Accéder au contenu principal
ONU

A l’ONU, Ban Ki-moon déprime la salle de presse

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, le 16 juin 2011 à Brasilia.
Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, le 16 juin 2011 à Brasilia. REUTERS/Ueslei Marcelino

C'est sans surprise que  Ban Ki-moon sera réélu ce mardi 21 juin à la tête de l’Organisation des Nations unies, au terme d’un premier mandat qui laisse la presse sur un sentiment de frustration.  Bénéficiant du soutien du Conseil de sécurité, Ban Ki-moon, 67 ans, qui avait déclaré sa candidature il y a deux semaines, est seul en lice. Les 192 membres de l'Assemblée générale devraient logiquement reconduire l'actuel secrétaire général pour un nouveau mandat de 5 ans.

Publicité

Avec notre correspondant à New York Karim Lebhour

Dans la salle de presse de l’Organisation des Nations unies, le renouvellement du mandat de Ban Ki-moon ne suscite que des commentaires désabusés. Le style tout en discrétion, sans coup d’éclat, ni déclaration ardente, du secrétaire général se vend mal dans les rédactions et alimente la frustration des correspondants onusiens.

« Nous sommes passés d’un trop plein de charisme avec Kofi Annan, qui a fini par déplaire aux Américains, à une absence totale de charisme chez Ban Ki-moon », soupire Célhia de Lavarène, correspondante à l’ONU pour différentes publications depuis une vingtaine d’années.

Sur les problèmes du monde, Ban Ki-moon préfère la recherche du consensus, en coulisses, à une logique d’affrontement public. Une politique qualifiée de « diplomatie discrète ».

« L’opposition de Kofi Annan avec les Etats-Unis sur la guerre en Irak avait créé une tension dramatique qui n’existe plus, observe le correspondant du Washington Post, Colum LynchBan Ki-moon, lui, critique rarement les Etats-Unis pas même sur les dommages collatéraux des opérations militaires ».

Si les colères du chef de l’ONU avec ses collaborateurs sont proverbiales, en public, Ban Ki-moon adopte toujours le même ton neutre, retenu et souvent jugé ennuyeux. Ses rapports avec la presse souffrent également des difficultés d’élocution du diplomate coréen dans la langue anglaise. « A l’oral, Ban Ki-moon peut-être difficile à comprendre, alors qu’à son poste, exprimer les choses clairement est important », poursuit Colum Lynch.

Conscient de ses faiblesses, Ban Ki-moon se méfie de la presse qui lui reproche d’avoir imposé à la tête de l’organisation une « culture du secret ». Ses conseillers parlent peu et les traditionnels échanges confidentiels avec les diplomates du secrétariat se sont raréfiés.

L’Association des correspondants des Nations unies (UNCA) s’est également plainte à plusieurs reprises des nouvelles restrictions d’accès pour la presse au siège new-yorkais. « La règle veut que les journalistes sont par défaut autorisés à aller partout, sauf exceptions. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Nous ne pouvons aller que dans les endroits expressément autorisés », note Louis Charbonneaux, le vice-président de l'UNCA.

Libéré de la pression de sa réélection, Ban Ki-moon sera peut-être tenté de s’affirmer plus fortement pendant son second mandat. Déjà, sur le « printemps arabe », le secrétaire général à fait preuve de plus d’audace, soutenant le droit des peuples à manifester pacifiquement, en Egypte, en Libye, puis en Syrie, malgré les atermoiements du Conseil de sécurité. La crise en Côte d’Ivoire lui a donné l’occasion de faire preuve de fermeté.

« Sur la question des droits de l’homme, son premier mandat a été décevant, juge Philippe Bolopion, directeur pour l'ONU de Human Rights Watch et ancien correspondant de RFI, Nous espérons qu’il a compris que sa voix a du poids et qu’il va devenir une force plus présente sur la scène internationale ».

Ban Ki-moon dispose maintenant de cinq ans pour imprimer son héritage à la tête des Nations unies.

Avec notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

Officiellement c’est parce que « la Chine est satisfaite de son travail » et parce que Ban Ki-moon est « asiatique » que Pékin soutien la réélection du Coréen à la tête de l’ONU.

Pour les autorités chinoises c’était Ban Ki-moon ou Ban Ki-moon, un soutien qui reste très rare. On l’a vu encore récemment avec la succession au poste de directeur général du Fonds monétaire international, les autorités chinoises ont toujours refusé de se prononcer, officiellement du moins, pour la Française Christine Lagarde ou le Mexicain Augustin Carstens.

Que vaut donc ce coup de pouce exceptionnel à l’ancien ministre sud-coréen des Affaires étrangères ?

L’homme correspond parfaitement au credo de la non ingérence et de la stabilité prôné par la diplomatie chinoise. Ainsi l’ONU s'est-elle bien gardée de critiquer la vague de répression menée au sein de la société civile en Chine depuis le début des révoltes arabes. Un silence qui contraste notamment avec des prises de positions beaucoup plus dures concernant la Côte d’Ivoire ou la Libye.

Autre exemple, en novembre dernier lors de sa visite en Chine, le secrétaire général de l’ONU a parlé changement climatique avec le chef de l’État chinois Hu Jintao. Il était aussi dans le Sichuan auprès des victimes du séisme de 2008. Pas un mot en revanche, sur l’attribution du Prix Nobel de la Paix 2010 à un chinois dissident.
 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.