Jadot - Rousseau: deux écologies irréconciliables?

Sandrine Rousseau et Yannick Jadot incarnent deux approches différentes au sein des Verts.
Sandrine Rousseau et Yannick Jadot incarnent deux approches différentes au sein des Verts. AFP - JOEL SAGET

C’est ce mardi soir que l’on connaîtra le nom du candidat ou de la candidate des écologistes à la présidentielle française de 2022. Au premier tour de la primaire écologiste, moins de 2 800 voix sur 106 000 votes séparaient l’eurodéputé Yannick Jadot (27,7% des voix) de l’économiste Sandrine Rousseau (25% des voix).

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Gagner en étant rassemblé ou gagner en étant radical. Deux stratégies s’affrontent pour ce second tour de la primaire des écologistes. La première est portée par Yannick Jadot, ancien militant de Greenpeace, eurodéputé depuis 2009. Il avait déjà été désigné candidat des Verts en 2016 mais s’était désisté au profit du candidat socialiste Benoit Hamon. Une stratégie perdante. Cette fois, il promet d’aller jusqu’au bout. Il ne veut pas d’une nouvelle candidature de témoignage mais ambitionne de gagner la présidentielle. Pour cela, il joue la carte de l’écolo pragmatique et rassembleur.

La seconde stratégie est défendue par l’universitaire Sandrine Rousseau. L’ancienne porte-parole des Verts a déjoué les pronostics en se qualifiant pour le second tour, devant la députée Delphine Batho et le maire de Grenoble Éric Piolle. En 2016, elle avait porté plainte contre l’élu Denis Baupin pour harcèlement et agressions sexuels, puis s’était mise en retrait du jeu politique. Elle revient au premier plan en prônant une écologie de rupture : rupture avec la société de consommation, avec le capitalisme et avec toutes formes de discriminations de genre, sociales ou raciales. Elle se réclame de l’écoféminisme, un courant de pensée marginal né en France dans les années 1970 qui établit des liens entre la domination de la nature par les hommes et le patriarcat.

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« Symbole des deux versants de l'écologie »

Loin d’être une anomalie, ce clivage traverse en réalité en profondeur la famille politique française : « Yannick Jadot essaye de rentrer parfaitement dans le corps du "présidentiable", de l’incarner d’une manière très rassembleuse, en emmenant tout le monde derrière lui sans faire peur à personne : cette forme d’écologie institutionnelle est une tradition chez les Verts. Il y en une autre - et elles ont toujours cohabité - c’est l’écologie alliée des luttes, des minoritaires, des causes qui font bouger la scène militante. Elle est incarnée par Sandrine Rousseau. On a dans ce deuxième tour le symbole des deux versants de l’écologie telle qu’elle a poussé en France », explique Vanessa Jérome, chercheuse associée à l’Université de Vancouver, auteur de Militer chez les Verts, aux Presses universitaires de Sciences-po. 

Deux approches différentes donc, mais aussi des propositions différentes. Sur le nucléaire, Yannick Jadot veut en sortir plus vite que son adversaire. Sur l’économie, Sandrine Rousseau est pour une augmentation du prix du litre d’essence, Jadot reprend à son compte la proposition d’ « ISF (impôt de solidarité sur la fortune) climatique » porté par le candidat Éric Piolle. Sur les institutions, Jadot est pour un septennat présidentiel non-renouvelable, Rousseau pour une refonte des institutions. Ou encore sur le travail : mise en place d’une semaine de quatre jours pour Rousseau, création d’un droit au télétravail pour Jadot.

« Fonds commun »

Leurs approches sont-elles irréconciliables ? Les deux candidats se sont en tout cas engagés à se soutenir mutuellement et à respecter le socle programmatique construit à l’automne par les différents partis écologistes et leurs adhérents. « À la fin, sur les propositions, il y aura beaucoup plus d’accords qu’on ne l’a vu durant la primaire parce qu’il y a un fonds commun dans le logiciel écologiste qui est partagé », estime la chercheuse Vanessa Jérôme. Agriculture, immigration, légalisation du cannabis ou lutte pour bien-être animal : les débats ont mis en lumière leurs convergences. 

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Et puis surtout, ils sont d’accord sur l’essentiel, veut croire l’eurodéputé David Cormand, ex-patron d’Europe Écologie - les Verts (EELV) : « Ce qui est logique, c'est qu'il y a une primaire donc il faut bien définir ce que l'on est : "Pourquoi je ne parlerais pas de ce sujet de cette façon-là" ou "pourquoi je m'y prendrais ainsi pour convaincre la société". Mais à la fin, on veut transformer de la même façon la société dans laquelle nous sommes parce qu'il y a une urgence à agir. On n'a plus le temps de se chamailler sur les rythmes auxquels il faut faire les changements, tout le monde est d'accord pour les faire rapidement. Donc maintenant, il faut se mettre en ordre de marche, il faut être au rendez-vous de la société qui est de plus en plus écolo et être à la hauteur de ces attentes. »

Il n'empêche, la campagne des Verts pour la présidentielle n'aura pas la même tonalité, la même orientation si elle est portée par Rousseau ou Jadot. Le rapport de force avec le reste de la gauche ne sera pas non plus le même : Rousseau dégage la voie pour la socialiste Anne Hidalgo et marche sur les plates-bandes du chef de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon. C’est l’inverse pour Jadot. 

« Assumer les responsabilités »

Dans la dernière ligne droite, Yannick Jadot, perçu comme le plus à même de plaire au plus grand nombre dans la perspective d'une présidentielle, a reçu le soutien de personnalités écologistes comme le penseur Bruno Latour ou encore d’une quarantaine d’élus écologistes dont le maire de Bordeaux. « L’heure n’est plus au témoignage d’une radicalité éloignée de l’exercice du pouvoir et de ses contraintes mais au choix résolu d’assumer les responsabilités qui nous incombent », écrivent-ils dans une lettre ouverte. 

Rallier les abstentionnistes

Leur message est clair : une victoire de Sandrine Rousseau à la primaire signifie une défaite assurée à la présidentielle. La chercheuse Vanessa Jérome relativise ce point de vue : « Une candidature Rousseau à la présidentielle repoussera peut-être - encore qu’on n’en soit pas sûr - les électeurs écolo plus proche du pôle social-démocrate. Mais si elle gagne, ça veut aussi dire qu’elle aura réussi à mobiliser -  et plutôt, on le suppose, dans la frange des abstentionnistes - des gens qui sont dégoûtés par un système politique qui ne permet pas d’avancer sur l’écologie. »  

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