effarement et un rire général. « Ce n’est pas en tirant à la kalachnikov sur des civils qu’on dialogue », le coupe le président.

Explosion dans un nuage de plumes

Un peu plus tard, un autre enquêteur vient témoigner de ce qu'il a vu au café-restaurant Le Comptoir Voltaire, où s’est fait exploser Brahim Abdeslam sans tuer personne d'autre que lui, mais en faisant onze blessés. Une vidéo de 50 secondes est diffusée. Même muette, elle est saisissante. On y voit Brahim Abdeslam entrer d’un pas décidé, se diriger vers la partie la plus peuplée de la terrasse, bousculant au passage la serveuse. Elle l’interpelle, il se retourne et, dans un éclair de lumière et un nuage de plumes – celles de son blouson, selon toute vraisemblance –, il explose. Dans la salle d'audience, des exclamations de stupeur et d’effroi retentissent, rapporte notre envoyée spéciale, Laura Martel.

La serveuse est projetée à terre, grièvement blessée, comme le client le plus proche. Touché par de nombreux écrous, il reste affalé sur sa chaise tandis que les autres clients, blessés ou non, se précipitent dehors. « C’est incroyable qu’il n’y ait pas plus de morts », souffle une partie civile. Seule la partie dorsale de la ceinture a explosé, pointe l’enquêteur. Brahim Abdeslam, précise-t-il, porte une plaie béante au rein, mais aussi des traces de réanimation. Un médecin, pensant qu’il était une victime, a tenté de le réanimer avant de découvrir le reste de la bombe. Cette fois, Salah Abdeslam ne montre aucune réaction.

Ces deux témoignages viennent clôturer la séquence entamée jeudi, où deux enquêteurs étaient venus détailler leurs premières constatations sur les premières terrasses parisiennes attaquées le vendredi 13 novembre 2015. Là aussi, ils avaient raconté la sidération, le silence, les corps enchevêtrés, le sol maculé de sang... Deux vidéos avaient également été projetées : l'une montrant la fusillade à La Bonne Bière, l'autre au restaurant Casa Nostra.

L'audience reprendra mercredi.

À lire aussi : Procès du 13-Novembre, semaine 2: décrire l’horreur, l’exercice délicat des enquêteurs

 

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