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Justice internationale

Justice internationale: retour sur le procès de Radovan Karadzic

Radovan Karadzic, lors du verdict de son procès au Tribunal pénal international pour la Yougoslavie.
Radovan Karadzic, lors du verdict de son procès au Tribunal pénal international pour la Yougoslavie. REUTERS/Robin van Lonkhuijsen
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L'ex-président des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, a été condamné à quarante ans de prison par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye. L'ancien chef séparatiste a été reconnu coupable d'un chef d'accusation de génocide pour le massacre de Srebrenica en juillet 1995 et de neuf chefs d'accusation de crimes de guerre. Dans Appels sur l'actualité, la journaliste de RFI Anastasia Becchio est revenue sur ce long procès, son verdict et sa portée sur l'opinion publique dans les anciennes républiques de l'ex-Yougoslavie.

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Comment a réagi Radovan Karadzic à l’annonce du verdict ?
Radovan Karadzic est resté calme. Il a écouté la lecture du jugement de manière attentive. Il avait le visage grave, les traits tirés, mais il n’a rien laissé transparaître au moment de l’énoncé du verdict et de sa condamnation à 40 ans de prison. Certains observateurs en sont même venus à se demander s’il était vraiment conscient de ce qui lui était reproché et de la peine à laquelle il a été condamné. La veille du verdict, Karadzic avait donné une interview dans laquelle il avait affirmé qu’il s’attendait à être acquitté des 11 chefs d’accusation.

Son avocat a d’ailleurs fait savoir qu’il allait faire appel de ce jugement. Peter Robinson a précisé que son client avait été déçu et étonné par ce verdict et qu’il pensait avoir été condamné sur la base de déductions. Il faut rappeler que le procureur avait requis la prison à vie. Karadzic était poursuivi pour 11 chefs d’accusation, dont deux de génocide. Finalement, un seul fait de génocide a été retenu, le tribunal n’ayant pas retenu la qualification de génocide pour les massacres qui ont eu lieu dans les villes de Bosnie autres que Srebrenica. Il a aussi été condamné pour persécutions, exterminations, crimes de guerre, expulsions ou exterminations, notamment pour les 44 mois de siège de Sarajevo qui coûtèrent la vie à 10 000 personnes.

Comment expliquer que le procès ait pris autant de temps ?

C’est vrai que plus de 20 ans se sont écoulés depuis le massacre de 8 000 musulmans à Srebrenica et les autres événements de la guerre de Bosnie entre 1992 et 1995. Des familles des victimes ont regretté que la justice ait été si lente. Certaines mères ne sont déjà plus là pour entendre le verdict. Le fonctionnement des tribunaux pénaux internationaux gagnerait sans doute à être révisé pour accélérer les procédures, mais on peut quand même trouver quelques circonstances atténuantes à la justice internationale.

D’abord, le tribunal a mis du temps à mettre la main sur Karadzic. Sa cavale aura duré plus de 12 ans. Il n’a été arrêté qu’en 2008 et son procès s’est ouvert l’année suivante, en 2009, pour se terminer en 2014. Ensuite, ce sont cinq ans de procès pour une affaire très lourde : 11 chefs d’inculpation, dont deux pour génocide, des milliers de victimes, des centaines de témoins à auditionner, 47 500 pages de transcriptions et 115 000 pages d'éléments de preuve. Au total, il y aura eu 497 jours d’audience et 586 témoins entendus.

Comment a-t-il réussi à se cacher si longtemps ?
Beaucoup d’interrogations demeurent. Il a sans doute bénéficié de complicités. Il faut dire qu’il jouissait et continue, dans une certaine mesure, de jouir d’une bonne image dans la République serbe de Bosnie. Karadzic avait lui-même affirmé qu’un marché avait été conclu avec les Etats-Unis, garantissant son impunité contre son retrait politique. Ce qui expliquerait que les troupes de l'Otan n'aient pas mis beaucoup de cœur à l'ouvrage pour tenter de l'arrêter, en tout cas dans les premières années où il est entré en clandestinité.

Où s'est-il caché durant toutes ces années de cavale ?
Il a été arrêté en 2008 à Belgrade où il vivait sous un nom d'emprunt. Il s’est caché sous l’identité d’un spécialiste de médecine alternative. Il s’était fait pousser les cheveux et la barbe, ce qui l’avait rendu quasi méconnaissable. Il se faisait passer pour un guérisseur mystique, le docteur Dragan Dabic, qui serait venu de New York, et aurait étudié la psychothérapie à Zagreb. Il faisait des consultations, donnait même des conférences, sans que personne, du moins officiellement, ne se doute qu’il était l’homme recherché par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Il a fini par être arrêté dans un bus à Belgrade en 2008 puis envoyé à La Haye, où il a donc fini par être jugé.

Quelle peut être la retombée de ce verdict sur l’opinion publique dans ces anciennes républiques de l'ex-Yougoslavie ?
Ça ne risque pas de changer grand-chose à la situation et à l'état d'esprit des populations de la région. Ça n'apportera pas la réconciliation et les réactions à ce verdict, très tranchées de part et d’autre, en témoignent. Les accords de Dayton, signés en décembre 1995, ont entériné la division de la Bosnie en deux entités : la fédération croato-musulmane, et la République serbe de Bosnie. Chacune de ces entités a sa propre version de ces événements tragiques, y compris du massacre de Srebrenica.

Côté bosniaque, la condamnation de Radovan Karadzic a été saluée, par exemple par Bakir Izetbegovic, le membre musulman de la présidence collégiale de la Bosnie Herzégovine (cette présidence est assurée simultanément par un Serbe, un Croate et un musulman). Il parle du « plus important verdict depuis Nuremberg ». Dans l’opinion publique, et du côté des mères de victimes de Srebrenica, on estime souvent qu’il aurait dû être condamné à la perpétuité.

Qu’en est-il du côté serbe ?
Dans la République serbe de Bosnie, on a une toute autre vision des événements qui se sont produits durant la guerre. On reproche au Tribunal pénal international d'être trop partial et de ne juger que les responsables serbes et non les autres acteurs du conflit. Là-bas, Karadzic est très populaire, il fait plutôt figure de héros. Milorad Dodik, qui dirige cette entité estime que ce procès a été une « humiliation » et il dénonce une justice sélective. Mladen Ivanic, membre serbe de la présidence collégiale de Bosnie, estime que ce verdict « ne contribue pas à l'apaisement de la situation en Bosnie, mais à sa radicalisation ».

Enfin, en Serbie même, le gouvernement a dénoncé une justice sélective. A Belgrade, comme à Moscou, on s’interroge sur la date choisie pour annoncer ce verdict : le 24 mars. Or, le 24 mars 1999 est la date du début des bombardements de l’Otan contre la Serbie. Par ailleurs, des ultranationalistes ont manifesté. Ils étaient quelques milliers à Belgrade, sympathisants de l'ultranationaliste Vojsilav Seselj. Celui-ci a d’ailleurs été jugé devant le TPIY, qui a décidé de l'acquitter de l'ensemble des accusations de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre retenues contre lui. Seselj a obtenu une remise en liberté provisoire pour raisons de santé. Et en ce moment, il mène campagne en Serbie pour les législatives du mois prochain.

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