ONU/Enquête

Réforme du Conseil de sécurité : l’Afrique et les puissances émergentes s’impatientent

Le Conseil de sécurité de l'ONU
Le Conseil de sécurité de l'ONU RFI/ Karim Lebhour

L’impatience monte aux portes du Conseil de sécurité. Lassés des interminables discussions sur l’élargissement de l’organe le plus puissant des Nations Unies, les pays du G4 (Brésil, Allemagne, Inde et Japon) ont décidé de mener une nouvelle offensive pour obtenir à leur tour un siège de membre permanent dans le « saint des saints ».

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« La pression s’accroît ici aux Nations unies pour que les pays membres de l’ONU prennent enfin en compte les défis de la réforme du Conseil de sécurité. Il devient de plus en plus évident que cette réforme est inévitable », a martelé le ministre des Affaires étrangères brésilien, Antonio de Aguiar Patriota, au terme d’une réunion, la semaine dernière à New York, avec ses homologues allemand, indien et japonais. Le G4 entend obtenir des « résultats concrets » avant la fin de l’année 2011 et affirme être en train de gagner des voix à l’Assemblée générale où une majorité des deux tiers est nécessaire pour valider la réforme.

Parmi, les quinze membres du Conseil de sécurité, seuls les cinq « grands » (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France) bénéficient du double sésame :  un siège permanent et un droit de veto. Un privilège hérité de la Seconde Guerre mondiale, de plus en plus contesté par les puissances émergentes. « Les Nations unies doivent représenter le monde tel qu’il est aujourd’hui, pas tel qu’il était le siècle dernier, s’agace le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle. L’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique sont notoirement sous-représentées ». Certes, l’Allemagne siège en ce moment au Conseil de sécurité en tant que membre non permanent élu pour deux ans, au même titre que l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud.

Mais ce court mandat est un maigre lot de consolation. Les diplomates des pays élus au Conseil ont souvent l’impression d’être traités en touristes par les membres permanents. « Le temps de comprendre le fonctionnement du Conseil, les règles et les astuces des uns et des autres, vous êtes prié de ranger vos affaires et de céder la place à un autre », confie Dire Tladi, conseiller juridique auprès la mission sud-africaine à l’ONU. «  Sans représentation permanente, notre sort est toujours déterminé par les autres, poursuit le diplomate. Les questions africaines forment la majorité des activités du Conseil et l’Afrique doit avoir son mot à dire  ».

Les partisans de la réforme du Conseil divisés

Groupés derrière l’Union africaine, les pays du continent demandent au moins deux sièges permanents pour l’Afrique, ainsi que deux nouveaux sièges non permanents qui s’ajouteront aux trois sièges déjà existants. Cette position n’est pas très éloignée de celle du G4 qui défend un conseil élargi à 25 membres avec la création de six nouveaux sièges permanents (les quatre membres du G4 et deux pays africains) et de quatre nouveaux non permanents. Pourtant la réforme n’avance pas. Les premières discussions sur le sujet remontent à 1995 ! Car les partisans de la réforme du Conseil sont divisés. Pour contrer le G4, plusieurs pays, parmi lesquels l’Argentine, le Pakistan, le Mexique et l’Italie ont formé le groupe « Unis pour le consensus », rejetant la création de nouveaux membres permanents, en particulier si le siège doit être donné à leurs rivaux. Le Pakistan ne veut pas d’un siège pour l’Inde. Le Mexique et l’Argentine ne voient d’un bon œil l’ascension du Brésil. La Chine refuse de voir le Japon accéder au club des « grands ». En Afrique, l’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Egypte se disputent la représentation du continent.

Face à cette cacophonie, le Conseil de sécurité n’est guère pressé d’accueillir des nouveaux venus. « La Chine et la Russie font preuve d’une neutralité malveillante, tandis que les Etats-Unis s’accommodent fort bien du statu quo. Ils n’ont aucune envie d’avoir à présenter ce dossier devant leur congrès », glisse un diplomate. Seule la France et la Grande-Bretagne, conscients de leur position de plus en plus anachronique au sein du Conseil, se sont convertis à un élargissement rapide. « Pour être franc, le statu quo ne me dérange pas. Je ne suis pas certain qu’un conseil élargi sera plus efficace », confie l’ambassadeur de la République démocratique du Congo à l’ONU, Atoki Iléka, dont le pays fait l’objet de l’attention constante du Conseil de sécurité. « Pendant la crise congolaise, nous nous sommes d’abord tournés vers l’Assemblée générale, sans obtenir aucun résultat, poursuit-il. Tous les belligérants avaient leurs alliés dans la salle et se neutralisaient mutuellement. Avec le Conseil, il suffit de convaincre les cinq membres permanents. Le travail est plus simple ».

Paul James, directeur de l’organisation Global Policy Forum, suggère une autre piste : celle de sièges permanents régionaux occupés par des entités géographiques, comme l’Union européenne ou l’Union africaine. « L’option régionale permet d’assurer à tous une meilleure représentativité, plaide-t-il. Si l’on se contente d’ajouter l’Inde, l’Afrique du Sud ou le Brésil au Conseil de sécurité, la réforme ne fera que renforcer le rôle des grandes puissances », au détriment des autres.

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