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Sénégal

Boubacar Touré Mandémory dénonce le délabrement de Rufisque en photos

Rufisque, ville en décrépitude...
Rufisque, ville en décrépitude... Boubacar Touré Mandémory

Actif depuis trente ans, le grand photographe sénégalais Boubacar Touré Mandémory a organisé entre septembre et décembre un atelier intitulé « Regards sur la ville de Rufisque ». Son objectif : former de jeunes photographes et alerter les autorités sur le délabrement de cette ville du littoral, située à 28 kilomètres au nord de Dakar.

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Bourlingueur expérimenté, Boubacar Touré Mandémory aime se définir comme un « photodidacte ». Sa première exposition, en 1986 à Gorée, portait sur les « fous de Dakar » – ces personnes en haillons qu’on peut croiser sur les trottoirs de la capitale. Son travail, publié par la Revue noire, Libération ou L’Express, se distingue par son style particulier : des angles de prise de vue très inhabituels, souvent au ras du sol.

Il a fondé un collectif de photographes dès 1988, parce qu’il estimait son art « trop méprisé et réduit à des photos de mariages ou de baptêmes ». En 1990, il lance le mois de la photo à Dakar, qui est devenu plus tard les Rencontres de la photographie africaine de Bamako, au Mali… Un déplacement qui s’explique par l’organisation à Dakar de la Biennale des arts.

C’est encore lui qui a monté le service photo de l’Agence panafricaine de presse (Pana) en 2000. « Donner des ordres à des photographes, ça ne correspondait pas à mon profil, dit-il. Je ne veux être le directeur de rien du tout ! » Installé à Guédiawaye, une banlieue de Dakar, il est souvent sollicité par ses cadets, faute d’école, pour des conseils et des formations. « Comme chacun voulait me côtoyer, j’ai organisé un travail collectif. Une mission photographique sur un seul et même sujet : Rufisque ».

Mission photographique à Rufisque

Tous les samedis, pendant trois mois, il a donc pris le bus avec douze jeunes photographes, à Dakar, direction Rufisque. Il avait commencé un travail personnel sur cette ville proche de Dakar, qui l’intéresse depuis longtemps en raison de son patrimoine architectural et de son état de délabrement. Il a ouvert son projet à d’autres, pour en tirer des regards croisés sur un seul et même sujet.

Il a financé l’initiative de sa poche, lancé une page Facebook « Regards sur la ville de Rufisque » et tout orchestré pour que « chacun soit à égalité avec l’autre, qu’il n’y ait pas de chef ». La page Facebook a permis de montrer le travail en train de se faire et de s’attirer le soutien de mécènes français – des particuliers passionnés de photo qui ont envoyé de l’argent par Western Union pour soutenir le projet. Ensuite est venu le tour de la fondation Sococim, une cimenterie du Sénégal, intéressée par le projet.

L’atelier « Regards sur la ville de Rufisque » a beaucoup fait parler de lui au Sénégal, en raison de sa qualité, mais aussi de son aspect citoyen. « Il s’agissait d’interpeller les politiques sur leur manière de gérer l’espace urbain, explique Mandémory, de dénoncer le laisser-aller et le laisser-faire. Nous vivons dans cet espace et nous sommes les premiers à le dégrader. Les autorités sont complices dans leur inaction ».

Depuis, les choses ont changé à Rufisque. Certains habitants ont félicité les photographes pour leur avoir permis d’enfin pouvoir regarder la façade de leur maison, que certains n’avaient pas vue depuis vingt-cinq ans ! La vieille ville a été débarrassée des piles de cantines des commerçants, qui noyaient littéralement les maisons proches du marché. Le collectif de photographes a rencontré le maire de Rufisque, et contribué à une prise de conscience des maires d’arrondissement sur les mesures à prendre.

Chroniques d’une ville en décrépitude

De ce projet, Boubacar Touré Mandémory a tiré des images faites à l’aide d’un objectif « fish eye » (œil de poisson) qui permet de prendre des vues à 180 degrés. « Cette technique m’a permis de m’approcher des gens sans qu’ils ne sachent qu’ils sont dans le cadre – et en continuant de ne pas se sentir concernés, dans des quartiers où la population reste toujours un peu hostile à la photo ». Grâce à la technologie numérique, Mandémory atténue ensuite l’effet du fish eye et redresse son image, lui donnant un rendu très particulier.

Quand on lui demande si ces photos ne renvoient pas une image négative, il répond du tac au tac : « Même si je dois honorer l’image de l’Afrique, je dois aussi en dénoncer les réalités. Dénoncer l’Afrique en m’adressant à des Africains, c’est pour moi un geste plus positif, plus citoyen que d’en laisser la responsabilité à d’autres ».

Prochaine étape : faire de Rufisque une vraie « plate-forme photographique », avec une maison de la photo et des lieux d’exposition complémentaires, mais séparés de la Biennale des arts de Dakar. « Pour l’instant, les photographies sont exposées avec des peintures, des sculptures et des installations vidéo, ce qui les écrase un peu », estime Mandémory. Le « photodidacte » rêve désormais de faire de Rufisque le nouveau centre de la photographie au Sénégal.

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