Non-vaccinés: les oppositions outrées par les propos de Macron, la majorité fait bloc

Les réactions, outrées pour la plupart, continuent de se multiplier après les déclarations chocs d'Emmanuel Macron sur les non-vaccinés, dans un échange avec des lecteurs du journal Le Parisien. De l'extrême droite à l'extrême gauche, les condamnations sont unanimes. Jean Castex a néanmoins moins enfoncé le clou au Sénat. Et le Premier ministre se rend à l'Assemblée nationale, où il est très attendu, ce mercredi 5 janvier.

Le Premier ministre français Jean Castex, mardi 4 janvier 2022 lors des questions au gouvernement de l'Assemblée nationale.
Le Premier ministre français Jean Castex, mardi 4 janvier 2022 lors des questions au gouvernement de l'Assemblée nationale. AFP - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT
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« Inouï, scandaleux, consternant, cynique, cruel »... Les candidats à l'élection présidentielle ne manquent pas d'adjectifs pour condamner les propos d'Emmanuel Macron, à l'image de Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national : « Pas les contraindre, ça a été le choix du président. Maintenant, non seulement il les contraint, mais en plus il les insulte. Il est garant de la cohésion nationale et il a oublié cela. Et en faisant cela, il commet non seulement une faute politique, mais une faute morale. »

Un faux pas dans lequel comptent bien s'engouffrer les rivaux du chef de l'État, rapporte Aurélien Devernoix, du service politique de RFI. « Il faudra mettre fin à ce quinquennat du mépris, je veux y mettre fin. Je suis d’ailleurs la seule à pouvoir en terminer avec un président qui, visiblement, ne supporte plus les Français quand ils ne pensent pas comme lui », affirme Valérie Pécresse, candidate de la droite.

►Les propos du président sont aussi à la Une de la revue de la presse du jour

Un président de la République doit se garder « d'hystériser » le débat tacle de son côté le candidat d'Europe écologie-Les Verts, Yannick Jadot, qui dénonce une posture de « mépris ».

Un président de la République, qui a la responsabilité de rassurer les Français, de les convaincre évidemment sur la vaccination, d'avoir un hôpital public qui fonctionne, des capteurs de CO2 dans les écoles, ne devrait pas employer ces mots qui divisent

Yannick Jadot (EELV), en marge d'un déplacement à Bordeaux, dénonce une faute politique


 

La majorité derrière Emmanuel Macron

Du côté de la majorité, on fait front. Pas question de se désolidariser de la parole présidentielle, même si certains, comme l'ancien Premier ministre Édouard Philippe, ne semblent pas particulièrement convaincus par la forme. « Moi, je comprends assez bien cette idée, assure Édouard Philippe. Là, il s’est exprimé de façon familière et je pense que tout le monde a compris ce qu’il voulait entendre. Écoutez, c’est lui qui dira s'il le regrette ou s'il ne le regrette pas. Mais en tout cas, ce qui est clair, c’est qu’on a compris ce qu’il voulait dire. »

Marchant sur des œufs, au lendemain d'une suspension de séance notamment provoquée par l'absence remarquée du Premier ministre à l'Assemblée mardi soir en pleine polémique, le ministre chargé des relations avec le Parlement Marc Fesneau a confirmé devant les députés ce mercredi après-midi le retour de Jean Castex, pour 16h15, à l'issue des questions au gouvernement au Sénat.

►À écouter aussi : « L'emmerdeur », le billet du 7h15 

Le chef du gouvernement français a d'emblée le ton de ce retour, précisément devant les sénateurs, dans le même temps. Devant la chambre haute, M. Castex a en effet vilipendé « l'infime minorité » parmi les Français qui refusent encore la vaccination, et ce faisant « fracture la nation » à ses yeux.

« Qui outrage la nation ? Qui fracture la nation ? Qui conduit les soignants dans nos urgences à faire des choix éthiques dramatiques ? Eh bien c'est une infime minorité », a lancé le Premier ministre lors des questions au gouvernement au palais du Luxembourg, avant de filer vers le palais Bourbon pour y rejoindre sa majorité.

La polémique risque de peser sur la loi instaurant le passe vaccinal. Censé entrer en vigueur le 15 janvier, outre l'Assemblée, il devra encore passer les écueils du Sénat et du Conseil constitutionnel.

►À lire aussi : « Les non-vaccinés, j'ai très envie de les emmerder »

 

Gabriel Attal se sent lui aussi très « emmerdé »

« On va se parler franchement ? », se lance le porte-parole du gouvernement ce mercredi. De la franchise, oui, sous la forme d'anaphore signée Gabriel Attal. Le ministre va même encore plus loin qu'Emmanuel Macron :

« Qui emmerde qui la vie de qui aujourd'hui ? Qui gâche la vie de nos soignants, qui depuis deux ans sont mobilisés, sous l'eau, dans nos services de réanimation ? Ce sont ceux qui s'opposent au vaccin. Qui gâche la vie de nos commerçants, de nos restaurateurs, de nos théâtres, de nos cinémas, qui depuis deux ans vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête quand ils n'ont pas été fermés ? Ce sont ceux qui s'opposent aux vaccins. »

►À écouter aussi : F. Portelli (LR): « Les propos d’E.Macron, traduisent une volonté d’humilier, c'est inacceptable »

Le porte-parole du gouvernement se mue en porte-parole du président, dont il trouve les propos très en deçà de la « colère d'une majorité de Français » face à l'irresponsabilité d'une minorité.

« On a toujours dit que se vacciner, c'était un choix de protection évidemment pour soi, mais c'est aussi un geste citoyen que de participer à protéger notre hôpital. Et donc, quand on fait le choix de s'opposer à la vaccination, de lutter contre la vaccination, oui on s'écarte d'une certaine manière de cette citoyenneté et des obligations de la citoyenneté. Ça n'est pas possible. »

Faire peser les contraintes sur les non-vaccinés, rien de bien nouveau, tempère néanmoins Gabriel Attal, rappelant que le gouvernement a toujours suivi cette philosophie.

Je ne pense pas que cela mérite la déchéance de citoyenneté, parce que finalement, c'est ce qu'il est en train de dire. Ça veut dire que finalement, quand vous êtes terroristes, il n'y a pas de déchéance de la nationalité, mais e revanche, quand vous ne suivez pas le schéma macronien, vous êtes déchu de votre citoyenneté

Florence Portelli, porte-parole de la candidate LR Valérie Pécresse


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