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France

En France, la malédiction des logements de fonction

Le ministère des Finances, à Paris, dispose de plusieurs logements de fonction.
Le ministère des Finances, à Paris, dispose de plusieurs logements de fonction. Wikimedia commons

La rénovation d’un appartement loué de 79 m2 pour une facture de 105 000 euros est devenue une « affaire » pour le numéro un de la CGT. Depuis sa révélation, Thierry Lepaon se retrouve au centre d’un maelström médiatique. Faute ou maladresse, de Juppé à Gaymard en passant par Fadela Amara, nombreux sont ceux avant lui à avoir trébuché sur la question cruciale du logement de fonction « à la Française ».

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Certes, l’appartement est situé à Vincennes, dans sa partie la plus cossue, face au bois, comme l’a révélé Le Canard enchaîné. Certes, les travaux engagés pour rénover ses 79 m2, pour un montant de 105 000 euros ne sont pas vraiment conformes à l’image de la Confédération générale des travailleurs (CGT). Son secrétaire général, Thierry Lepaon en convient, lui qui affirme comprendre que syndicalistes et salariés soient « choqués » par ces dépenses engagées dans un appartement de location. 

Gaymard et sa nombreuse famille  

Thierry Lepaon, numéro un de la CGT, au centre d’un maelström médiatique à cause de son logement de fonction.
Thierry Lepaon, numéro un de la CGT, au centre d’un maelström médiatique à cause de son logement de fonction. RFI

C’est une « faute », a reconnu Thierry Lepaon, l’imputant aussi sec à l’administrateur-trésorier du syndicat, Eric Lafont. Dès lors, le premier syndicat de France se retrouve en plein psychodrame. L’épisode qui ressemble à s’y méprendre à un croche-pied interne risque d’ébranler un peu plus une confédération fragilisée.

Les désagréments liés à son logement de fonction que rencontre le numéro un de la CGT ont de multiples précédents. A croire qu’en France il y aurait une malédiction qui frapperait les nombreux prétendants à cet avantage, de préférence quand même ceux qui font partie des cercles du pouvoir. Au hit-parade des plus belles opérations ratées, on se souviendra en 2005 du flop de l’appartement d’Hervé Gaymard.

Celui qui est alors ministre des Finances et père d’une nombreuse progéniture, déclenche un scandale quand on découvre que lui, sa femme Clara et leurs huit enfants disposent d’un appartement de fonction de 600 mètres carrés, loué spécialement pour eux près des Champs-Elysées. Le ministre avait en effet refusé d’occuper celui proposé par son ministère à Bercy, d’une surface de 330 mètres carrés, jugé trop petit pour sa famille qui, décidément, apprécie d’avoir ses aises.

Le projet tourne court quand Le Canard enchaîné en dévoile les éléments. A 14 000 euros le loyer mensuel payé par l’Etat, auquel s’ajoute un devis de 150 000 euros d’aménagements, l’affaire ne cesse de gonfler. Le fait qu’il ait caché être déjà propriétaire d’un 200 m2 situé au cœur de Paris et loué 2 500 euros par mois achève de déconsidérer le ministre Gaymard, qui n’a d’autre choix que de démissionner. Il remboursera à l’Etat la somme de 58 894 euros pour les frais engagés dans un appartement jamais occupé par son locataire.

De Copé à Juppé

Suite à l’affaire Gaymard, les règles d’attribution des logements de fonction des ministres ont été révisées. Depuis, dans le cas où le ministre n’a pas de logement dans la capitale et si le ministère ne dispose pas d’un logement, il peut louer aux frais de l’Etat un appartement d’une surface de 80 m2 à laquelle il pourra ajouter 20 m2 par enfant.

Mais ce qui a conduit Hervé Gaymard à démissionner en 2005 n’a pas produit le même effet sur l’ex-patron de l’UMP, Jean-François Copé, alors ministre délégué au Budget. Ce dernier occupe pourtant un logement de fonction de 230 m2 avec son épouse et leurs trois enfants (au lieu des 140 m2 préconisés) pour 5 500 euros mensuels.
 

