Patrimoine

Syrie: un patrimoine en danger

Site archéologique de Palmyre en 2016
Site archéologique de Palmyre en 2016 REUTERS/Omar Sanadiki
4 mn

Le président François Hollande est à Abou Dhabi où s'achève une conférence sur la protection du patrimoine en danger. La conférence a lancé un fonds de cent millions de dollars destiné à réhabiliter les sites endommagés ou détruits par la guerre en Syrie et en Irak notamment, mais aussi à lutter contre le pillage. En Syrie le pillage a pris ces dernières années une ampleur phénoménale.

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Les archéologues ne parviennent même plus à évaluer l'étendue des destructions et des pillages. La Syrie compte 10 000 sites archéologiques et aucun d’entre eux n’est à l’abri. A titre d’exemple, sur le site d’Apamée, l’un des joyaux du nord-est de la Syrie, les images satellites montrent que 14 000 cratères ont été creusés par des pilleurs ces trois dernières années.

Pillage et trafic

Cheikhmous Ali, le présidant de l’Association pour la protection de l’archéologie syrienne, accuse l’armée d’être tout autant complice des pilleurs que le sont des groupes armés comme Daech : « dans la zone d’Apamée, par exemple, depuis plus de trois ans il y a un check-point de l’armée syrienne mais elle n’intervient pas pour empêcher les pilleurs de creuser. A Palmyre, les fouilles clandestines ont commencé avant l’arrivée de Daech, alors que le site était sous le contrôle de l’armée syrienne, et les fouilles ont continué sous le contrôle de Daech et continuent même jusqu’à maintenant ».

Il y a deux types de pilleurs : les paysans qui vivent près des sites et pillent pour survivre et il y a les bandes organisées, les mafias, qui travaillent sur commande. « Par exemple à Palmyre, ce qui est plus demandé ce sont des statues de bustes funéraires, poursuit Cheikhmous Ali. A Apamée, ce sont des panneaux de mosaïque. Donc ce sont des groupes bien organisés, des groupes mafieux. Ils les font sortir vers les pays limitrophes pour la zone nord de la Syrie : c’est la Turquie. Et pour la zone ouest et au centre de la Syrie, c’est vers le Liban. Et pour la région sud, c’est vers la Jordanie ».

Une initiative pour protéger le patrimoine

LeConseil international des musées (ICOM), qui a pour but de protéger le patrimoine, édite des listes rouges d’objets type - statuettes, tablettes - et les distribue aux douaniers. Alors ce n’est pas parfait, mais cela donne parfois des résultats probants comme l'explique France Desmarais, responsable des partenariats à l’ICOM : « Pour l’Irak on avait déjà fait une première liste rouge en 2003, après le pillage du musée de Bagdad et dix ans plus tard l’OCBC, donc les forces de l’ordre en France sur les biens culturels, ont identifié, intercepté et retourné à l’Irak treize objets qu’ils avaient identifiés grâce à la liste rouge : des tablettes cunéiformes, des clous de fondation ».

L’art est un marché où ni les acheteurs, ni les vendeurs ne se posent la question de la légitimité de ce qu’ils font. Et de plus, rien n’oblige une galerie à fournir un certificat prouvant la provenance d’un objet ancien. Seuls les musées se contraignent à cette déontologie. Il reste maintenant à convaincre les acheteurs les moins regardants, ceux venus de Chine ou du Golfe arabo-persique, par exemple, d’observer une certaine déontologie. Et à cet égard, le fait que la Conférence sur le patrimoine en danger se tienne à Abou Dhabi est vu comme un signal positif.

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