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Mines

Les victimes de mines antipersonnel en forte augmentation

Zone de mines dans la province irakienne de Bassora.
Zone de mines dans la province irakienne de Bassora. REUTERS/Essam Al-Sudani
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A l’issue de la conférence des Etats parties au Traité d’Ottawa (28 novembre/1er décembre 2016 à Santiago du Chili) sur l’interdiction des mines antipersonnel, le constat est édifiant. Après 15 ans de baisse continue, il y a une augmentation vertigineuse du nombre de nouvelles victimes de mines et d’engins explosifs à travers le monde. Une hausse de 75% par rapport à 2014, souligne l’Observatoire des mines antipersonnel, dans son rapport 2016. Le plus lourd bilan de victimes enregistré depuis 2006.

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« Nous sommes face à un phénomène particulièrement inquiétant : d’un côté, le financement du déminage, de la prévention et de l’assistance aux victimes baisse et la majorité des pays encore contaminés et signataire du Traité d’Ottawa ont pris du retard dans leurs opérations de déminage. De l’autre, nous assistons à une recrudescence effrayante de l’utilisation des mines et à une augmentation du nombre de leurs victimes. Les ONG seules ne pourront pas enrayer cette progression terrifiante », dénonce Anne Héry, directrice du plaidoyer de Handicap International.

78% des victimes sont des civils

D’après le rapport de l’Observatoire des mines antipersonnel, dontHandicap International assure chaque année la coordination avec trois autres ONG, le nombre des victimes de mines et d’engins explosifs a presque doublé en un an. En 2014, au moins 3 695 personnes ont été tuées ou blessées par des mines industrielles ou de fabrication artisanale ; en 2015, il y a eu 6 461 victimes répertoriées, soit une augmentation historique de 75% qui rompt avec les 15 années précédentes, marquées par une baisse constante.

Le rapport note également qu’en 2015, 78 % des victimes étaient des civils (dont 38 % d’enfants) et que 74 % des personnes tuées par ces engins explosifs l’ont été uniquement dans cinq pays : l’Afghanistan (1 310), la Libye (1 004), le Yémen (988), la Syrie (864) et l’Ukraine (589).

Des menaces durables

Bien que le nombre d’Etats ayant recours aux mines antipersonnel a fortement diminué ces dernières années, ces armes sont par contre de plus en plus utilisées par des groupes armés non étatiques qui ne respectent pas le droit international, comme Boko Haram au Nigeria, Daech en Irak ou en Syrie ou les talibans en Afghanistan. Pour l’Observatoire, entre octobre 2015 et octobre 2016 des mines de fabrication artisanale, des IED (pour engins explosifs improvisés) ont été identifiées dans 10 pays : Afghanistan, Colombie, Irak, Libye, Myanmar, Nigéria, Pakistan, Syrie, Ukraine et Yémen.

De plus, ces armes, qu’elles soient industrielles ou artisanales, restent dangereuses bien au-delà des conflits et menacent durablement les populations qui vivent sur ces territoires contaminés. Au Cambodge par exemple, plus de 20 000 personnes ont été amputées suite à un accident avec une mine. Aujourd’hui 64 Etats et territoires sont touchés par la dissémination de ces armes explosives (par exemple l’Angola et le Tchad) qui continuent de tuer et de mutiler.

La lutte contre les mines

Pour lutter contre ce type d’armement, une Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel, aussi appelée Traité d’Ottawa (créé en 1997), est rentrée en vigueur le 1er mars 1999. Ce traité multilatéral, qui interdit l’emploi, la production, l’acquisition, le stockage et le transfert de mines antipersonnel et l’assistance ou l’encouragement à de telles activités, s’est donné dix ans (depuis la date de son entré en vigueur) pour détruire toutes les mines en stock ou se trouvant dans les zones minées. Par exemple, le Laos possède encore plusieurs centaines de millions de mines non explosées sur son territoire à la suite d’une guerre qui s’est terminée il y a plus de quarante ans.

Mais lors de la dernière conférence des parties qui s’est tenue à Santiago au Chili (du 28 novembre au 1er décembre), le Traité d’Ottawa, respecté en grande majorité par les 163 Etats qui le compose, a non seulement constaté une recrudescence du nombre des victimes (75% d’augmentation par rapport à 2014) mais aussi une baisse continue, depuis ces trois dernières années, des financements. Les Etats signataires du traité étant engagés dans le financement de programmes à long cours de déminage de leur propre pays, d’assistance aux victimes et à la destruction des stocks. Pourtant, alors que le nombre de victimes ne cesse de croitre, les financements ont atteint en 2015 leur plus bas niveau depuis 2005, passant de 610,8 millions de dollars en 2014 à 471,3 millions de dollars.

Un double constat préoccupant pour Handicap International qui retient de la Conférence de Santiago une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne c’est que la Pologne a annoncé avoir détruit tout son stock de mines antipersonnel. La mauvaise c’est que le Sri Lanka a annoncé qu’elle n’était pas encore prête à signer ce traité (le pays étant très pollué par 30 ans de guerre intestine).

Pour Jean-Marc Boivin, de Handicap International, le message est toujours le même « Il y a deux ans, on avait annoncé qu'après plus de vingt ans de déminage, le Mozambique était maintenant libre de mines. Mais c’était 20 ans de travail de fourmis et ça il faut toujours l’expliquer à nos décideurs politiques parce que ce sont des programmes chers qui sont très longs, très précis, très pointus, qui demandent des moyens techniques importants et là-dessus on a toujours besoin de fonds de façon beaucoup plus conséquente qu’aujourd’hui ».

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