En France, l'état alarmant du secteur de la santé mentale et de la psychiatrie

Pendant deux jours, les 27 et 28 septembre 2021, le secteur de la santé mentale et de la psychiatrie, fortement touché par la crise sanitaire, se réunit et débat.
Pendant deux jours, les 27 et 28 septembre 2021, le secteur de la santé mentale et de la psychiatrie, fortement touché par la crise sanitaire, se réunit et débat. © CC0 Pixabay/Gerd Altmann

En France, après un an et demi de crise sanitaire, le secteur de la santé mentale et de la psychiatrie guette avec anxiété les annonces du chef de l'État qui seront faites ce mardi en clôture des assises promises de longue date par Emmanuel Macron.

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L'épidémie de Covid-19 a mis un coup de projecteur sur les troubles psychiques dont souffrent actuellement plus de 12 millions de Français. L'isolement, les angoisses, les violences intra-familiales dans l'intimité des confinements ont aussi été les détonateurs de nouvelles souffrances.

La crise a aussi jeté une lumière crue sur l'état de délabrement du secteur de la psychiatrie et le constat est précis comme une radiographie de ce que ses professionnels vivent : la psychiatrie en France est au bord de l'implosion. 

« Il suffit d'essayer de prendre un rendez-vous avec un psychiatre ou un psychologue pour se rendre compte des difficultés, pointe le psychiatre Thierry Najman*. Il y a certains services hospitaliers où il faut parfois plus d'un an, même sur la région parisienne, pour obtenir un rendez-vous. Et lorsque l'on souhaite faire hospitaliser un proche, on peut se rendre compte très rapidement que les difficultés peuvent être particulièrement importantes. »

Fuite du personnel soignant

Aujourd'hui, à l'hôpital, 30% des postes ne sont pas pourvus et 20% des postes d'internes sont désertés. Dans des services hospitaliers où il y avait dix psychiatres, il n'y en plus qu'un seul. « Je crois que l'on a probablement dépassé actuellement un certain seuil puisque l'état de certains services hospitaliers est tellement grave que cela fait maintenant fuir des médecins, des infirmières, des psychologues, assure Thierry Najman. Et je crois que là on voit que la situation a franchi un cap important puisqu'en effet des services se vident de leurs professionnels, des services voient leurs lits parfois disparaitre comme cela a été signalé dans un hôpital psychiatrique du nord de la France. Et donc, la situation s'auto-aggrave tellement elle a atteint des difficultés majeures. »

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Emmanuel Macron avait fait de ces assises une promesse, le ministère des Solidarités et de la santé évoquant même un « moment historique ». Le report de l'évènement de juin à septembre n'a fait qu'accroître les attentes. Les professionnels espèrent maintenant des annonces en clôture des deux jours de débats, tel que le remboursement des consultations chez les psychologues. Ils espèrent surtout qu'un plan d'urgence viendra au secours d'une psychiatrie publique totalement sinistrée.

Avec des lits fermés par dizaines de milliers ces dernières décennies et un sous-financement chronique, la tâche est immense.

* Thierry Najman est l'auteur du livre Lieu d'asile Manifeste pour une autre psychiatrie aux Éditions Odile Jacob

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