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Football / France

Football: Clairefontaine modernisé en vue de l'Euro 2016

Le futur Centre de formations et de conférences proposera 5 200 m2 de surface au plancher, répartis sur quatre niveaux.
Le futur Centre de formations et de conférences proposera 5 200 m2 de surface au plancher, répartis sur quatre niveaux. BMT Associés - Nancy
Texte par : Christophe Carmarans
8 min

Alors que l’équipe de France de football s’apprête à livrer ses deux derniers matchs de l’année 2014, ce vendredi 14 novembre au soir contre l’Albanie puis mardi contre la Suède, son fief de Clairefontaine, dans les Yvelines, se refait une beauté en vue de l’Euro 2016. Objectif : devenir à la fois plus pratique, plus attractif et plus rentable.

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Il n’y a pas que les stades de foot à faire peau neuve en vue de l’Euro 2016 en France, le CNF s’y met aussi. Plus connu sous l’appellation générique de « Clairefontaine », du nom de la commune des Yvelines qui l’abrite à une petite heure de voiture de Paris, le Centre National du Football est en train de subir un important lifting, plus d’un quart de siècle après son inauguration le 11 juin1988 par François Mitterrand et Fernand Sastre, vénérable président de la Fédération Française de Football (FFF) de 1977 à 1984 et principal instigateur de ce projet très novateur pour l’époque.

Des banquiers Lazard à Eric Cantona

Le CNF dispose de 66 000 m2 de surface gazonnée, ici l'équipe de France Espoirs  à l'entraînement, près du terrain Pierre Pibarot.
Le CNF dispose de 66 000 m2 de surface gazonnée, ici l'équipe de France Espoirs à l'entraînement, près du terrain Pierre Pibarot. Christophe Carmarans / RFI

Le 8 décembre prochain, cela fera exactement trente ans, jour pour jour, que le premier coup de pelle fut donné dans ce domaine de 56 hectares qui a appartenu au richissime banquier André Lazard et où trône le château de Montjoye, une imposante demeure bâtie en 1910 dans laquelle réside, depuis l’automne 1988, l’équipe de France A quand elle est en stage en région parisienne. Situé en plein cœur de la forêt de Rambouillet, le domaine n’est pas sans rappeler le pavillon de chasse de « La Règle du Jeu », le chef-d’œuvre de Jean Renoir. Dans son autre vie, il employait une cinquantaine de gens de maison, quinze jardiniers, cinq palefreniers, trois cuisinières et dix femmes de ménage, ajoutées à quinze chevaux de race, pensionnaires permanents de l’écurie. Le grand luxe !

Aux chasseurs de gibier de jadis ont donc succédé les chasseurs de buts des surfaces de réparation. Déjà trois générations de Bleus sont passées par là, des Cantona et des Papin d’autrefois aux Benzema et aux Pogba d’aujourd’hui en passant par la génération dorée des Zidane et des Henry, pour ne parler que des joueurs de l’équipe de France A. Car c’est toute l’élite du foot français qui y possède ses quartiers (1), de l’Institut National du Football où les footballeurs en herbe peuvent postuler dès l’âge de 12 ans à la Direction Technique Nationale (DTN), au total un complexe de sept résidences et de 200 chambres qui compte également un centre de presse, un centre médical de top niveau et 66 000 m2 de surface engazonnée, bref des installations susceptibles, a priori, de répondre à toutes les exigences du haut niveau. Oui mais…

Oui mais, car malgré plusieurs travaux de rénovation réalisés au fil du temps (construction du terrain Michel Platini, réaménagement du château, rénovation du centre médical qui a reçu récemment le rare et précieux « label FIFA »), l’ensemble est devenu obsolète, comparé à ce qui se fait ailleurs. « Quand une grande équipe veut venir s’entraîner ici, il manque toujours quelque chose », résume Didier Deschamps, pensionnaire régulier des lieux depuis 1989, d’abord comme joueur et désormais comme sélectionneur de l’équipe de France (v. encadré en fin d'article). S’il est à la fois un lieu de préparation et la vitrine du football français, Clairefontaine se doit aussi d’être rentable. En se tournant vers d’autres équipes bien entendu, mais aussi vers le monde de l’entreprise, pour des séminaires ou des événements promotionnels par exemple, moyennant finances (le tarif reste encore relativement abordable pour l’instant : 175 euros par personne dans la formule standard, hébergement et repas compris, dans le cadre d’un séminaire).

Du football mais pas seulement

Depuis 1983, Philippe Tournon a tout connu, ou presque, avec les Bleus.
Depuis 1983, Philippe Tournon a tout connu, ou presque, avec les Bleus. Christophe Carmarans / RFI

« En dehors des activités football qui comblent à peu près les deux tiers du temps et de l’espace de Clairefontaine, il y a une réelle ambition de rentabiliser ce centre, c'est-à-dire de l’ouvrir à plus de séminaire et de congrès », appuie Philippe Tournon, ancien journaliste à L’Equipe et chef de presse des Bleus depuis 1983, excepté durant la période Raymond Domenech (2004-2010). « C’est vrai que quand on propose à une banque, ou à une grosse boîte, un séminaire à Clairefontaine, c’est un lieu un peu mythique avec les champions du monde 1998 qui se sont préparés ici. Donc, il y a pas mal de sociétés qui sont friandes de ces séjours. Ils en profitent d'ailleurs souvent pour organiser un petit tournoi de foot dans l’entreprise ». Pour répondre aux besoins de plus en plus pointus du très haut niveau international, et aussi aux exigences des hôtes de marque, Clairefontaine est donc à nouveau en chantier et, cette fois, la FFF met vraiment le paquet : un budget de 20 millions d’euros, dont le remboursement sera étalé sur une vingtaine d’années, a été alloué au projet dans son ensemble.

