Catalogne

Catalogne: retour sur la victoire en demi-teinte des indépendantistes

Une nuée d'«estelada», le drapeau des séparatistes catalans, flotte au-dessus du stade lors d’un match de football entre Barcelone et Las Palmas. Barcelone, le 26 septembre 2015.
Une nuée d'«estelada», le drapeau des séparatistes catalans, flotte au-dessus du stade lors d’un match de football entre Barcelone et Las Palmas. Barcelone, le 26 septembre 2015. REUTERS/Sergio Perez

Les indépendantistes catalans ont remporté la majorité des sièges, lors des élections régionales du 27 septembre dernier. Outre le renouvellement du Parlement régional, l’enjeu de ce scrutin portait sur la question de l’indépendance de la Catalogne. Le parti de Mariano Rajoy était farouchement opposé à l’indépendance de cette région d’Espagne. A l’issue de ce vote, les partis indépendantistes ont obtenu 72 sièges, soit la majorité absolue, mais seulement 47,8 % des suffrages. Il faut désormais attendre les résultats des élections générales du 20 décembre, en Espagne, pour savoir si on peut s’attendre à la création de la nouvelle nation Catalogne. Eclairage.

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Plusieurs partis indépendantistes se sont présentés à ces élections régionales de la Catalogne. Parmis eux, la coalition « Junts Pel si », « Ensemble pour le oui », formée, entre autres, par deux partis : les conservateurs de « Convergencia », dont le patron est Artur Mas, le président sortant du gouvernement catalan, et « Esquerra Republicana de Catalunya », un parti de gauche nationaliste catalan, créé en 1931 pour défendre l’instauration d'une république. Autant dire que le spectre politique de cette coalition, qui a obtenu 62 sièges, est large. Mais elle ne détient pas à elle seule la majorité des sièges au Parlement.

Que souhaite la coalition « Ensemble pour le Oui » ?
La coalition« Ensemble pour le Oui » aimerait lancer un processus d’indépendance qu’elle espère mener à terme dans dix-huit mois. Le but est de négocier avec l’Etat une sortie « en douceur » de l’Espagne. Un autre parti a apporté ses sièges pour que les indépendantistes détiennent la majorité absolue : la CUP, un parti de la gauche radicale catalane, également indépendantiste, qui a obtenu 10 sièges. Mais la CUP a conditionné son soutien à l'obtention de la majorité absolue des voix, en plus de la majorité absolue des sièges au Parlement. Or, les deux formations ont obtenu 47,8 % et non pas les 50,1 % réclamés par la CUP. De plus, la CUP souhaite, contrairement à « Ensemble pour le Oui », une rupture brutale avec l’Espagne. En résumé, on annonce que la région est indépendante, et adviendra ce qu’il adviendra… Du coup, on ne sait pas ce qui va se passer dans les jours, les semaines et les mois à venir, et notamment si la CUP va s'associer à la Coalition et si le processus d'indépendance va être lancé. Mais une alliance est tout à fait envisageable, même s'il faudrait, pour ce faire, que la Coalition accepte d'intégrer dans son programme des volets de la politique préconisée par la gauche radicale.

Pourquoi l’indépendance est-elle impossible dans l’immédiat ?
Je le répète. Les indépendantistes ont remporté la majorité absolue en sièges, pas en voix. Ils n'ont donc pas cette légitimité au niveau de l'ensemble de la population catalane pour mettre en marche un tel projet, en tout cas pour annoncer une rupture brutale avec l’Etat espagnol : un discours que certains tenaient avant les élections. Maintenant, il faut bien admettre qu’il y a une réelle volonté de se lancer dans cette aventure de l’indépendance, mais de manière négociée, en discutant auparavant avec l'Etat espagnol. Le 20 décembre prochain, des élections générales vont se tenir en Espagne, et tout porte à croire que le parti au pouvoir – le Parti populaire qui ne voulait pas entendre parler de discussions avec les Catalans -, ne sera plus à la tête de l'Etat. En cas de changement de majorité, des discussions pourraient s'ouvrir, peut-être pas pour une indépendance, mais pour déterminer un nouveau statut de la Catalogne, et faire peut-être de cette région une nation qui fasse partie d’un Etat plurinational espagnol, permettant au gouvernement catalan d'avoir des pouvoirs étendus, notamment dans le domaine de l’économie et des finances.

Est-elle encore envisageable ?
Cette issue est tout à fait envisageable, surtout qu’après le débat ouvert lors de la campagne catalane, la plupart des partis nationaux ont laissé entendre qu’ils étaient désormais disposés à négocier une réforme de ce statut et une réforme de la Constitution. Même le Parti populaire essaye d’attraper le train en marche en annonçant, depuis quelques jours, qu’il pourrait, à l’avenir, discuter avec un gouvernement catalan… Il faut désormais attendre les résultats des élections du 20 décembre pour savoir dans quelle direction vont aller l’Espagne et la Catalogne, et si on peut s’attendre à la création d’une nouvelle nation, la Catalogne. 

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