Argentine

Face à la pauvreté, les «frigos sociaux» se développent en Argentine

Selon l’indicateur de l’Université catholique, considéré comme le plus fiable, fin 2015, 29 % de la population argentine vivait sous le seuil de pauvreté.
Selon l’indicateur de l’Université catholique, considéré comme le plus fiable, fin 2015, 29 % de la population argentine vivait sous le seuil de pauvreté. REUTERS/Marcos Brindicci

En Argentine, de plus en plus de « frigos sociaux », installés en pleine rue, proposent gratuitement des plats cuisinés aux gens qui s’y approchent. Il y en a même un dans la célèbre place de Mai, face au palais présidentiel, en plein cœur de Buenos Aires. Comment expliquer ce phénomène ?

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De notre correspondant à Buenos Aires,

C’est, du moins en partie, une manière de répondre à l’augmentation de la pauvreté dans le pays. Il y a longtemps qu’en Argentine - depuis la crise de 2001 notamment -, des ONG ou des organisations comme le Secours catholique ont ouvert des soupes populaires, c’est-à-dire des restaurants gratuits ou des centres de distribution d’aliments, comme il en existe en France pour les plus démunis. Mais il y a quelques années, un restaurateur a eu l’idée d’installer un réfrigérateur sur son trottoir et d’y entreposer des plats cuisinés en barquettes individuelles sous cellophane que les passants pouvaient retirer librement. Des aliments qui auraient fini à la poubelle, mis à la disposition de gens en difficulté qui pouvaient se servir sans qu’on ne leur demande rien.

Cela a eu du succès et d’autres l’ont imité dans plusieurs points du pays, en particulier devant des hôpitaux publics de banlieues défavorisées où, manifestement, beaucoup de ceux qui viennent se faire soigner gratuitement ont aussi du mal à subvenir à leurs besoins alimentaires. En réalité, le concept des « frigos sociaux » ou populaires vient d’Allemagne, où ils existent de longue date. Mais il est vrai que ces réfrigérateurs de rue se sont multipliés au cours des derniers mois en Argentine.

Augmentation du nombre de gens dans le besoin

Durant les deux dernières années de la présidence de Cristina Kirchner, les conditions de vie se sont dégradées pour beaucoup d’Argentins, notamment à cause de l’inflation. Selon l’indicateur de l’Université catholique, considéré comme le plus fiable, fin 2015, 29 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté. Et, au cours des trois premiers mois de cette année, ce pourcentage a augmenté de près de 5 points, parce que l’inflation n’a pas baissé, au contraire, et que le gouvernement du président Mauricio Macri a fortement augmenté les tarifs des services publics. Malgré les aides sociales, il ne fait pas de doute que plus d’Argentins ont du mal à joindre les deux bouts.

Aujourd’hui, le gouvernement affirme que le plus dur est passé, que l’inflation va baisser et que retour de la croissance au second semestre permettra de réduire la pauvreté. Quoi qu’il en soit, on sait qu’il existe en Argentine un noyau dur de pauvreté structurelle, estimé entre 20 et 25% de la population, qui a peu à attendre d’une embellie économique et pour lequel il faut des actions ciblées qui aillent au-delà des aides sociales traditionnelles. Pour ceux-là, les réfrigérateurs de rue resteront un palliatif bienvenu. Et comme la société a également de plus en plus conscience du gaspillage alimentaire, on peut s’attendre à ce que les frigos populaires s’installent dans le paysage urbain argentin.

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