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Côte d’Ivoire

Pourquoi Bédié soutient Ouattara pour la présidentielle de 2015

Le Pont Henri Konan-Bédié à Abidjan, la capitale économique, sera sans doute une des constructions majeures du président Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire.
Le Pont Henri Konan-Bédié à Abidjan, la capitale économique, sera sans doute une des constructions majeures du président Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire. AFP/Issouf Sanogo
Texte par : Frédéric Garat
5 mn

Appels sur l’actualité revient sur l’annonce publique faite à Daoukro le 17 septembre par Henri Konan-Bédié, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, de son soutien à la candidature du président en exercice, Alassane Ouattara, à la présidentielle de 2015, alors que ce dernier lui rendait visite dans sa région. Ce soutien s’effectuerait au nom du RHDP, le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et le progrès, une alliance du PDCI et du RDR - le Rassemblement des républicains, parti au pouvoir - qui avait permis la victoire d'ADO au second tour de la présidentielle de 2010. L’ancien président Bédié a aussi annoncé la création prochaine d'un parti unifié RDR-PDCI... Explications.

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Envoyé spécial permanent de RFI à Abidjan

Pourquoi l’ancien président Henri Konan-Bédié a-t-il décidé de soutenir la candidature d’Alassane Ouattara lors de la présidentielle de 2015 ?
Il est vrai que certains se sont dit « surpris » ici en Cote d’Ivoire de cette annonce rapide, d’aucuns ont même dit « prématurée », du ralliement du « grand frère » Henri Konan-Bédié à son « cadet » Alassane Ouattara. Pourtant, personne ne peut  vraiment s’en « étonner » : ce cas de figure s’était déjà présenté en 2010 lors du second tour de la présidentielle. Au sein du RHDP - qui réunit le PDCI, le RDR et deux autres partis, le MFA et l’UDPCI -, il avait été convenu que le premier des deux candidats, celui qui aurait le plus de voix, obtiendrait le ralliement de celui arrivé en moins bonne position. Aujourd’hui - la nuance est de poids -, le ralliement se fait avant même le premier tour, avant même le début de la campagne... Tout d’abord, parce qu’Henri Konan-Bédié est frappé par la limite d’âge : à 80 ans depuis le mois de mai dernier, il ne peut donc plus se présenter à la magistrature suprême. Par ailleurs, beaucoup des pro-Bédié expliquent que le pays a été profondément traumatisé par la crise poste-électorale de 2010-2011. Sa population est encore en convalescence. Et le meilleur moyen de ne pas trop « secouer » ou malmener le malade est de lui assurer des élections paisibles, calmes, sereines, sans trop de suspens, de possibilité d’un second tour qui pourrait mener à des contestations des résultats comme en 2010. Les récriminations d’un camp ou d’un autre plongeraient à nouveau la Côte d’Ivoire dans une crise dont on ne connaîtrait pas l’issue… Pour s’en prémunir, HKB a opté pour une stratégie : mettre tous les atouts, dès le départ, dans la main d’Alassane Ouattara avec un ralliement du PDCI. Le calcul politique du Sphinx de Daoukro se résume à cette phrase : « Faisons notre deuil de 2015 et attendons 2020 »…

Au final, le PDCI va-t-il accepter ce soutien à Ouattara - qui divise le parti - ou proposer son propre candidat à la présidentielle ?
Du côté des caciques du PDCI-RDA, on dit que c’est Henri Konan-Bédié le patron et que, in fine, chacun se rangera à ses arguments… Les contestataires disent en revanche que si « le patron, c’est le patron », eh bien « le règlement, c’est aussi le règlement », et que nul - pas même le président du PDCI - ne peut s’y soustraire… Il faut se souvenir qu’au dernier congrès du parti, en octobre 2013, il avait été décidé, par résolution, que le parti aurait son candidat à la présidentielle de 2015. D’où la pilule qui passe mal après la déclaration de Daoukro. Du point de vue de certains militants ou cadres du parti, Henri Konan-Bédié, en faisant cette annonce, a au mieux parlé en son nom seul, au pire outrepassé ses droits et devoirs de président du parti qu’il représente. C’est ainsi qu’on a pu entendre sur notre antenne Kouadio Konan Bertin dire que cette décision n’engageait que son aîné et qu’elle était de nul effet sans réunion préalable du bureau politique. On a vu aussi certains éléments contestataires du PDCI se réunir en une « coalition pour la sauvegarde du PDCI-RDA » car, estiment-ils, ce sont les fondements même du parti et sa survie à long terme qui sont menacés avec cette fusion RDR-PDCI. On est en train, expliquent-ils, de revenir au bon vieux temps du parti unique en Côte d’Ivoire.

La coalition voulue par Konan-Bédié réunit des personnes très différentes. Quelles sont les conséquences de cette coalition en termes électoraux ?
D’un point de vue électoral, bon nombre d’observateurs politiques estiment qu’avec une alliance RDR-PDCI dès le premier tour, la balance penche quand même très fortement en faveur du président sortant, qui trouvera face à lui assez peu de candidats du même poids, du même calibre. À moins qu’un candidat frondeur du PDCI ne sorte du chapeau… On évoque évidemment le nom de Kouadio Konan Bertin, qui s’était porté candidat à la présidence du parti contre Henri Konan-Bédié. Mais il n’avait obtenu que 3 % des suffrages. Le nom de l’actuel président de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, Charles Konan-Banny, qui fut Premier ministre et gouverneur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest, la BCEAO, est évoqué aussi par certains confrères de la presse nationale. Mais, quel que soit le nom d’un hypothétique nouveau champion, si celui-ci n’a pas la machine électorale du parti pour le soutenir et faire campagne, il aura, semble-t-il, assez peu de chance de provoquer ne serait-ce qu’un ballotage. Rappelons que parmi les forces politiques du pays, le FPI, le Front populaire ivoirien de Laurent Gbgabo actuellement dirigé par Pascal Affi N’guessan, vit lui aussi une sorte de schisme entre les partisans d’une normalisation politique et les plus durs, qui refusent de cautionner par leur participation le prochain scrutin. Bref, ce qui paraît simple et évident, c’est qu’Alassane Ouattara risque d’être bien seul sur la ligne de départ en octobre 2015.

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