ANALYSE

France: les «gilets jaunes» ont trois ans et les ferments du mouvement sont toujours là

C'était il y a trois ans. Des «gilets jaunes» bloquent un dépôt de carburant à Frontignan, le 3 décembre 2018. (Image illustration)
C'était il y a trois ans. Des «gilets jaunes» bloquent un dépôt de carburant à Frontignan, le 3 décembre 2018. (Image illustration) PASCAL GUYOT / AFP

ll y a trois ans, des dizaines de milliers de manifestants habillés de gilets jaunes s'étaient mobilisés dans toute la France pour manifester contre une hausse des taxes sur le carburant. Ce 17 novembre marque le début d'un mouvement qui a réuni, pendant des mois sur les ronds-points et dans les manifestations, ceux que l'on appelle les « gilets jaunes ».

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C'était il y a trois ans, dans les premiers froids du mois de novembre. Visage émacié, regard volontaire, Rémi, agent de service en hôpital et « gilet jaune » livrait un témoignage avec sincérité : « On travaille, on travaille. Mais à la fin du mois, on n’a rien. Quand vous avez 1 100 euros, vous payez l’assurance d’une voiture, vous payez votre loyer, l’eau, l’électricité, le gaz. Il vous reste quoi à la fin du mois ? Rien. Le 15, on crève de faim. »

Le mouvement des « gilets jaunes » a surpris la France et fait reculer le gouvernement sur la question de la taxe carbone et du prix de l'énergie. Emmanuelle Reungoat est chercheuse en sciences politiques à l'université de Montpellier, elle revient sur ses origines au micro de Laurence Théault, du service France de RFI : « C’est un mouvement qui s’est focalisé sur le pouvoir d’achat à ses débuts, parce que c’est un enjeu important pour beaucoup de "gilets jaunes", explique-t-elle. Ceci dit, ce qu’on a vu, nous, dans nos enquêtes, c’est que le mouvement était beaucoup plus large que ça. C’est-à-dire qu’il y a aussi toute une partie qui n’était pas touchée par la précarité. »

Milieu populaire et classes moyennes 

La chercheuse insiste sur la sociologie éclatée des « gilets jaunes », qui n’a pas touché uniquement les plus précaires. « C’est un mouvement de milieu populaire, de classe moyenne. Et on a vu aussi qu’on n’avait pas tout à fait les mêmes populations sur les ronds-points, dans les manifestations, selon le répertoire. Le mouvement était relativement représentatif d’une grande partie de la population française », dit-elle.

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Emmanuelle Reungoat note que les motifs de mécontentement des « gilets jaunes » « n’ont pas bougé » depuis trois ans. Pour elle, les « gilets jaunes », qui ont du mal à finir le mois, ont toujours les mêmes difficultés économiques au quotidien, « même si parfois le mouvement a pu permettre de mettre en place des réseaux de solidarité et d’entraide ». « Ce ne sont pas les politiques publiques qui ont changé. Et même si c’est un mouvement globalement de travailleurs ou de salariés, la réforme de Pôle emploi, l’assurance chômage ne va pas aller dans ce sens-là. » La question du ressenti d’une indivisibilité ou d’un mépris social « n’a pas changé non plus », constate la chercheuse.

Vers un retour de la mobilisation ?

La mobilisation a duré très longtemps, mais elle a fini par s'affaiblir. Alors, le mouvement peut-il reprendre ? « Je pense qu’il ne reprendra pas sous la même forme, s’il reprend. Ceci dit, les motifs de mécontentement sont toujours les mêmes, estime Emmanuelle Reungoat. Ce mouvement a créé des réseaux entre les gens. Même les gens qui se sont désengagés, il y a eu des réseaux de sociabilité, d’interconnaissance entre des gens qui ne se connaissaient pas et de milieux politiques très différents. Ça, ce sont des choses qui restent. Ce sont des réseaux qui, potentiellement, peuvent se remobiliser, surtout les réseaux amicaux et les réseaux de sociabilité. De là à dire que le mouvement reprendra et sous quelle forme… ça, bien malin qui peut le dire ».

Au total, le mouvement des « gilets jaunes » a mobilisé près de trois millions de personnes fin 2018 et début 2019.

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