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Diplomatie

Relations France-Iran: pour le meilleur, en oubliant le pire

Le président iranien Hassan Rohani lors d'une rencontre avec des représentants du Medef, le 27 janvier 2016 à Paris.
Le président iranien Hassan Rohani lors d'une rencontre avec des représentants du Medef, le 27 janvier 2016 à Paris. Eric Feferberg / AFP

Dans les coulisses de la visite du président iranien en France, se jouent des bras de fer stratégiques et politiques. Entre enjeux économiques et géopolitiques, les choses ne sont pas toujours ce qu'elles semblent être.

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Entre l'Iran et la France, tout va mieux. Ce mercredi 3 février, une rencontre était organisée au Sénat pour le confirmer, à travers un compte rendu de la visite du président Rohani la semaine précédente et de la celle d'une délégation de sénateurs français en Iran au mois de décembre. Pour poursuivre, un Centre pour le développement de l'amitié franco-iranienne (CDAFI) a été inauguré.

« Il y a un besoin d'une meilleure connaissance de ce qu'est l'Iran, de ce qu'offre l'Iran », assure Emmanuel Dupuy, président de l'Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE) et l'un des fondateurs du CDAFI. Les affaires sont l'un des points forts de l'argumentaire de Téhéran, qui se félicite de 35 accords signés lors de la visite du président Rohani : des avions, un partenariat avec le Louvres, une joint venture avec Peugeot, un accord pétrolier avec Total...

[Le président Rohani] a été bien accueilli. (...) Nous allons entrer dans une phase de partenariat dans différents aspects : économique, industriel, culturel, politique...

Ali Ahani, l'ambassadeur de la République islamique d'Iran en France

Les faux débats

Depuis un peu plus d'un an, l'ambassade d'Iran à Paris mise sur les milieux d'affaires français. Les industriels, notamment, ont exercé une forte pression sur le gouvernement pour que la politique nationale à l'égard de Téhéran se fasse plus transigeante. La plupart ont été touchés par un argument fort : l'Iran, c'est un marché de 80 millions de consommateurs, qui rêvent de rouler de nouveau en Peugeot. « Il faut retrouver la place que nous avions et que la Chine nous a prise, résume le sénateur Joël Guerriau (UDI), président du groupe d'amitié France-Iran du Sénat. On ne peut pas douter de la bonne volonté de l'Iran. »

Mais pour que les affaires puissent reprendre sereinement, il faut trouver une solution pour débloquer les échanges bancaires avec l'Iran qui, pour l'instant, ne peut tout simplement pas honorer de contrats. Washington refuse toujours de lever ces sanctions.

Lors de la visite du président Rohani, la presse s'est largement concentrée sur ces projets économiques... Et sur les questions de droits de l'homme. Ali Ahani, l'ambassadeur iranien à Paris, aborde spontanément le sujet sans qu'on ne lui pose la question : « Dans certains pays, la situation est vraiment terrible, mais on n'en parle pas. A propos de l'Iran, c'est systématique. C'est politisé. Oui, en Iran, il y a la loi du talion. S'il y a un meurtre, la victime peut réclamer la mort du tueur. Lorsqu'il s'agit d'un mineur, on attends qu'il ait 18 ans et en attendant, on tente de convaincre la famille de renoncer à l'exécution. »

Un gouffre culturel entre France et Iran qui mène à l'incompréhension. Ainsi, beaucoup de médias ont évoqué les polémiques autour d'un diner d'Etat entre les deux présidents. Un projet qui n'a jamais vu le jour, l'équipe de Rohani refusant la présence de vin à table. Un symbole auquel l'Elysée ne voulait pas renoncer l'Elysée. Beaucoup ont insisté sur la contrainte religieuse. Mais, selon un diplomate iranien, qui veut garder l'anonymat, il s'agissait aussi d'éviter de voir l'opposition au président Rohani instrumentaliser une telle rencontre. Même si le vin avait été servi hors de la salle et uniquement aux invités français, la peur d'un cliché compromettant a été la plus forte.

Les vrais sujets qui fâchent

La politique intérieure iranienne est, en l'occurence, l'un des vrais sujets à suivre. Si le réchauffement des relations entre Paris et Téhéran semble ne pouvoir que prospérer, c'est sans compter sur l'influence à tous les niveaux du pouvoir des conservateurs. A la fin du mois de février auront lieu les élections législatives et nombreux sont les observateurs à craindre que Rohani ne perde les derniers bastions lui garantissant une maigre marge de manœuvre.

Autre sujet délicat : si les amis français de Téhéran se félicitent de la volonté commune des deux pays à lutter contre l'Etat islamique, personne ne sera capable de nous dire comment trouver un accord sur les solutions à proposer, l'Iran refusant de lâcher Bachar el-Assad et Paris restant proche de l'Arabie saoudite. « Nous avons toujours averti les pays qui ont soutenu le terrorisme pour des intérêts à court terme, rappelle Ali Ahani. Il faut être réaliste. Chaque pays doit jouer son rôle. La France doit convaincre certains pays qui sont aux racines de cette idéologie. »

Paris acceptera-t-il de devenir un relais de l'Iran face à l'Arabie saoudite ?
 

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