Assemblée générale de l’ONU: Macron, absence active sur fond de crise indo-pacifique

Les présidents Emmanuel Macron et Joe Biden lors du dernier sommet de  l'OTAN, à Bruxelles le 14 juin 2021. (Image d’illustration).
Les présidents Emmanuel Macron et Joe Biden lors du dernier sommet de l'OTAN, à Bruxelles le 14 juin 2021. (Image d’illustration). AP - Brendan Smialowski

L’Assemblée générale des Nations unies s’est ouverte ce mardi 21 septembre avec une série de discours à la tribune, dont celui du président américain Joe Biden. Mais il y a des absents : le chef de l’État chinois Xi Jinping, ou encore Emmanuel Macron. En pleine crise des sous-marins australiens, l’absence du numéro un français suscite même un certain émoi dans les couloirs de l’ONU. Mais ce dernier, pour l'heure, préfère parler avec l'Inde.

Publicité

L’Assemblée générale de l’ONU ? Ça « n’est pas obligatoire », justifie l’entourage d’Emmanuel Macron. À l’Élysée, on constate que le président n’est pas le seul absent, puisque la moitié des chefs d'État et de gouvernement ne se déplace pas. Pourtant, mis à part l’an passé où tout s’était déroulé en visio à cause de la pandémie, la dernière absence d’un président français remonte à 2005. C’était Jacques Chirac, qui sortait tout juste de l’hôpital.

Cette année, c’est donc le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui porte la voix de la France. Interrogé à New York, il justifie très laconiquement l’absence du chef de l'État: « Le calendrier du président est en ce moment très, très chargé. Il pensait que je pouvais éventuellement faire la communication. »

Rien d’essentiel à l’agenda présidentiel en ce début de semaine, pourtant. Et surtout, ce qui suscite l’incompréhension de diplomates à New York, c’est le fait qu’Emmanuel Macron n’ait pas changé ses plans en pleine crise des sous-marins, précisément. Bouder au risque de s’isoler ? L’Élysée s’en défend, et insiste sur le fait que le chef de l’État a déjà affirmé à de multiples reprises ses positionnements face aux Nations unies, notamment en faveur du multilatéralisme.

En tout cas, à New York, le président américain a, en l'absence de son homologue français, évoqué l'affaire depuis la tribune. Washington n'a pas d'allié « plus proche ou plus fiable » que Canberra, a-t-il dit, alors que les deux pays ont acté la semaine passée, avec le Royaume-Uni, de construire un nouveau partenariat de sécurité à trois. Ce qui s'est traduit par l'abandon d'une commande de sous-marins français par l'Australie, au profit de submersibles américains, suivi d'une crise diplomatique avec Paris.

 À lire aussi : Emmanuel Macron, le grand absent de l’Assemblée générale de l’ONU

Et en conférence de presse avec le président américain, toujours ce mardi mais en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre australien a de son côté tenté de calmer le jeu. Scott Morrison a assuré que Washington et Canberra « tendaient la main » à leurs alliés européens, mais aussi asiatiques.

L'Inde, un allié bienvenu

Mais au fond, Emmanuel Macron est-il si absent que cela ? Non, serait-on tenté de répondre : il a plutôt opté pour la méthode sous-marine ce mardi. Alors que les chefs d'État défilaient à la tribune, l'Élysée et New Delhi ont en effet réaffirmé leur volonté « d'agir conjointement », notamment face à la Chine. Le président français et le Premier ministre indien Narendra Modi se sont entretenus au téléphone, réaffirmant leur volonté de travailler ensemble « dans un espace indo-pacifique ouvert et inclusif ».

Confirmation dans un tweet de M. Modi, qui a lui-même expliqué avoir discuté avec Emmanuel Macron d'une « plus étroite collaboration entre Inde et France dans l'Indo-Pacifique », rendant au passage hommage à « l'importance » du partenariat stratégique bilatéral. Échange téléphonique entre les deux dirigeants, mais aussi rencontre à New York entre Jean-Yves Le Drian et son homologue indien, photos à l'appui sur le compte Twitter de l'ambassade de France à New Delhi.

L'Inde, géant de la zone, au chevet de la diplomatie française ? « Le pragmatisme de Modi pourrait jouer un rôle en aidant Macron à trouver le moment propice pour commencer à réduire l'affront » tel qu'il est vécu à Paris, estime Rory Medcalf, directeur du National Security College à l'Université nationale d'Australie, interrogé par l'Agence France-Presse, même si, dans son communiqué, l'Élysée ne fait aucune allusion à la crise des sous-marins.  

Du côté du Royaume-Uni, on joue pour l'heure la carte du rapprochement. Le Royaume-Uni et la France ont « une relation très amicale », d'une « immense importance », a ainsi déclaré Boris Johnson à des journalistes, avant d'ajouter : « Notre amour de la France est inébranlable. » Pas sûr que ces mots doux suffisent à calmer l'ire du chef de la diplomatie française, qui a qualifié Londres de « cinquième roue du carrosse » dans cette affaire.

Guterres interpelle Washington et Pékin

Ce mardi, dans son discours d'ouverture, le secrétaire général des Nations unies a mis en garde les États-Unis et la Chine contre une nouvelle dégradation d'un monde déjà « au bord du gouffre ». Antonio Guterres en a appelé au dialogue entre Washington et Pékin, notamment dans la région du monde la plus scrutée et convoitée en ce moment : l'Indo-Pacifique.

Il a tenu à alerter sur le risque d'un monde bipolaire prisonnier des tensions sino-américaines. « Nous sommes confrontés à la plus grande cascade de crises de notre vie, a-t-il relevé. Je crains que notre monde ne se dirige vers deux ensembles différents de règles économiques, commerciales, financières et technologiques, deux approches divergentes dans le développement de l'intelligence artificielle et, finalement, deux stratégies militaires et géopolitiques différentes. »

« Nous avons besoin de dialoguer. Nous avons besoin de compréhension. Nous devons investir dans la prévention, le maintien et la consolidation de la paix. Nous avons besoin de progrès en matière de désarmement nucléaire et dans nos efforts communs de lutte contre le terrorisme. Nous avons besoin d'actions ancrées dans le respect des droits humains », a insisté Antonio Guterres.

► À lire aussi :À l'Assemblée générale de l'ONU, Biden « travaille » pour le retour de l'Iran

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI