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Droits de l'enfant

Sauver l’innocence, le combat de Homayra Sellier

Soirée spectacle à l'occasion du 15e anniversaire de l'association Innocence en danger au Théâtre des Variétés à Paris, le 11 avril 2016.
Soirée spectacle à l'occasion du 15e anniversaire de l'association Innocence en danger au Théâtre des Variétés à Paris, le 11 avril 2016. © Innocence en danger
7 mn

Elle bouillonne d’enthousiasme et de fierté. A Paris, sur la scène de ce chef-d’œuvre de théâtre à l’italienne qu’est celui des Variétés, elle fête le 15e anniversaire d'Innocence en danger, association qu'elle a fondée pour lutter contre les violences, notamment sexuelles, faites aux enfants. Pour Homayra Sellier, « ces êtres innocents sont notre avenir. Chaque fois qu’un enfant est maltraité, violé, humilié, c’est un peu l’humanité qui meurt. »

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En France, chaque jour, 422 enfants sont violés, 2 meurent à cause de la maltraitance, pendant que 750 000 prédateurs sont connectés en permanence sur Internet. Les chiffres annoncés par l’association sont plus qu’effrayants. Homayra Sellier rappelle la responsabilité de tout un chacun dans la protection des mineurs et la prévention de toute forme de maltraitance envers eux. Et c’est pour préserver « ces êtres innocents » qu’elle a fondé en 2000 l’association Innocence en danger(IED).

La présidente et fondatrice de l'Innocence en danger, Homayra Sellier fait un bref bilan des quinze ans de son association.
La présidente et fondatrice de l'Innocence en danger, Homayra Sellier fait un bref bilan des quinze ans de son association. © Innocence en danger

Déterminée, combative, surtout pas désespérée, la présidente, fière du bilan des quinze ans de son association, tente de sensibiliser le public. Pour défendre la cause, le comité de soutien est aussi mobilisé. Il est composé de journalistes comme Bernard de la Villardière, Karl Zéro, d’humoristes comme Gad Elmaleh, Sarah Doraghi ; d’animateurs comme Christina Corduala mais encore tant d’autres personnalités du monde du sport et du spectacle.

D’origine iranienne, Homayra arrive en France avec sa sœur jumelle au moment de la révolution islamique de 1979. La vie d’exil n’est pas très joyeuse mais qu’importe, car très vite les deux jeunes filles apprennent la langue de Molière, font des études universitaires, s’intègrent dans leur pays d’accueil et, chacune de son côté, fonde une famille. Jusqu’au jour où Homayra reçoit une lettre. « Si j’avais ma famille, une amie à qui me confier (…) peut-être que je n’aurais pas commis l’irréparable ! » Son amie vient de se suicider. Pourquoi ce choix malgré son récent mariage d’amour ? Parce qu’elle se sentait « sale », « irréparable », « incurable ». Même l’amour ne pouvait pas panser le mal qu’elle avait subi plus jeune quand elle avait été violée, « une, deux, trois, peut-être quatre fois dans la même soirée ! ».

Atterrée, Homayra s’en veut. Pourquoi n’avait-elle pas vu le désarroi et les signes de détresse de son amie ? Etait-elle si insensible ? Qu’aurait-elle pu faire pour que sa camarade retrouve le goût à la vie ? Au nom de leur amitié, elle se le promet alors : un jour elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour qu’aucune victime de viol ne se sente seule, mais accompagnée, soutenue, afin de pouvoir se reconstruire. Sensibiliser, mobiliser, accompagner et reconstruire sont d’ailleurs aujourd’hui les principes de base de l’action de l’IED.

Sensibiliser, mobiliser

Christina Corduala et Bernard de la Villardière, membres du comité de soutien de l'IED.
Christina Corduala et Bernard de la Villardière, membres du comité de soutien de l'IED. © Innocence en danger

Le temps passe, l’idée de « faire quelque chose pour les victimes » murit. Homayra se renseigne, elle assiste aux conférences et réunions sur le sujet. En 1998, elle fait la connaissance de Fédérico Mayor, alors directeur général de l’Unesco. Un an après, il la nomme présidente du Mouvement de protection mondial de l’enfance. La collaboration ne dure qu’un an. « Je devais aller à la rencontre des victimes, de leurs familles. Faire un travail concret. Se noyer dans des rapports et des études n’avance pas le quotidien des victimes. Il me fallait être proche d’elles, dans l’action… » Le contrat est rompu, mais « rien n’arrive par hasard », car ce « divorce à l’amiable », lui a permis en 2000 de fonder son association Innocence en danger qui, aujourd’hui, est devenue un mouvement mondial, actif dans une dizaine de pays en Europe, en Amérique et au Moyen-Orient.

« Certains pensent que l’incivilité, la maltraitance, la violence, la pédophilie, l’inceste… sont les lots réservés aux pays en voie de développement ou aux gens pauvres, issus de milieux modestes, ou non éduqués, témoigne Homayra. C'est complètement faux. Vous seriez surpris d’apprendre le nombre de victimes d’inceste et de pédophile en France, en Italie, en Allemagne, au Liban ou encore aux Etats-Unis. Et dans les milieux aisés, bien éduqués que personne ne soupçonne ».

D’ailleurs, elle en veut beaucoup à la France, le pays qui l’a accueillie certes, mais qui « protège si mal ses enfants ». Elle s’indigne de la remise de «prix littéraires à des écrivains qui font l’apologie de la pédocriminalité ou encore des responsables politiques qui expriment leur admiration pour des artistes ayant créé et exposé des tableaux montrant des scènes obscènes impliquant les enfants. »

« En France, le service d’aide à la protection de l’enfance coûte chaque année des milliards d’euros aux contribuables, mais sur le terrain, rien ne change, s’offusque-t-elle. Je suis ravie que l’apologie du racisme soit punie par le Code pénal, mais sincèrement choquée que l’apologie de la pédophilie ne le soit pas ! »

Accompagner et reconstruire

Homayra Sellier (3e gauche) entourée d'une partie du staff d'IED Europe.
Homayra Sellier (3e gauche) entourée d'une partie du staff d'IED Europe. © Innocence en danger

En quinze ans d’existence, IED a été partie civile dans une vingtaine de procès et a accompagné plus d’un millier d’enfants victimes de maltraitance.

L’empathie n’est pas héréditaire, on l’apprend au contact des parents, de l’entourage, de la société. « Sans vouloir les excuser, les grands criminels de l’histoire ont été le plus souvent maltraités dans leur enfance et ils ont reproduit le mal ». Pour que les enfants violentés ne reproduisent pas le schéma vécu, pour qu’ils guérissent du mal qui les ronge, il faut les suivre, leur montrer que la société ne les abandonne pas.

Un jour, une maman désemparée lui raconte que sa jeune fille, « depuis qu’elle a été violée, n’a plus le goût à la vie. Physiquement, elle récupère, mais elle ne parle plus ». Homayra organise un séjour dans une ferme où il y a beaucoup de chevaux, la passion de la jeune fille avant son viol. L’enfant y séjourne plusieurs semaines. « Elle a été entourée, aimée, choyée… on ne l’a pas obligée à communiquer, nous étions juste-là, comme une famille aimante qui entoure son enfant. Au bout de quelques jours, la petite a commencé à jouer, monter à cheval, parler et même rire. Bien sûr, après elle a été suivie par des spécialistes, mais aujourd’hui elle a une vie heureuse. »

Homayra se souvient aussi de ce jeune garçon, agressif, drogué, tombé dans la délinquance après avoir subi des viols et des violences physiques. « Aujourd’hui, il fait des études de droits, il veut devenir avocat pour défendre à son tour les enfants. », affirme-t-elle fièrement.

Donc, accompagner les victimes est primordial pour qu’elles retrouvent l’amour de soi, la dignité, et puissent se reconstruire, avoir un projet pour leur avenir. « Pour qu’elles apprennent aussi l’empathie et l’amour des autres ».

Raison de plus pour que l’association organise fréquemment des ateliers d’art, des sorties, des séjours à l’étranger… Ses vacances, Homayra les passe tous les ans avec « ses enfants » dans une ferme à proximité de Genève, en Suisse. Dix, vingt, trente enfants parfois plus.

Il faut croire qu’elle a assez d’amour pour le partager entre son propre enfant, deux autres adoptés - celui de la sœur jumelle emportée par un cancer, et celui de son mari, lui aussi décédé, qu'il avait eu d’un premier mariage-, et ceux qu’elle appelle affectueusement « mes enfants ». « Je ne suis pas leur mère biologique, mais je suis leur deuxième maman ! »

A 58 ans, Homayra a l’enthousiasme d’une jeune fille, l’agenda d’un ministre et l’attitude d’une militante obstinée. « Tant que ça peut aider, ne serait-ce qu’un seul être innocent, pourquoi pas ? Je l’assume ! ».

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