Accéder au contenu principal
World Press Photo

Dans les coulisses du World Press Photo, un prix convoité

Lars Boering.
Lars Boering. © Marieke van der Velden

Chaque année depuis 1955, le prix World Press Photo est décerné à la meilleure photo de presse – mais pas seulement. Lars Boering, le directeur néerlandais du World Press Photo, nous explique ce concours aux multiples catégories: portrait, sport ou séries issues de travaux personnels. Et aussi son organisation de 30 permanents, basés à Amsterdam, et son jury de professionnels du monde entier – Afrique comprise.

Publicité

Comme son nom l’indique, le World Press Photo a un impact planétaire. Pour les photographes qui le reçoivent, c’est l’équivalent du prix Nobel ou pour les réalisateurs d’une Palme d’Or. Une récompense qui asseoit leur renommée, fait grimper leur cote et marque un tournant dans leur carrière. Pas moins de 5 700 photographes professionnels issus de 131 pays concourrent cette année. Ils ont soumis une quantité colossale d’images (98 000) à la sagacité d’un jury trié sur le volet.

Lars Boering, le directeur néerlandais du World Press Photo, explique comment les 20 membres du jury, de 15 nationalités différentes, sont sélectionnés : « Nous travaillons sur une liste permanente de professionnels reconnus à travers le monde, que nous mettons sans cesse à jour. En fonction des disponibilités des uns et des autres, et en veillant à un principe de rotation, sans solliciter les mêmes que par le passé, nous réunissons ces personnes à Amsterdam. »

Pour être un bon président de jury, poursuit-il, « il faut avoir beaucoup d’expérience, travailler au quotidien dans la photo à un haut niveau et savoir quelles sont les tendances du marché ». Cette année, c’est Michelle Mc Nally, directrice de la photo au New York Times, qui va mener la danse.

Les débats sont parfois vifs avant de s’accorder sur le premier prix – mais le World Press Photo ne laisse jamais percer la moindre « fuite » sur les désaccords au sein de son jury.

Deux Africains dans le jury cette année

Etre membre du jury du World Press Photo représente aussi une forme de reconnaissance, en soi. Deux Africains y côtoient cette année des experts des cinq continents. Simon Njami, d’origine camerounaise, commissaire d’expositions et ancien directeur des Rencontres africaines de la photographie à Bamako, est l’un des trois secrétaires du jury. Quant au Nigérian Azubuike Nwagbogu, directeur de la Fondation des artistes africains (AAF) basée à Lagos, il siège dans la section « portraits » aux côtés de Laura Pannack, une photographe britannique, et Alessia Glaviano, une iconographe italienne.

Ce jury examine toutes les images admises en compétition. Il est séparé en groupes qui correspondent aux diverses catégories du prix : actualité, thèmes contemporains, vie quotidienne, portrait, nature, sport et pour la première fois cette année, des travaux de « long terme », des reportages thématiques inscrits dans la durée.

Chaque image est vérifiée à deux reprises et l’original de la prise de vue est exigé. Toutes les photos manipulées ou retouchées sont exclues de la compétition.

Des images de guerre souvent récompensées

Les images qui ont reçu les prix 2013 et 2014 paraissent moins terribles qu'à l'accoutumée. On voit sur la première des silhouettes se détacher sur un ciel nocturne et des mains tendues avec des téléphones portables, comme si des gens voulaient prendre les étoiles en photo. En fait, il s’agit de migrants qui tentent de capter depuis Djibouti le signal d'un réseau somalien de téléphonie cellulaire…

Quant à la photo qui a remporté le 12 février le prix 2014, elle va faire jaser le monde entier – notamment en Afrique où les droits des homosexuels et transgenres sont battus en brèche dans de nombreux pays, notamment au Cameroun et au Nigeria, pays d’où viennent les deux membres africains du jury... La photo montre en effet deux jeunes hommes au lit, un couple gay en Russie, immortalisé dans la pénombre par le photographe danois Mads Nissen, qui témoigne des conditions difficiles de vie des homosexuels en Russie. « C’est un moment historique pour cette image, a expliqué la présidente du jury, Michele McNally. La photo gagnante doit être esthétique, avoir un impact et être susceptible de devenir une icône. Cette photo est puissante sur le plan esthétique et elle a de l’humanité. »

Quels sont les critères d’une bonne photo ? Réponse de Lars Boering : « Je ne suis pas sûr qu’il y en ait ! Je vois passer un nombre incroyable d’images, mais à chaque fois, c’est ce qui se passe dans votre tête, votre cœur et vos tripes, séparément ou en même temps, qui me paraît déterminant. Une bonne photo, c’est une image qui raconte quelque chose, et pas juste une image ».

Le World Press Photo récompense souvent des clichés qui témoignent de conflits – comme à Gaza ou au Yémen. Le trophée va parfois à des photos sensationnelles – comme celle de la Sud-africaine Jodi Bieber, qui avait remporté le prix en 2010 avec un portrait d’une jeune Afghane au nez coupé. La même année, c’est un portrait moins effroyable d’un lutteur sénégalais bardé de gris-gris qui avait recouvert les rues d’Amsterdam sur des posters. Le photographe français Denis Rouvre avait alors remporté le second prix pour la catégorie sport, avec ses clichés rapportés du Sénégal.

Entre deux prix, le World Press Photo redevient une organisation de 30 permanents, qui dispense des cours, organise des ateliers à travers le monde et fait tourner une immense exposition itinérante, 200 images dans 42 pays. Au final, un public de 3 millions de personnes peut voir les tirages en grand format des lauréats de toutes les catégories du World Press Photo. Mieux que le site web http://www.worldpressphoto.org/2015-photo-contest , qui reprend lui aussi ces clichés, et doit se moderniser en mars prochain.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.