France/Economie

«Kill Mittal»: dans la peau d’un ouvrier de Florange

Ouvriers d'Arcelor-Mittal, le 29 novembre 2012.
Ouvriers d'Arcelor-Mittal, le 29 novembre 2012. AFP/Joël Saget

En mai 2013, un nouveau jeu vidéo a fait son apparition sur la Toile. Son nom : « Kill Mittal », directement inspiré de la fermeture des hauts-fourneaux du site sidérurgique de Florange, dans l’est de la France. A défaut d'avoir pu sauver l'entreprise d'Arcelor Mittal dans la réalité, le combat continue sur le net.

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Par Téa Bazdarevic

« Nous sommes dignes, vous comprenez des ouvriers dignes », peut on entendre en introduction de Kill Mitall, qui plonge les internautes en 2030. Un futur pas si lointain où la situation entre les ouvriers et les entreprises ne s'est pas améliorée. Loin de là. Face aux promesses non tenues de leurs employeurs, des milliers de métallurgistes décident de se soulever. Objectif : empêcher la fermeture de leur usine.

Pour cela, l'ouvrier que vous incarnez devra repousser les assauts des forces de l'ordre avec tout ce qui lui passe sous la main. Ici, pas d’armes de guerre mais des barils, des caméras, des poutres métalliques ou encore des voitures. Autant dire que Kill Mittal relève plus du défouloir que du jeu de stratégie. Et dans votre lutte, il faudra rallier un maximum d'ouvriers à votre cause jusqu'au combat final contre l'Indien Lakshmi Mittal, représenté ici sous les traits d'un robot en costume.

Un projet militant

Derrière un scénario défoulant et provocant, se cache une démarche militante que l'on doit à Alexandre Grilletta, un jeune autodidacte originaire de Lorraine. Et pour sa première création, il a choisi de sortir des thématiques traditionnelles qui mettent en scène des militaires au combat et de rendre hommage à ceux qu'il décrit comme des héros des temps modernes. « Que ce soient les patrons ou les médias, ils essaient de les faire passer pour des espèces de sauvageons qui ne pensent qu'à rentrer en conflit, qu'à détruire des choses sans être productif alors qu'il ne faut pas oublier que ces gens se battent au quotidien pour garder leur emploi », explique Alexandre Grilletta.

Le choix de mettre en scène l’un des conflits sociaux les plus médiatisés de ces derniers temps s’est donc imposé quasi naturellement pour le jeune concepteur, qui se défend de faire l’apologie de la violence : « La vrai violence c’est de perdre son emploi. D’ailleurs dans le jeu, il n’y a pas une goutte de sang et les policiers se protègent toujours des projectiles ».

Prise de conscience

Faire passer des messages à travers les jeux vidéo ce n’est pas tout à fait une nouveauté. Il y a quelques années, un concepteur italien avait déjà développé un jeu en ligne qui dénonçait les pratiques d'Apple dans ses usines. Mais le procédé est encore peu développé. Pourtant pour Alexandre Grilletta, le créateur de Kill Mittal, il reste un bon canal de communication : « Le jeu vidéo amène de l'interactivité. C'est un bon moyen de créer des simulations. Dès lors qu'on accepte les règles du jeu on est dans une position qu'on n’a pas forcément dans la vie réelle et cela permet de mieux se rendre compte des choses ».

Une manière de sensibiliser le public donc, même si la morale de fin du jeu nous ramène à la triste réalité. Car une fois le boss Mittal à terre, terrassé par les courageux ouvriers, un autre vient prendre sa place. Kill Mittal nous rappelle ainsi que la victoire n'est jamais assurée, même dans un monde virtuel.

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