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Afrique/ Démocratie

La tentation du coup d’Etat, un fléau en Afrique de l’Ouest

A la télévision publique burkinabè, un homme portant l'uniforme du RSP annonce la dissolution des autorités de la transition, le 17 septembre 2015.
A la télévision publique burkinabè, un homme portant l'uniforme du RSP annonce la dissolution des autorités de la transition, le 17 septembre 2015. RTB

Le coup d’Etat du 17 septembre au Burkina Faso rappelle que la menace du putsch persiste malgré le processus de démocratisation enclenché en 1990. Le putsch, un mal qui sévit depuis les Indépendances, reste d'actualité en Afrique de l’Ouest - Nigeria, Gambie, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali... – où plus de 25 coups force ou tentatives de coups de force ont été perpétrés depuis 1990, contre 14 sur le reste du continent, de l'Algérie à Madagascar en passant par le Tchad, la Centrafrique, les deux Congo, le Burundi et le Soudan du Sud. Retour sur les douze coups les plus marquants de ces 25 dernières années en Afrique occidentale.

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Nigeria, 22 avril 1990
Le général Ibrahim Babangida assurait qu’il n’y aurait plus de coups d’Etat au Nigeria après le sien, en 1985. Vaine promesse. Deux mois après la première conférence nationale souveraine d’Afrique de l’Ouest, qui lance la démocratie au Bénin voisin, des militaires s’emparent, en avril 1990, de la radio fédérale. La junte organise la riposte. Sani Abacha, chef d’état-major, envoie des blindés mater les putschistes, avec succès. Mais le Nigeria ne s’arrête pas là. Quatre ans plus tard, Babangida démissionne après avoir annulé les résultats de la présidentielle du 12 juin 1993, remportée par Moshood Abiola, un civil de l’ethnie yorouba issu des régions commerçantes du Sud, mort en 1998 en prison. Sani Abacha perpétue la mainmise sur le pouvoir des militaires haoussas des régions déshéritées du nord : il se proclame chef de l’Etat en novembre 1993 et dissout les institutions démocratiques. Un énième coup de force qui se solde par cinq ans de dictature et des détournements massifs de deniers publics. 

Liberia, 9 septembre 1990
Le sergent Samuel Doe, tombeur en 1980 du régime de William Tolbert, ne peut résister aux assauts d’une rébellion menée par le lieutenant Prince Johnson. Doe, qui avait fait fusiller sur une plage tout le gouvernement déchu, en 1980, est à son tour enlevé, torturé puis exécuté le 9 septembre 1990 sous les yeux de Prince Johnson, qui fait filmer la scène. La vidéo circule encore sur les marchés d’Afrique de l’Ouest. Prince Johnson se proclame président, mais la guerre que lui mène son ancien allié Charles Taylor, un autre militaire rebelle, plonge le pays dans treize années d’une guerre civile qui fera plus de 300 000 morts. Au Liberia, les putschistes ont de l'espoir : toujours présent dans le jeu politique libérien, Prince Johnson a recueilli 11,6 % des voix lors de la présidentielle de 2011, arrivant en troisième position. 

Gambie, 22 juillet 1994
Trente ans d’une démocratie dirigée par un seul homme, Dawda Jawara, sont balayés sans effusion de sang. Le lieutenant Yahya Jammeh, alors âgé de 29 ans, fait souffler un vent d’espoir en menant une croisade anti-corruption contre les dignitaires de l’ancien régime. Il promet le retour à la démocratie dans les deux ans, se fait élire en 1996 avant de s’éterniser au pouvoir, figurant parmi les dictateurs les plus ubuesques du monde. Il n'est pas tout à fait à l’abri : une tentative de coup d’Etat contre lui échoue le 30 décembre 2014, alors qu’il est en visite à l’étranger. 

Niger, 27 janvier 1996
Le colonel Ibrahim Baré Maïnassara, chef d’état-major de 46 ans, renverse le président Mahamane Ousmane, élu trois ans plus tôt. Il se fait élire président en juillet 1996, quitte à faire remplacer les membres de la Commission électorale, qui le déclarent vainqueur. Prêt à user de la force contre ses opposants et la presse, il est assassiné le 9 avril 1999, lors d’un putsch perpétré par des éléments de sa garde présidentielle, qui restaurent la démocratie. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elu en 1999, le président Mamadou Tandja, qui cherchait à se maintenir au pouvoir en modifiant la Constitution en 2009, est renversé le 18 février 2010 par des militaires « démocrates » qui organisent une nouvelle fois la transition, permettant à l’actuel président Mahamadou Issoufou de remporter la présidentielle de 2011.

Sierra Leone, 25 mai 1997
Le capitaine Paul Johnny Koroma renverse le président élu, Ahmed Tejan Kabbah, et le contraint à l’exil. Il s’allie avec les rebelles du Front révolutionnaire unifié (RUF), qui ont mis les mines de diamant et une partie du pays en coupe réglée, après l’extension en 1991 du conflit libérien en territoire sierra-léonais. Sous la férule de Sani Abacha, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao)intervient en mars 1998 pour rétablir Ahmed Tejan Kabbah dans ses fonctions. La preuve que tout n'est pas forcément perdu quand on se fait chasser du pouvoir.  