Le président de l'UMP, Jean-François Copé, à la sortie de son domicile, le 27 mai 2014.
Le président de l'UMP, Jean-François Copé, à la sortie de son domicile, le 27 mai 2014. AFP PHOTO / FRED DUFOUR

Lui aussi est propriétaire dans Paris d’un appartement de 160 m2, mais selon le ministre, « inhabitable » alors qu’il est occupé (et qu’il l’est toujours) par son directeur de cabinet Bastien Millot, un nom que l’on retrouvera dans l’affaire Bygmalion. Malgré la similitude des deux cas, les choses en resteront là, il faut dire que la démission de deux ministres coup sur coup et pour la même raison, cela aurait fait beaucoup. Gaymard aura servi de fusible. Copé, lui, se contentera de verser à l’Etat un montant censé compenser ses mètres carrés « en trop », soit 2 000 euros sur un loyer de 5 500 en 2005.   

En 1995, c’est au tour d’Alain Juppé, à ce moment-là Premier ministre, de se faire surprendre par Le Canard enchaîné. Le journal satyrique révèle qu’il loue un appartement de 180 mètres carrés, propriété de la Ville de Paris, pour 12 000 francs (2 000 euros), bien en dessous des prix du marché du select VIe arrondissement.

« Encore du ménage à faire »

Comme si cela ne suffisait pas, le Canard nous apprend que le fils d’Alain Juppé bénéficie également des avantages du parc immobilier de la Ville de Paris en occupant un appartement de 88 m2 au loyer modeste. Le Parquet de Paris ouvre une enquête suite aux révélations du journal, ce qui a pour effet de précipiter le déménagement du père comme du fils et d’amener au classement de l’affaire.

Même issue en 1995 pour les enfants du maire de Paris, Jean Tibéri. Les deux trentenaires occupent chacun un logement du parc HLM de la Ville bien qu’ils soient chacun propriétaires d’un logement loué au prix du marché. Une enquête met sur la place publique la bonne fortune des enfants Tibéri qui, eux aussi, changent d’adresse pour couper court à d’éventuelles poursuites.  

Après ces affaires très médiatisées, on peut penser que ceux qui auraient la tentation de profiter de la générosité de la France soient au moins guidés par la prudence. La suite montre que non. En 2010, c’est au tour de Fadela Amara, ministre de la Ville, d’être épinglée pour héberger, dans l’appartement de fonction qu’elle n’occupe pas, des membres de sa famille. En s’installant occasionnellement dans le logement de 120 mètres carrés, avec vue imprenable sur la Tour Eiffel, les frères de la ministre bénéficient en prime d’un cuisinier et d’un maître d’hôtel. Fadela Amara, elle, vit dans 54 mètres carrés d’un HLM du XIIIe arrondissement.

Au même moment, Christian Estrosi, ministre de l’Industrie, est pointé du doigt pour occuper deux appartements de fonction, un pour lui et un pour sa fille. Pour sortir du piège, il organise pour la presse une visite des deux logements. Une opération de communication menée tambour battant qui ne convainc pas grand monde. 

Pour le député socialiste et vigie des dépenses publiques René Dosière, si la situation des logements de fonction s’est assainie, « il y a encore du ménage à faire ». Une position qu’il partage avec la Cour des comptes quand elle vise par exemple les 63 logements de fonction de l’Elysée, situés dans un palais, au 11 quai Branly. Si certains collaborateurs de la présidence y logent gratuitement (ils ne payent que les charges) pour d’évidentes raisons de service, on peut se demander comment d'anciens collaborateurs de Valéry Giscard d’Estaing peuvent encore justifier leur présence. Ils devront cependant peut-être se chercher un toit ailleurs, le ministère des Finances ayant décidé de réduire de 20% le parc de logements de fonction de l'Etat. 

 

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