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Crise migratoire

La Slovaquie peut-elle refuser l’accueil aux réfugiés musulmans?

Le 20 juin 2015 à Bratislava, une manifestation anti-immigration arbore des banderoles où on peut lire «La Slovaquie n’est pas l’Afrique» ou encore «Stop à l’islamisation de l’Europe»…
Le 20 juin 2015 à Bratislava, une manifestation anti-immigration arbore des banderoles où on peut lire «La Slovaquie n’est pas l’Afrique» ou encore «Stop à l’islamisation de l’Europe»… AFP/Vladimir Simicek
Texte par : Domitille Piron
5 mn

Appels sur l’actualité revient sur la politique annoncée par le gouvernement slovaque en matière d’accueil des réfugiés, en totale contradiction avec les propos de Jean-Claude Junker mercredi. Le président de la Commission européenne a spécifié que la religion ne doit pas être un critère de choix. Pourtant, la Slovaquie a posé ses conditions : seuls les chrétiens seraient acceptés, au prétexte que le pays ne dispose pas de mosquées pour ceux de confession musulmane… Eclairage.

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Pourquoi la Slovaquie a-t-elle annoncé qu’elle n’acceptera pas de réfugiés musulmans dans son pays, mais que des chrétiens ?
Les responsables politiques slovaques se justifient en expliquant qu'il y a très peu de musulmans en Slovaquie, qu'il n'y a pas de mosquées, donc que ces réfugiés musulmans ne pourraient pas s'intégrer. En effet, les musulmans ne représentent que 0,2 % de la population. Plus de 70 % des Slovaques sont catholiques, d'où la préférence à accueillir des réfugiés chrétiens. Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Ivan Netik, a expliqué qu'il ne s'agissait pas de discrimination, que les Slovaques n'avaient rien contre l'Islam, mais qu'il fallait y voir un effort pour réussir l'intégration des refugiés. 

Cette décision pourrait apparaître comme un prétexte… 
Comme la République tchèque, la Hongrie et la Pologne, la Slovaquie fait partie du groupe de Visegrad très opposé au système de répartition par quotas des migrants en Europe - et en fait surtout hostile à l'accueil de réfugiés. Certains journalistes slovaques ont dénoncés la « xénophobie ambiante » et le refus de la différence « qui caractérise la société slovaque ». Les sondages montrent que plus de 70 % des Slovaques seraient ou sont opposés à l'accueil de migrants dans leur pays. De nombreuses manifestations aux relents xénophobes ont été organisées dans ce sens. Derrière ce choix de n'accepter que des réfugiés chrétiens, on peut surtout voir une façon de refuser tout accueil de réfugiés. Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a souvent répété ces derniers mois que le pays n'avait aucune obligation morale à accueillir les réfugiés. Et il a joué sur les peurs en déclarant, par exemple, qu'accueillir 400 000 migrants musulmans qui construiraient des mosquées pourrait changer la nature, la culture et les valeurs du pays...

La Pologne a fait une déclaration similaire avant de se rétracter. Victor Orban, le Premier ministre hongrois, juge aussi qu'un afflux de migrants constitue une menace pour « l'identité chrétienne de l'Europe ». Cette semaine, des maires français de l’ex-UMP, Les Républicains, disent ne vouloir accueillir que des familles chrétiennes pour, disent-ils, éviter les risques terroristes... Au point de vue juridique, la Slovaquie a-t-elle le droit d'établir une telle politique ?
Ce ne sont que des annonces qui semblent très difficiles à appliquer. Même si la Slovaquie dit avoir sélectionné en Hongrie et en Grèce les familles qu’elle se dit prête à accueillir. Ce tri des réfugiés selon leur religion est contraire à toutes les conventions internationales, car il s'agit d'une discrimination religieuse. D'abord, ce serait entrer en contradiction avec la Convention de Genève. La convention relative au statut de réfugiés de 1951 définit qu'un Etat doit accorder le statut de réfugiés aux personnes qui en font la demande sans discrimination quant à la race, la religion ou le pays d'origine. La Slovaquie a ratifié cette convention en 1993 et doit donc appliquer ses principes. 

Risque-t-elle des sanctions de la part de l'Europe ?
Cette annonce est également contraire avec les principes même de l'Union européenne, basée sur des règles antiracistes et de non-discrimination. Les directives et les traités européens empêchent également toute forme de discrimination. Enfin, la Convention européenne des droits de l'homme que la Slovaquie a ratifiée, l’interdit également. Mais la CEDH ne peut intervenir pour condamner un Etat que sur la base de textes officiels, et non pas, comme dans le cas présent, sur des annonces qui ne sont pas encore suivies d'effets. Ce que la Slovaquie peut faire en toute légalité, cependant, c'est donner la priorité aux réfugiés chrétiens en expliquant qu'ils sont les plus persécutés. Miser sur les persécutions des chrétiens pour leur donner la priorité, c’est légal. Refuser des musulmans en raison de leur religion, en revanche, ça ne l'est pas. Pour rappel, à peine 10 % de la population syrienne est d'obédience chrétienne. 

Cette décision de n'accepter que des réfugiés chrétiens a été décriée par de nombreux responsables politiques… 
Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, a appelé les chefs d'Etats concernés par la crise migratoire, dont la Slovaquie, pour leur dire que « ces gens qui arrivent en Europe sont des réfugiés qui fuient la guerre et la violence, qu’ils ont le droit de demander l'asile... » - sans que leur soit opposée aucune forme de discrimination. Jean-Claude Junker, le président de la Commission européenne, a lui aussi spécifiquement demandé ce mercredi que la religion des réfugiés venus de pays à grande majorité musulmane ne soit pas un critère de choix. Dans le nouveau plan qu’il a annoncé, la Slovaquie devrait accueillir 1 502 réfugiés, dans un pays qui compte 5 millions d'habitants - soit 0,03 % de sa population. Et il lui sera difficile de choisir ces réfugiés selon des critères religieux.  

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