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Mode

Chafik Gasmi, le designer algérien du luxe français

Designer de renommée internationale, Chafik Gasmi reste à 53 ans un talent inclassable.
Designer de renommée internationale, Chafik Gasmi reste à 53 ans un talent inclassable. cc Pierre Leiritz

Designer de renommée internationale, Chafik Gasmi reste un talent inclassable : depuis son studio à Paris, il rayonne aussi bien dans la conception d’hôtels, de boutiques et de meubles, que de luminaires et une réflexion plus large sur la stratégie des marques de luxe avec lesquelles il travaille ou a travaillé : Lancôme, Fendi Casa, Baccarat, Dom Perignon, Le Royal Monceau, etc.

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Parisien, Français, Berbère, Algérien, Africain et citoyen du monde comme il se décrit lui même, Chafik Gasmi est né en 1962 en Algérie, l’année de l’indépendance. Il est arrivé à l’âge de 15 ans en France. L’adolescent voyage déjà avec sa triple culture : né dans une famille kabyle, il a appris le Coran avant de savoir parler l’arabe, puis le français avant d’être inscrit à l’école des Pères blancs. « Aucune schizophrénie dans cet apprentissage, explique-t-il. Au contraire, il m’a donné le sens de l’équilibre, en me permettant de me balancer sans cesse entre trois cultures. C’est une loi physique : ces trois points d’appui donnent une stabilité parfaite ». Il le reconnaît avec le recul : « La principale valeur pour moi vient du sens du dénuement berbère, de la fierté, de la parole, de la loyauté. Les Kabyles sont des taiseux qui captent les vibrations dans leur relation avec les éléments, la nature et les étoiles. »

Son père, un entrepreneur, s’installe en 1977 en France de manière provisoire, pour régler la succession d’un oncle. La famille restera à Paris et Chafik Gasmi réalise son rêve d’enfant : devenir architecte.

Une reconnaissance immédiate

A peine sorti de l’Ecole d’architecture de Paris-Belleville, il lance en 1990 sa ligne de mobilier intérieur et se voit décerner en 1992 le Grand prix de la critique du Salon du meuble à Paris pour l’ensemble de son œuvre - alors qu’il vient à peine d’entamer sa carrière.

Son premier réflexe sera de se protéger, par « instinct de survie » et pour garder son génie créatif intact. Il observe une phase de retrait à l’usine Moulin-Galland, dont il revoit tout le catalogue de mobilier extérieur, dont la mythique chaise de jardin « Square », qui essaime à New York et lui vaut le Prix du « nombre d’or ». Il travaille aussi avec le fabricant de meubles Hugues Chevalier. Son fauteuil « Ying » en cuir et bois de sycomore est choisi par l’hôtel Matignon, où il meuble les salons du Premier ministre. Ce best-seller lui vaut d’etre rappelé par les nouveaux propriétaires de la marque pour renouveler une collaboration.

En 1996, il se voit confier la conception de la boutique « phare » de Séphora sur les Champs-Elysées. Il propose une approche centrée sur « le vide plutôt que le plein », dont les plans s’inspirent de ceux d’une cathédrale. Enorme succès. Il devient ensuite le directeur artistique de l’enseigne et dirige la conception des nouvelles boutiques de Sephora dans le monde, dont Soho (New York) et Barcelone. Repéré par Bernard Arnault, PDG de LVMH et propriétaire de Sephora, il collabore ensuite avec Kenzo, Guerlain et Dior. Une marque à laquelle il conseille de tout axer sur le mot « or » - contenu dans Dior.

Rétrospective au Musée d’art moderne d’Alger

Ancien directeur artistique de Baccarat, une marque qu’il a contribué à mettre au niveau d’autres grandes enseignes de luxe, il a créé un lustre d'anthologie pour l’hôtel Corinthia à Londres et défini les premiers projets d’hotels Baccarat... En 2004, l’Assemblée nationale lui décerne le Prix du talent de la réussite des « Français venus de loin ». Et en 2008, le Musée d’art moderne d’Alger (Mama), qu’il a contribué à rénover, lui consacre une rétrospective.

Habillé de noir tout l’hiver et de blanc tout l’été, Chafik Gasmi travaille depuis 2004 dans son propre studio. Dans cet espace vaste et lumineux, il emploie une équipe cosmopolite de dix personnes.

Soucieux de transmettre, il veut aussi rester libre. Il laisse ses intuitions germer hors des contraintes parfois trop pesantes du marketing. Il a peu de modèles, hormis les athlètes. « Mon métier, comme l’athétisme, c’est un travail de fond énorme, des efforts et de la conviction, pour donner un résultat final qui paraît facile ».

Lustre de Chafik Gasmi, créé pour Lancôme.
Lustre de Chafik Gasmi, créé pour Lancôme. DR

Pour Lancôme, il casse les codes

Chafik Gasmi vient de signer, en septembre, le nouveau stand Lancôme aux grands magasins Printemps, à Paris. Sa collaboration participe au renouveau stratégique de la marque de cosmétiques qui a fêté ses 80 ans cette année. L'idée : ouvrir l'espace et mettre la cliente au centre d’un dispositif conçu comme un salon d’essai, avec des produits à portée de mains et des vendeurs formés pour aider ces dames à se maquiller autour d’une grande table.

« J’ai voulu enlever tout le côté pesant et conventionnel du stand de luxe dans un grand magasin, retirer le côté trop publicitaire, arrogant et intimidant et présenter au contraire les produits par couleurs et par gammes comme des œuvres d’art. La relation humaine est au centre. »

Demandé à Londres, Shanghaï et Dubaï, Chafik Gasmi reste marqué par ses trois cultures et vit désormais entre ses trois métiers : l’architecture, le design et la direction artistique.

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