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Du côté de chez Juan

Mali: pourquoi la signature de l’accord de paix a autant tardé

Le Mali avait organisé le 15 mai à Bamako la signature officielle de l'accord de paix d'Alger en présence d'une dizaine de chefs d'Etat africains. Plus de 20 pays étaient représentés.
Le Mali avait organisé le 15 mai à Bamako la signature officielle de l'accord de paix d'Alger en présence d'une dizaine de chefs d'Etat africains. Plus de 20 pays étaient représentés. AFP/Habibou Kouyaté
Texte par : Serge Daniel
7 mn

La Coordination des mouvements de l'Azawad, qui fédère les principaux groupes rebelles du nord du pays, a finalement accepté de signer le 20 juin à Bamako l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali. Appels sur l’actualité revient sur l’histoire de cet accord signé en grande pompe le 15 mai dans la capitale malienne alors que la CMA refusait toujours de parapher le texte final. Depuis, les parties se sont rapprochées, notamment quant au retrait de Ménaka des groupes armés pro-gouvernementaux, ce jeudi, remplacés temporairement par des casques bleus de la Minusma. Explications. 

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Pourquoi les rebelles sont-ils revenus sur leur décision ?
Tout est question de stratégie de négociation. Effectivement, dans un premier temps, les rebelles de la Coordination des mouvements de l’Azawad avaient d’abord refusé de signer l’Accord de paix et de réconciliation d’Alger. A l’époque, ils estimaient nécessaire d’aller consulter leur base. La médiation a alors immédiatement proposé aux différentes parties de parapher l’accord, c'est-à-dire d’apposer leurs initiales en bas de chaque page du document - avant la signature. La partie gouvernementale l’a fait, mais les rebelles, non. Certains en privé et d’autres officiellement justifient ce refus par le fait qu’ils ne retrouvent pas clairement leurs revendications autonomistes dans le texte, notamment le fait de considérer l’Azawad – le nom qu’ils donnent au nord du Mali – comme une entité politique et géographique. Les tractations commencent, les pressions également. Dans la seconde phase, les rebelles disent : « Oui, nous paraphons, mais pour LA signature, il faut ouvrir de nouvelles discussions avec le gouvernement »... Entre temps, le gouvernement malien, les groupes alliés et deux petits groupes de la CMA mais pas ses ténors, signent l’accord en grande pompe à Bamako. Les rebelles obtiennent une nouvelle rencontre avec le gouvernement malien à Alger, où deux documents sont signés. Et les rebelles, parce que satisfaits de ces discussions, décident finalement de signer l’accord le 20 juin.

Manifestation à Bamako, le 2 mai, pour la «libération» de Ménaka, sous contrôle d'une milice pro-gouvernementale depuis le 27 avril.
Manifestation à Bamako, le 2 mai, pour la «libération» de Ménaka, sous contrôle d'une milice pro-gouvernementale depuis le 27 avril. AFP/Habibou Kouyaté

Pourquoi ont-ils signé ces deux documents et quel est leur contenu ?
Le premier document est un relevé de conclusions et non un nouvel accord. La différence est de taille. Juridiquement, cela n’a pas le même effet de contrainte. Dans ce relevé de conclusions, il est dit deux points essentiels. Que sur le plan sécuritaire, dans le nord, l’armée malienne reconstituée doit majoritairement et prioritairement être composée des groupes armés, notamment de la CMA. Ensuite, que la médiation s’engage à rendre possible de nouvelles discussions autour du thème de l’Azawad – une terminologie par laquelle les rebelles désignent le nord du Mali. Et ne tournons pas autour du pot, une terminologie qui, pour eux, renferme les germes de leurs revendications autonomistes. Dans l’accord signé par le gouvernement malien et paraphé par les rebelles, il est dit qu’une conférence nationale va débattre de la question de l’Azawad, qui est une réalité plutôt culturelle. Or, dans le relevé de conclusions, il est dit que cette réunion autour de la notion de l’Azawad doit réunir plutôt des cadres de région du nord du Mali.

Et le second document ?
Le second document est un arrangement sécuritaire qui concerne Ménaka. La localité était aux mains de la CMA quand le Gatia, ce groupe armé progouvernemental, s’y est installé par surprise. L’arrangement dit premièrement que le Gatia va quitter les lieux ; deuxièmement, que Ménaka sera sous la protection des casques bleus et troisièmement que la CMA va s’installer à une vingtaine de kilomètres de la ville… Ce mardi, une délégation composée de rebelles, de représentants du gouvernement et de la mission de l’ONU s’est rendue sur le terrain pour voir si l’opération décidée se dessine clairement sur le terrain !!

Que s’est-il passé ?
Un nouveau coup de canif dans le processus de paix. Dans la soirée, de retour de Ménaka, Maître Harouna Toureh, porte-parole de la plateforme des groupes armés pro-gouvernementaux, a affirmé que ses troupes ne quitteront pas la ville, contrairement à l'engagement pris récemment par l'Etat malien à Alger. « Les populations de Ménaka nous demandent de ne pas quitter la ville. Elles nous demandent de continuer à assurer leur sécurité, a-t-il déclaré à RFI. Dans ce cas, nous ne quitterons pas la ville ». En réaction, un responsable de la CMA a demandé aux groupes armés de la plateforme « de respecter leurs engagements pris à Alger ». Et d’ajouter dans la foulée : « Nous allons nous réunir, analyser la situation pour savoir si malgré ça, nous irons samedi à Bamako pour signer l'accord de paix et de réconciliation ». Enfin, jeudi, les parties se sont accordées quant au retrait de Ménaka des groupes armés pro-gouvernementaux, remplacés temporairement par des casques bleus de la Minusma...

Le 26 mai, dans le centre de Bamako, plusieurs milliers de manifestants ont crié des slogans hostiles aux groupes rebelles du nord, et parfois à la France.
Le 26 mai, dans le centre de Bamako, plusieurs milliers de manifestants ont crié des slogans hostiles aux groupes rebelles du nord, et parfois à la France. Reuters/Adama Diarra

Quelles conséquences ces documents auront-ils sur la résolution de la crise ?
Disons le, les problèmes risquent de surgir autour de l’interprétation des documents. Ainsi Almou Mohamed, un porte-parole de la rébellion, nous explique qu’avec la signature de ces documents, il est clair qu’ils ont obtenu gain de cause – donc, revendications autonomistes sur la table. Or, dans un communiqué officiel, le gouvernement malien affirme que ces documents ne touchent pas le fond de l’accord et que l’Unité nationale, l’intégrité territoriale, la forme laïque et républicaine du Mali sont et demeurent préservées. Le gouvernement malien va même plus loin. Un peu comme s'il criait victoire, il affirme que « les préoccupations soulevées, notamment par la CMA, ont été jugées susceptibles d’avoir une réponse dans la mise en œuvre de l’Accord. En d’autres termes, toutes les questions auxquelles se sont référées ces consultations seront examinées sans préjudice des dispositions pertinentes de l’Accord ». 

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