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Afrique / Littérature

Promenade dans les exils littéraires de Fouad Laroui

Fouad Laroui, économiste et écrivain.
Fouad Laroui, économiste et écrivain. Editions Robert Laffont

Fouad Laroui, romancier marocain installé entre Amsterdam et Paris, traite de la « littérature de l’exil ». Dans son dernier essai intitulé D’un pays sans frontières, il passe en revue toute une production littéraire postcoloniale écrite par des déracinés, comme lui. Une succession de notes de lectures sur des ouvrages précis.

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Fouad Laroui a développé, enfant, une relation d’amour-haine avec son pays, le Maroc. Il en parle sans détours dans la plupart de ses romans, parmi lesquels le tout dernier, Les tribulations du dernier Sijilmassi(Julliard, 2014). Il traite de la crise existentielle d’un ingénieur marocain très porté sur la littérature – un récit qu’on soupçonne un brin autobiographique. Ancien élève des Ponts et Chaussées, ex-directeur d’une usine de phosphates au Maroc, http://www.julliard.fr/site/fouad_laroui_&181&30895.html " target="_blank">Fouad Laroui a changé de vies plusieurs fois : il est devenu docteur en économie à Cambridge et York (Grande-Bretagne), avant de s’établir comme écrivain et professeur de littérature à l’université d’Amsterdam.

Les « clés » de V.S. Naipaul

Issu lui-même « D’un pays sans frontières », il livre donc ses réflexions sur ses pairs, tous ces auteurs d’un monde en mouvement qui ne vivent plus sur leur terre natale ou sont attachés à un ailleurs lointain. Fouad Laroui rend hommage au fil des pages à la « vitalité algérienne » en citant Abdelkamer Djemaï, Othman Bouhlal et Sadek Aïssat, mais s’amuse aussi à décrypter des icônes telles que V.S. Naipaul, fils d’une famille indienne de Trinidad et Prix Nobel de littérature (2001), qu’il traite de « misanthrope sans bagages ».

Extrait d’un récit qui relate la formation britannique de cet écrivain atypique : « C’est que Naipaul fait scandale. Il refuse les solidarités obligées. Il a la peau sombre, et alors ? Aux Etats-Unis, il serait classé " Noir " ». Il s’en fiche. Naipaul est un individu. « Je n’ai ni maître ni rival, ni employé ni ennemi », affirme-t-il. Sans préjugés, sans dogme, il est à même d’écrire des livres vrais, selon sa propre définition ».

On devine entre les lignes ce qui intéresse tant Fouad Laroui dans le parcours de Naipaul : un homme qui a choisi sa destinée, hors des déterminismes, et qui a eu la force de caractère d’écrire une œuvre détachée – sans se priver, comme lui sur le Maroc, d’écrire sur son île natale, Trinidad.

« C’est un individualiste acharné, refusant le groupe, refusant toute solidarité, poursuit Fouad Laroui. Il ne craint pas d’aller jusqu’au bout de sa logique : selon lui, le Noir américain n’a rien à dire s’il entend ne parler que de sa négritude, c’est-à-dire ce qui le lie à d’autres hommes. Il n’y a au fond que des questions personnelles. C’est sans doute pourquoi cet homme qui a scié ses racines n’a pas participé au débat sur la négritude et l’Occident ou sur l’orientalisme ».

Un tourbillon de livres

Dans son tourbillon de notes de lecture, Fouad Laroui saute du coq à l’âne, passe d’Amélie Nothomb et « son » Japon au Caire de l’Egyptien Albert Cossery, et revient très souvent sur l’un de ses auteurs préférés, Driss Chraïbi, auteur en 1954 du roman Le Passé simple, pierre fondatrice de la littérature moderne marocaine… 

Fouad Laroui livre aussi le fond de sa pensée sur quelques auteurs d’Afrique subsaharienne triés sur le volet : il évoque ainsi des ouvrages de Henri Lopès (Dossier classé, Seuil, 2002), Mongo Beti (Trop de soleil tue l’amour, Julliard, 1999) et, de manière plus inattendue, Stanislas Spero Adotevi, le philosophe béninois auteur de Négritudes et négrologues, un « brûlot africain » paru en 1972 pour démonter le concept de « négritude », réédité en 1998 par Le Castor Astral.

Décrivant Adotevi comme « l’anti-Senghor », Fouad Laroui rappelle à grands traits les thèmes de la négritude : « La fierté d’appartenir à une civilisation africaine, la nécessité de se libérer des modèles européens, une foi profonde dans le destin de l’Afrique. » Et passe à ce qui l’a interpellé dans le texte d’Adotevi : « Bon. Adotevi a reconnu les mérites de la négritude. On l’entrevoit presque : rapide inclinaison du buste. Alors il passe à ce qui est réellement le cœur de sa querelle. En un mot : les définitions du Nègre sont métaphysiques. Elles ne veulent rien dire. C’est aussi simple que cela. Armé de cette conviction, il débusque partout les perles, les sophismes, les apories. C’est un bêtisier monumental qui s’élabore sous nos yeux. C’est aussi le coup d’envoi du festival anti-Senghor ».

Un poète-président bien souvent attaqué pour avoir dit que « la raison est hellène et l’émotion nègre » - comme si les Noirs représentaient une race à part. Les promenades littéraires de Fouad Laroui, libres, impertinentes et intelligentes, permettent de cheminer avec lui dans les rayons de sa bibliothèque, et surtout, dans les questionnements personnels d’un écrivain dont on devine qu’il n’est pas si malheureux, après tout, dans son exil choisi.

D’un pays sans frontières. Essais sur la littérature de l’exil, par Fouad Laroui. Paris, éditions Zellige, 2015. 246 pages. 18 euros. 

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