Inde

Inde: le dernier combat des Parsis

Mariage parsi en costume traditionnel.
Mariage parsi en costume traditionnel. CC/Wikipédia

L'une des plus anciennes communautés religieuses lutte pour sa survie en Inde. Les Parsis, qui pratiquent la religion millénaire du zoroastrisme, ne sont plus que 59 000 dans ce pays, et en déclin de 10% par an. Le gouvernement indien a récemment lancé un programme d'aide à la procréation, afin d'essayer de sauver cette civilisation. Ses représentants espèrent que cela créera un électrochoc au sein d'une communauté devenue défaitiste.

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De notre correspondant à New Delhi,

« Soyez responsables, n'utilisez pas de préservatifs ce soir ». Ceci n'est pas une blague d'adolescent inconscient, mais le message de l'une des publicités parues en novembre dernier pour inciter les familles parsies à faire plus d'enfants. Une provocation à la hauteur de la gravité de la situation : la mort progressive d'une civilisation.

Les Parsis sont une communauté indienne qui pratique la plus ancienne religion monothéiste du monde, le zoroastrisme, dans laquelle les fidèles vénèrent le feu. Ils sont arrivés en Inde il y a 1 300 ans, après avoir fui l'invasion musulmane sur leur terre natale, la Perse -d'où leur nom donné à leur arrivée. Cette communauté s'est intégrée avec succès, faisant naître de grands noms de l'économie du sous-continent : les Tata ou les Godrej, deux des plus riches conglomérats du pays, sont détenus par des familles parsies.

Une diminution constante

Mais cette richesse n'a pu empêcher leur diminution : selon les recensements officiels, l'Inde comptait 114 890 Parsis en 1941, contre 69 601 en 2001. En soixante ans, cette communauté s'est donc réduite de 40%, avec une baisse de 10% par an.

Il y a plusieurs raisons à cela : d'abord le très faible taux de fertilité de ces familles relativement aisées, de 0,88 enfant par femme, contre 2,3 en moyenne dans l'ensemble de l'Inde. 38% des femmes et 45% des hommes adultes ne se marient jamais. « Je vis toujours dans ma maison familiale, car je ne veux pas payer de loyer », avoue Sohrab Mulla, célibataire de 35 ans et responsable marketing pour la compagnie pharmaceutique IPCA. Le prix exorbitant de l'immobilier à Bombay, où vit la majorité des Parsis, n'encourage pas l'autonomie. « La plupart des hommes parsis sont idiots : tout est pris en charge par leur famille, donc ils tombent dans une sorte de léthargie et paresse. Et il est certain que cette attitude n'attire pas les femmes ». L'une des affiches de la nouvelle campagne tourne ce trait en dérision, pour réveiller les esprits, en présentant un homme adulte et sa vieille mère, accompagnés de cette légende : « N'est-il pas temps de rompre avec sa mère ? ».

Publicité pour la non-utilisation du préservatif dans la communauté parsie.
Publicité pour la non-utilisation du préservatif dans la communauté parsie. @parsikhabar.net

Le poids de l'héritage paternel

Un autre facteur joue contre l'expansion des Parsis et il est dénoncé par une partie de la communauté : on ne peut devenir Parsi que par héritage paternel, et si une femme épouse un homme en dehors du groupe, ses enfants ne le seront plus. « Ma fille de 5 ans est complètement exclue par les autres membres, s'insurge Ayesha Surty Vinayak, dont le mari n'est pas Parsi. A un an et demi, elle n'a, par exemple, pas pu participer à un concours de beauté organisée par la communauté. C'est fou ! » Cette responsable de distribution dans une télévision ne pourra pas non plus hériter de l'appartement détenu par ses parents, car selon les règles du très influent Bombay Parsi Punchayat, qui gère les propriétés et établit beaucoup des règles de ce clan, une femme qui en sort doit partir vivre ailleurs. « Les Parsis sont l'une des communautés indiennes les plus libérales, mais quand il s'agit de transmission vers les femmes, ils sont complètement myopes, proteste-t-elle. Cela n'est pas écrit dans le zoroastrisme, mais a été créé par ces hommes après afin de garder l'argent dans le clan ».

Depuis quinze ans, l'association Parzor se bat pour trouver des remèdes à la disparition de cette civilisation zoroastrienne vieille de plus de 3 500 ans, et dont la majorité vit en Inde -le reste demeure principalement en Iran. « Nous avons mené sept différentes études avec l'aide d'universitaires, et réalisé à quel point la communauté souffrait d'un fatalisme profond. La plupart considèrent qu'ils ne peuvent rien faire pour sauver les Parsis », explique Shernaz Cama, directrice de Parzor et coordinatrice d'un projet, mené par l'association avec l'Unesco, pour leur survie. Le résultat le plus marquant de cette action a été la naissance, fin 2013, du programme Jiyo Parsi, par lequel le gouvernement indien finance les opérations d'insémination artificielle des couples parsis non fortunés et qui n'arrivent pas à procréer. Une étude a en effet montré que le faible taux de fertilité était le principal facteur de la décroissance du clan, alors que l'acceptation des enfants de mariages mixtes n'aurait qu'un impact marginal.

Une tendance difficile à renverser

« Cette aide représente un grand soulagement pour ces couples, car ces opérations coutent cher et il n'y a qu'une chance sur deux de réussite, poursuit Shernaz Cama. Certains devaient donc hypothéquer leurs maisons pour les réaliser ». La marge de manœuvre est étroite. Cependant, il existe aujourd'hui entre 15 000 et 20 000 femmes parsies en âge de procréer. Depuis un an, trente couples se sont inscrits dans ce programme. Huit enfants sont déjà nés et un autre est en cours, ce qui représente déjà une réussite, selon ses organisateurs. En six ans, ils espèrent faire naître jusqu'à 200 nouveaux enfants par ce biais.

Il ne sera cependant pas possible de renverser la lourde tendance, qui fait que chaque année, seulement 200 Parsis naissent contre 800 qui meurent. Mais Shernaz Cama refuse de céder au fatalisme ambiant : « Il n'est pas possible de laisser mourir une civilisation », conclut-elle, pleine d'une énergie qui se fait rare dans la communauté. C'est le cri des derniers Parsis.

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