Entamés en juillet dernier, les travaux sont en phase de terrassement et ne sont matérialisés pour le moment que par un immense cratère d’où doivent émerger les installations principales en 2015 pour une livraison finale prévue en février 2016. « De ce cratère va s’ériger, sur 5 200 m2 de plancher,  un centre de formation et de conférences. Autrement dit, nous allons quadrupler la superficie de l’ancien bâtiment », annonce Eric Latronico, le directeur du CNF. « Ce sera un bâtiment moderne de quatre étages aux normes HQE qui répondra aux quatorze critères de haute qualité environnementale », ajoute-t-il. « L’objectif de ce bâtiment est de pouvoir retrouver des salles de réunions et des salles de formation de différentes capacités, pour mener des activités liées à l’Institut du Football de la fédération ».

Un Clairefontaine 2.0

Champion du monde des moins de 20 ans en 2013, Paul Pogba vise le titre à l'Euro 2016 avec les A.
Champion du monde des moins de 20 ans en 2013, Paul Pogba vise le titre à l'Euro 2016 avec les A. Christophe Carmarans / RFI

Ce nouveau bâtiment ultramoderne, inspiré du siège de l’UEFA de Nyon, en Suisse, abritera également une zone traiteur pour la restauration ainsi que deux amphithéâtres : l’un de grande capacité de 250 places pour les conférences de presse, et l’autre de 110 places, dédiées à la formation. Entre autres avantages, les Bleus n’auront même plus à mettre le nez dehors s’ils veulent passer du château aux bâtiments en question. Le passé n’a pas été oublié, puisqu’un « espace muséal » ouvert gratuitement au public toute l’année de 7h00 à 20h00 va y être aménagé. Y seront exposées les plus belles pièces du patrimoine lié à la Coupe de France et aux équipes de France qui ont été conservées par la FFF depuis 1904 (maillots, trophées, photos, etc.).

Et enfin, il y aura des bureaux pour les entraîneurs des sélections nationales et pour les administratifs qui font fonctionner le site (une soixantaine de personnes en tout, NDLR). Une vingtaine d’autres chantiers moins importants sont également en cours sur le Centre qui prévoient la rénovation des divers bâtiments : hébergement, restauration des cuisines, des infrastructures sportives, etc. « On va refaire la tribune du terrain Pierre Pibarot, les vestiaires, la pelouse, tous ces travaux ayant pour cible le printemps 2016 pour pouvoir présenter un " Clairefontaine 2.0 " avant l’Euro », s'enthousiasme Eric Latronico.

Désireuse de mettre tous les atouts de son côté pour que cet Euro 2016 soit une réussite en tous points, la Fédération est en train de relever le défi, s’éloignant le plus possible d’une forme d’amateurisme qui a fait des dégâts dans un passé pas si éloigné. D’ici 2016, rien n’interdit quand même aux dirigeants actuels d’arranger un peu la réplique géante de la Coupe du monde en polystyrène qui trône au beau milieu du parc. Dans la liesse d’un inoubliable soir de juillet 1998, ce vestige, un peu mité désormais, avait été récupéré à la volée sur le stand Opel, l’un des sponsors officiels de France 98. Si la victoire avait été méticuleusement préparée au Stade de France, ailleurs, on en était encore un peu resté au stade de l’improvisation …

(1) Seule l’équipe de France féminine n’y réside plus, elle vient d’élire domicile à l’INSEP, dans le bois de Vincennes.
 

« Mon premier stage ici ? C’était il y a très longtemps, en avril 1989. J’étais encore à Nantes. Je me préparais à jouer un match décisif avec l’équipe de France Espoirs contre la Yougoslavie. Et puis on m’a appelé le dimanche à la rescousse chez les A parce qu’il y avait des blessés. Le sélectionneur était alors Michel Platini, secondé par Gérard Houiller. L’équipe de France A jouait aussi contre la Yougoslavie au Parc des Princes mais on était déjà éliminés pour la phase finale 1990 en Italie. Je suis arrivé là. Mais Clairefontaine, je ne savais pas où c’était. Je me suis retrouvé, moi, le petit jeune, avec deux anciens. Ça me fait rire quand j’y repense ! J’étais avec Joël Bats et Daniel Xuereb. A trois dans la chambre ! Mais avec un seul petit problème : il y avait deux lits face à la télé et un lit derrière la télé. Moi qui adore la télé, je n’ai rien vu. Ils me disaient : 'mais viens avec nous' ! Et moi je disais, 'non non je n’aime pas la télé'. Donc j’ai passé une semaine un peu spéciale. Et je peux vous assurer que, de derrière, on ne la voit pas, la télé ! Maintenant, c’est un lieu qui représente beaucoup plus de choses évidemment. Au fil des années, avec ce qui s’est construit, Clairefontaine fait partie du patrimoine de la Fédération. Le château a été rénové. On a amené des modification avec la salle de récupération, la salle de muscu pour avoir une unité de vie au château même. Vu les travaux qu’il y a en prévision de l’Euro 2016, ça va encore beaucoup changer ! »

 
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