JO 2016 / Judo

Judo: Loïc Pietri ou la rage de vaincre d'un enfant de la balle

La joie de Loïc Pietri après son titre de champion du monde à Rio en 2013.
La joie de Loïc Pietri après son titre de champion du monde à Rio en 2013. AFP PHOTO / VANDERLEI ALMEIDA

Premier champion du monde français des moins de 81 kilos à Rio, au Brésil, en 2013, Loïc Pietri vise désormais les Jeux Olympiques de 2016… toujours à Rio. Portrait du judoka, le premier d'une série de papiers consacrés au Niçois, désormais lancé dans une course de fond, et qui va nous faire vivre sa préparation jusqu'aux JO.

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Il a beau se gratter la tête et basculer son corps massif en arrière, Loïc Pietri n’arrive pas à se remémorer ses premiers pas sur un tatami. Avec un père judoka de haut niveau, il est presque né dans un dojo, sa seconde maison. L’histoire de Loïc Pietri est celle d’un garçon doué, qu’un père aimant, Marcel, a laissé s’épanouir sans le bousculer. « Je n’ai que de bons souvenirs au judo. Petit, je me suis vraiment amusé. Je ne peux que remercier mon père qui ne m’a jamais mis la pression. Au contraire, quand je perdais, il me disait : " Calme-toi, arrête de t’énerver " », narre-t-il. Avec son caractère bien trempé, Loïc Pietri se souvient avoir perdu sa toute première compétition face à des garçons plus âgés, ce qui l’avait profondément « agacé ». Il a passé une enfance heureuse, bercée par le bruit des chutes dans le dojo et par les allers-retours en voiture entre Nice et Monaco aux côtés de son père. « Il a réussi à me transmettre la passion. Il ne m’a pas fait faire du judo, il m’a fait aimer le judo. Les gens s’imaginent que, parce que ton père est professeur, tu vas faire des cours intensifs. En vérité, avec moi, il se comportait comme avec tout le monde. On discutait tout le temps dans la voiture. Il a toujours essayé d’être là au maximum, car le soir il donnait des cours et moi je me couchais tôt », affirme Pietri.

« Une boussole, pas un GPS »

« J'ai toujours essayé d'être une boussole, pas un GPS », avait déclaré le père après le titre de champion du monde du fils. A 24 ans, des souvenirs, Loïc Pietri en a déjà plein ses tiroirs. Et il n’hésite pas à les livrer. Comme cette première fois où son père lui a montré la prise Ippon-Seoi-Nage à gauche (projection sur le dos à un bras), qui est devenue sa marque de fabrique. « C’était juste avant de rentrer dans le dojo. Il a posé sa mallette et m’a fait sa démonstration ». Ou encore, autre rappel du passé, cette première médaille dans une compétition officielle. « Ce jour-là, avec ma médaille autour du cou, j’ai compris que j’avais le goût de la compétition. Je ne peux pas m’en passer. J’aime cette sensation de stress, ces moments intenses ».

Petit, Loïc Pietri a pris très tôt du plaisir en vivant son sport à fond. En minime, alors qu’il se casse le poignet en faisant du snowboard, il utilise une balle en mousse sur sa main plâtrée pour ne pas perdre de force au niveau de l’avant-bras. « Quand j’ai enlevé mon plâtre, je me suis retrouvé avec une main morte et j’ai commencé à déprimer. Le souvenir que j’ai, c’est que j’ai voulu prendre le sel à table et que j’arrivais à peine à le porter ». L’évocation de cette scène le fait encore sourire. Ce qui ne l’a pas empêché de faire deuxième pour son retour à la compétition. Mais, depuis, Loïc Pietri a « lâché le snowboard ».

La « vengeance » de Bourras

« Vous voulez encore une anecdote ? », lance-t-il avec un œil malicieux. C’était à Hyères. Djamel Bourras, champion olympique des moins de 78 kg en 1996 à Atlanta, faisait une démonstration devant un parterre d’enfants, dont Loïc, qui, comme tous les autres, a eu droit à son petit combat avec le maître. A sa grande époque, le père de Pietri, judoka en activité, avait l’habitude de mettre des « roustes » à l'entraînement au médaillé.« Quelqu’un a dit pour taquiner Bourras : " Tu te souviens de son père ? " »Loïc Pietri, lui, se souvient en tout cas de la « vengeance » de Bourras. « Il  avait laissé les autres enfants le faire tomber et moi pas ! Il m’avait mis deux ou trois ippons. Je m’étais senti humilié et, en sortant, j’ai pleuré. Et je me suis dit, quand je serai grand, je lui " casserai " la gueule ! » Un caractère déjà affirmé.

« Ma mère a mis dans la tête de ma soeur qu’elle allait devenir petite, trapue et sans seins si elle faisait du judo… Ce n’est pas sympa pour les judokates », glisse Loïc Pietri avec malice. Plus sérieusement, il avoue : « Ma mère s’est toujours occupée de moi. Grâce à mon père, j’arrive à faire un judo dans toutes les directions et à contrer. Il m’a fait gagner du temps. Sans eux, je ne pourrais pas être libre comme je le suis. Le truc prioritaire dans ma vie, c’est le judo, et mes parents m’aident pour ça. La moitié de ma réussite, c’est l’état d’esprit de mes parents ». Un bel hommage. « Il n'a pas vraiment besoin des autres pour avancer. Il faut juste qu'il se sente appuyé dans sa démarche », a dit un jour le père de Loïc.

Intelligent, touche à tout, aimant le dessin et la musique, Loïc Pietri ne s’empêche pourtant jamais de se poser des questions. « C’est bizarre, mais je me demande si mon histoire n’est pas trop lisse. Comme je ne me souviens pas de mes premiers pas dans ce sport, même si j’aime ça, je me demande si j’ai choisi ce que je fais ».

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