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Musiques

La femme à l’honneur au Festival des musiques sacrées de Fès

La chanteuse irakienne Farida Muhammad Ali et son orchestre le 11 mai à Fès.
La chanteuse irakienne Farida Muhammad Ali et son orchestre le 11 mai à Fès. RFI/Sabine Cessou

Douché par des pluies inhabituelles en mai, le Festival des musiques sacrées du monde, abrité par la ville de Fès au Maroc, a célébré du 6 au 14 mai les « femmes fondatrices ». Une 22e édition qui a attiré un public international de connaisseurs, venus écouter des voix d’Egypte et d’Irak, mais aussi du Mali, d’Italie, d’Inde et du Brésil.

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La médina de Fès a vibré de chants sacrés, toute une semaine, un mois avant le début du ramadan. Gratuites, les « nuits soufies » ont attiré un public populaire de Marocaines et de Marocains venus en famille s’installer sur des tapis dans un auguste jardin du Dar Tazi pour écouter des ensembles gnawas issus des grandes villes du pays. Sur la place Boujloud, à proximité de la célèbre « porte bleue » de la médina, d’autres concerts ont attiré la jeunesse de Fès à la tombée de la nuit…

Un public formé à 90 % d’étrangers a quant à lui répondu présent aux concerts abrités par de splendides lieux, comme le Dar Adiyel, ancien palais du gouverneur de Fès, devenu conservatoire de musique traditionnelle andalouse. Les « femmes fondatrices » étaient à l’honneur cette année, de même que l’Inde, autre grand thème du festival.

Les chanteurs adolescents dugroupe Chota Divana, venus du désert du Rajasthan, ont touché un public fasciné. Ils ont aussi échangé durant la semaine avec les écoliers de Fès, autour de la projection dans un cinéma de la ville du film qui leur a été consacré, Les petits princes du Rajasthan.

Portiques à détecteur de métaux, forte présence policière, agents de sécurité du festival prêts à raccompagner les spectatrices étrangères qui le voulaient jusqu’à leur hôtel… L’ombre de la menace islamiste, diffuse, a plané sur le festival, malgré l’ambiance bon enfant et les nombreux espaces d’échanges autour du « sacré ».

Hommage aux femmes

Dans un contexte international pour le moins tendu, l’hommage rendu aux « femmes fondatrices » a mis un peu de baume au cœur des 700 000 spectateurs que compte chaque année ce rendez-vous musical. De grandes voix du monde arabe, comme Farida Muhammad Ali, ont fait résonner les chants d’amour issus d’une longue tradition poétique, en l’occurrence, le « maqâm » de l’Irak.  « Le terme "maqâm", "situation" ou "endroit", se réfère à un mode musical habité par une humeur ou un sentiment particulier, précise l’un des porte-parole du festival. Dans la tradition classique de l’Irak, il définit à lui seul le chant, qui décline une très large palette d’émotions. »

Ce langage universel du cœur, porté par la splendide voix de Farida Muhammad Ali, a touché la partie du public ne comprenant pas l’arabe, assis à même le sol sur des tapis, sous les boiseries et les stucs de la salle de la Préfecture de Fès.

L’un des points forts du festival a été l’hommage rendu à la fameuse « Etoile de l’Orient », l’immense chanteuse égyptienne Oum Khalthoum par l’orchestre de l’Opéra du Caire , vénérable institution dirigée par une femme, Inès Abdel Daïm.

Problèmes d’organisation

Le festival, cependant, n’a pas connu que de bonnes vibrations, en raison de ses problèmes d’organisation - changements de lieux et d’horaires à la dernière minute pour les concerts pour cause d’averses imprévues, laissant le public désorienté et contrarié. « Même pendant la guerre civile au Liban, les concerts se tenaient à l’heure, et il y avait toujours une solution de rechange en cas de pluie », s’irrite une Libanaise, traductrice à la retraite, qui a fait le trajet de Beyrouth pour savourer la programmation « excellente » de ce festival qui l’a si longtemps fait rêver.

Elle ne cachait pas sa déception : « J’ai assisté à de fabuleux concerts comme les voix des Pouilles en Italie, mais je ne sais pas pourquoi le festival a programmé la chanteuse palestinienne Lamar, qui joue les divas, n’a pas de voix et ne représente rien dans notre région ».

Certains groupes programmés n’avaient qu’un rapport lointain avec le festival, comme l’ensemble suisse et ghanéen Oy, mené par la chanteuse Joy Frempong, venue proposer une musique électro métissée des plus profanes dans une salle vide, après une annulation la veille pour cause de pluie et un nouvel horaire non communiqué au public.

Quant au thème du festival, une enseignante égyptienne venue du Caire hausse les épaules, estimant qu’il est surtout destiné à « plaire aux Européens ». Elle explique : « La femme dans tout le Moyen-Orient reste enchâssée dans la famille. Pour la libérer, il faudra émanciper la structure familiale et la société toute entière… Allez donner des droits à une paysanne du Maroc, d’Egypte ou du Liban ! Elle ne fera que se battre avec son mari, son père et ses frères… »

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