Etats-Unis / Cuba

Dégel américano-cubain: Moscou craint un changement de cap de Cuba

Le président Vladimir Poutine et son homologue cubain Raul Castro à La Havane, le 11 juillet 2014.
Le président Vladimir Poutine et son homologue cubain Raul Castro à La Havane, le 11 juillet 2014. AFP/Alejandro Ernesto/Pool

La réouverture des ambassades cubaine et américaine, le 20 juillet 2015, marque le symbole du dégel des relations entre La Havane et Washington. La Russie, traditionnel allié de Cuba pendant la Guerre froide, avait jusque-là conservé des liens étroits avec son partenaire des Caraïbes. Comment ce rapprochement entre les deux pays a-t-il été ressenti du côté de l’ancien « grand-frère » russe ? Eléments de réponse dans Appels sur l'actualité.

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Quelle a été la réaction de la Russie au rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba ?
Je vous fais part tout d’abord de la réaction officielle, celle qui a été rendue publique dans un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères en date du 3 juillet. La Russie considère que le rétablissement des relations diplomatiques entre Washington et La Havane, est « un acte de justice historique ». Moscou espère ainsi que cet accord va créer un climat favorable à la levée du blocus financier de l’île et au retour de la base militaire de Guantanamo à Cuba. Le communiqué ajoute ce que l’on peut considérer comme une pique à l’égard des Américains : « Le monde entier comprend que les réalités internationales sont en constante évolution », note la diplomatie russe, qui espère que Washington aussi va le comprendre.

Pendant toute la Guerre froide, Moscou était le principal allié de Cuba. N’y a-t-il pas une certaine amertume de Moscou à voir ce rapprochement entre les deux Etats ?
Au cours d’une interview, un des vice-ministres des Affaires étrangères, Vassili Nebenzi, a été quelque peu persifleur. « Il a fallu aux Américains cinquante ans pour se rendre compte que leur politique à l’égard de Cuba était erronée. On va voir combien de temps il va falloir à nos partenaires pour comprendre que leur politique à notre égard est erronée. J’espère que ça ne durera pas 50 ans... » Un autre vice-ministre, Serguei Ryabkov, va dans le même sens, évoquant la fin d’un des exemples les plus odieux de recours à des sanctions unilatérales et illégitimes. Et il explique que pour la Russie, il n’est pas question de dire à Cuba, « c’est eux ou nous ». « Ce serait une politique contre-productive, poursuit-il. Cela ne rétrécit en rien le champ de nos propres relations diplomatiques. Cuba est un allié fiable, et nous sommes persuadés que notre coopération au sein de l’ONU va se poursuivre. » Une allusion au vote des Nations unies condamnant la violation de l’intégrité territoriale de l’Ukraine après l’annexion de la Crimée par la Russie. Dix pays avaient voté contre, dont Cuba. Entre les lignes il faut bien comprendre que Moscou craint un changement de cap de la diplomatie cubaine.

La vieille alliance entre La Havane et Moscou est-elle effectivement fragilisée ?
Un journaliste et analyste russe, Andrei Klesnikov, pense qu’effectivement le rapprochement de Cuba et des Etats-Unis est un signe de faiblesse de Moscou. Ce journaliste, qui n’est vraiment pas dans la ligne officielle, écrit qu’après avoir perdu l’Ukraine, alors que les relations sont difficiles au sein de son ex-Empire, la Russie a perdu sa place forte historique dans les Caraïbes. Pour lui, la poignée de main entre Raul Castro et Barack Obama est le symbole d’une nouvelle époque, qui pourrait amener Cuba à changer de grand-frère. C’est le retour de Cuba à l’ère pré-marxiste. De toute façon, la Russie n’aidait plus Cuba sur le plan économique depuis le lancement des réformes libérales, c'est-à-dire depuis les années 1990. Et Andrei Kolesnikov conclut avec humour : l’époque est finie où les Russes chantaient « Les Barbudos », c’est maintenant Obama qui va pouvoir chanter « Cuba mon amour ».

Barack Obama et Raul Castro à Johhanesburg, en Afrique du Sud, en marge des obsèques de Nelson Mandela, le 10 décembre 2013. Cette première rencontre, historique, entre les deux dirigeants, avait marqué le début du dégel des relations entre les deux Etats.
Barack Obama et Raul Castro à Johhanesburg, en Afrique du Sud, en marge des obsèques de Nelson Mandela, le 10 décembre 2013. Cette première rencontre, historique, entre les deux dirigeants, avait marqué le début du dégel des relations entre les deux Etats. REUTERS/Kai Pfaffenbach/files

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