France: face à la crise aux Antilles, gouvernement et syndicats dans un dialogue de sourds

Le ministre Sébastien Lecornu est arrivé aux Antilles après plusieurs semaines d'émeutes et de contestation parfois violentes. Ici, un barrage à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le 22 novembre 2021.
Le ministre Sébastien Lecornu est arrivé aux Antilles après plusieurs semaines d'émeutes et de contestation parfois violentes. Ici, un barrage à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le 22 novembre 2021. © Ricardo Arduengo, Reuters

Des discussions stoppées à peine entamées: le ministre français des Outre-mer Sébastien Lecornu n'a rencontré que brièvement lundi 29 novembre l'intersyndicale en Guadeloupe où le gouvernement envoie 70 gendarmes mobiles et 10 membres du GIGN supplémentaires pour faire face à la violence durant la crise sociale. Après cette visite éclair de 24h, le ministre est ensuite arrivé en Martinique lundi soir.

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Sébastien Lecornu a atterri en début de soirée en Martinique, a-t-on appris auprès de son entourage, soit sa deuxième et dernière étape d'un court séjour destiné à apaiser les tensions et tenter de sortir de la crise sociale traversée par les deux îles des Antilles françaises. Distantes de 120 km, les deux départements d’Outre-mer sont marqués par un fort taux de chômage, en particulier chez les jeunes.

Il doit être de retour mercredi 1er décembre à Paris.

Encore en Guadeloupe, où il était arrivé dimanche 28 novembre, le ministre a jugé qu'aucune discussion n'est possible tant que les syndicats ne « veulent pas condamner des tentatives d'assassinat contre des policiers et des gendarmes », un « préalable pourtant évident et indispensable ».

Sa rencontre avec quatre représentants syndicaux de l'UGTG et FO s'est donc résumée à une simple remise de « documents de revendication ».

Réclamant une « prise de conscience » face aux violences, Sébastien Lecornu a annoncé lors d'un point presse l'envoi d'un escadron de 70 gendarmes mobiles et 10 membres du GIGN supplémentaires, pour « tenir ». « Lorsqu'on tire et qu'on arrose au 9 millimètres dans les rues », c'est « un miracle qu'un enfant de 9 ou 10 ans » ne se soit pas « retrouvé sous ces balles », a-t-il insisté.

Né du refus de l'obligation vaccinale pour soignants et pompiers, le mouvement s'est étendu à des revendications politiques et sociales, notamment contre la vie chère, dans ces îles au fort taux de chômage, en particulier chez les jeunes.

 À écouter aussi : Crise sociale dans les Antilles françaises: les raisons de la colère

Le ministre a vivement critiqué les responsables syndicaux qui « ont commencé à vouloir chercher des amnisties » pour les auteurs de violences.

« Tout va être mis en œuvre pour libérer les barrages » qui entravent encore par endroits la circulation sur l'île « et les renforts participent de ça » a poursuivi Sébastien Lecornu.

Une visite « forcée par le rapport de forces » ?

Côté syndicats, la délégation estime que Sébastien Lecornu « n'est pas venu pour négocier, mais parce qu'il a été forcé par le rapport de forces que nous avons installé ».

Maïté Hubert-M'Toumo, de l'UGTG, rappelle leurs revendications « prioritaires » comme « l'arrêt des suspensions des personnels et professions libérales » non-vaccinés, la « suspension des condamnations des personnes pour les violences », et un « plan d'urgence pour la qualification des jeunes et les conditions de travail des familles guadeloupéennes ».

L'intersyndicale a également réclamé que 30 organisations soient reçues, et non 10. Lundi, le Collectif des socio-professionnels, qui rassemble plusieurs corps de métiers très différents (transporteurs, taxis, BTP, tourisme), a menacé d'« une action » d'ici 24 heures s'il n'était pas invité aux négociations. Le collectif avait barré la Guadeloupe durant trois jours en février.

« On ne peut pas négocier en 24h. (Lecornu) c'est le père venu gronder son fils, venu donner une leçon mais la leçon ne passera pas », a déclaré Jocelyn Zou de FO pompiers à la presse.

Dans la foulée, des élus locaux guadeloupéens ont décidé de ne pas se rendre à une rencontre prévue avec Sébastien Lecornu, qui a finalement eu lieu en visio-conférence mais seulement avec « 16 maires », a-t-il souligné.

M. Lecornu a répété que l'obligation vaccinale, repoussée au 31 décembre, ne serait pas levée, car « les lois de la République ont vocation à s'appliquer » dans les Antilles françaises.

Comme la précédente, la nuit de dimanche à lundi a été plus calme. Seul un « petit accrochage » était à déplorer en Guadeloupe, selon une source policière à l'AFP.

Quelque 300 personnes manifestaient dans le calme lundi devant la sous-préfecture de Guadeloupe pendant que M. Lecornu recevait les syndicats.

L'autonomie en débat

En Martinique, Sébastien Lecornu rencontrera également l'intersyndicale et les élus locaux, qui ont signé avec l'État un « accord de méthode » pour tenter de sortir de la crise, a indiqué la préfecture. Sept thématiques (santé, jeunesse, vie chère dont prix des carburants et du gaz, transports, chlordéconomie, pêche, culture) doivent faire l'objet de discussions.

En métropole, les oppositions, notamment à droite, continuent de fustiger la nouvelle position du gouvernement, « prêt », selon M. Lecornu vendredi, à évoquer la question de davantage d'autonomie pour la Guadeloupe.

Le débat sur l'autonomie n'est « évidemment pas le débat sur l'indépendance », a temporisé le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin en citant l'exemple de la Polynésie française à l'autonomie renforcée depuis 1996. Selon lui, il s’agit d’une « demande » venue des « élus de Guadeloupe ».

(avec AFP)

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