Guinée Bissau, 7 juin 1998
Le général Ansoumane Mané, tout juste limogé de son poste de chef d’état-major par le président Joao Bernardo Vieira, renverse ce dernier. L’armée se divise entre les partisans de Mané et les loyalistes qui défendent Vieira. Une longue période d’instabilité s’ensuit, marquée par un nouveau coup d’Etat en 2003, suivi de l’organisation d’élections qui portent de nouveau Joao Bernardo Vieira au pouvoir. Mais le président est assassiné le 2 mars 2009 par des militaires, qui le tiennent pour responsable de la mort du général Tagmé Na Waié dans un attentat à la bombe. Les putschs, depuis, se suivent et se ressemblent, en avril 2010 et en avril 2012, dans ce « narco-Etat » miné par les guerres de clan entre des généraux alliés aux cartels de la drogue latino-américains. 

Côte d’Ivoire, 24 décembre 1999
Henri Konan Bédié, le successeur de Félix Houphouët-Boigny, père de l’Indépendance, est destitué par le général Robert Guéï. En toile de fond, un débat sur l’ivoirité vise à écarter l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara de la course à la présidence. Robert Guéï explique vouloir « balayer la maison » et lutter contre la corruption, mais il ouvre, là encore, la boîte de Pandore, amorçant une longue période de troubles. Deux ans après la présidentielle de 2000, remportée par Laurent Gbagbo contre un Robert Guéï qui n’accepte pas sa défaite, une tentative de putsch échoue le 19 septembre 2002. Robert Guéï, à qui la responsabilité du complot est imputée, est tué le même jour. La rébellion des officiers « nordistes » se replie sur Bouaké et prend le contrôle des régions nord. La partition du pays ne prendra fin qu’après la crise post-électorale, de la fin 2010 à avril 2011, qui a fait 3000 morts selon les Nations unies, au terme d’un long bras de fer entre les partisans de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara.

Togo, le 7 février 2005 
Deux jours après le décès du général putschiste Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir depuis 1967, son fils Faure Gnassingbé, alors ministre, se proclame à 39 ans président par intérim. Ce coup d'Etat constitutionnel est soutenu par l'armée, contrôlée par l'ethnie kabyé de la famille Eyadéma. Sous la pression internationale, Faure Gnassingbé accepte d'organiser des élections, qu'il remporte le 24 avril 2005, non sans avoir laissé des militaires faire irruption dans les bureaux de vote pour s'emparer des urnes et organiser une répression qui fait 500 morts selon les Nations unies. Il est réélu en 2010 et 2015,  lors de scrutins contestés.

Mauritanie, 3 août 2005
Un comité militaire de 17 putschistes renverse Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya, ancien colonel arrivé en 1984 au pouvoir par le biais d'un coup d'Etat. La junte promet des élections libres dans les deux ans, organisées en mars 2007. Le président élu, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, est renversé le 6 août 2008 par un général qu'il a eu le malheur de limoger Mohamed Ould Abdel Aziz, actuel chef de l'Etat.

Guinée, 22 décembre 2008
Comme en Côte d'Ivoire et au Togo, une succession non réglée mène à la crise. A l’annonce de la mort du président Lansana Conté, putschiste au pouvoir depuis 1984, le capitaine Moussa Dadis Camara, 44 ans, coupe l’herbe sous le pied de tous les prétendants potentiels. Il promet d’organiser dans l’année des élections auxquelles il ne participera pas. Fin 2009, il change d’avis et décide de concourir, menant le pays à la catastrophe. Les partis politiques et la société civile se rassemblent le 28 septembre 2009 dans un stade de Conakry pour protester. La répression de l’armée vire au massacre : 156 personnes sont tuées, et plus de 120 femmes violées. Sous la pression internationale, Moussa Dadis Camara cherche à livrer à la justice son aide de camp, Toumba Diakité, qui lui loge une balle dans la tête le 3 décembre 2009. Un autre militaire, Sékouba Konaté, mènera à bien la transition, avec une présidentielle finalement remportée par Alpha Condé. Dadis n'a pas dit son dernier mot : il tente de rentrer en Guinée, où il est l'allié du principal opposant, Cellou Dalein Diallo. 

Mali, 22 mars 2012
À quelques semaines de la fin du mandat du président sortant Amadou Toumani Touré (ATT), lui-même tombeur du général Moussa Traoré en 1991, le capitaine d’infanterie Amadou Sanogo prend le pouvoir. Les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) en profitent pour prendre le contrôle des régions nord du pays, déclarées indépendantes le 5 avril. Désavoué par la Cédéao et la communauté internationale, Amadou Sanogo accepte la formation, le 12 avril, d’un gouvernement de transition, mais reste l’homme fort du pays. Il réprime, le 30 avril, un « contre-coup d’Etat » tenté par le commando parachutiste de bérets rouges resté fidèle à ATT, envoie le 21 mai des manifestants saccager le palais présidentiel,et exige en décembre 2012 la démission du Premier ministre Cheikh Modibo Diarra. Un chaos qui permet aux islamistes de descendre, en janvier 2013, vers Bamako, déclenchant l’intervention de l’armée française dans le cadre de l’Opération Serval. Arrêté en novembre 2013, Amadou Sanogo doit répondre de la disparition d’une vingtaine de bérets rouges devant la justice malienne.

Burkina, 16 septembre 2015
Des militaires du Régiment de sécurité présidentielle (RSP),  fidèles à l'ancien président Blaise Compaoré déchu fin octobre 2014, font irruption en plein conseil des ministres, pour arrêter le président de la transition Michel Kafando. Raison de leur mécontentement : le gouvernement de transition a cherché à dissoudre leur régiment et à exclure l'ancien parti au pouvoir des élections, provoquant des tensions. L'armée burkinabè converge vers Ouagadougou, contraignant le RSP à restaurer Michel Kafando dans ses fonctions, le 23 septembre, sous l'égide d'une médiation de la Cédéao. 

Diaporama «Coups d'Etat en Afrique», par Antoinette Delafin

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