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France / Torture

Les Français de plus en plus enclins à justifier la torture

Un dessin réalisé par M. Liu Renwang illustrant les tortures qu'il a subies en détention en Chine. Publié le 11 août 2015 par le New York Times.
Un dessin réalisé par M. Liu Renwang illustrant les tortures qu'il a subies en détention en Chine. Publié le 11 août 2015 par le New York Times. DR/ Liu Renwang

En à peine quinze ans, les Français ont sensiblement modifié leur attitude face à l’usage de la torture. Est-ce un effet des récentes attaques terroristes qui ont frappé l’Hexagone, toujours est-il qu’ils sont de plus en plus nombreux aujourd’hui à en accepter l’usage.

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En 2000, un Français sur quatre (25 %) déclarait accepter le recours à la torture dans certains cas exceptionnels. Aujourd’hui, ils sont 36 % à y adhérer, plus d’un sur trois, selon un sondage réalisé par l’IFOP pour l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat). 

Beaucoup d’idées fausses sur la torture

Le regard des Français sur la torture a manifestement changé comme le montre le rapport que vient de publier l’Acat. Intitulé « Un monde tortionnaire », le document montre à quel point les fausses idées circulent dans notre pays notamment sur une soi-disant efficacité de la torture.

Pour compléter cette analyse, le rapport reprend également en plus de 300 pages, la situation de l’usage de la torture dans neuf pays : Allemagne, Congo-Brazzaville, Nigeria, Chine, Ouzbékistan, Uruguay, Mexique, Tunisie et Koweït.

L’Acat qui a commandé une étude réalisée en avril 2016 à l’Institut IFOP sur l’attitude des Français face à la torture estime que les résultats de celle-ci « apparaissent préoccupants ». Ainsi, 54 % des Français sondés trouvent légitime qu’on torture une personne suspectée d’avoir posé une bombe et 45 % pensent que la torture est efficace pour prévenir des actes de terrorisme.

Faire taire avant tout
 

Des détenus de la prison d'Abou Ghraïb, tristement célèbre pour les sévices infligés par des militaires américains.
Des détenus de la prison d'Abou Ghraïb, tristement célèbre pour les sévices infligés par des militaires américains. REUTERS/DoD/Handout via Reuters

Or, c’est une erreur de le croire, comme l’a démontré unrapport du Sénat américain publié en 2014 et qui analyse les résultats obtenus par la CIA depuis 2011. Selon ce travail, les informations ainsi recueillies étaient inutiles, voire contre-productives.

« A aucun moment, les techniques d’interrogatoires renforcées de la CIA n’ont permis de recueillir des renseignements relatifs à des menaces imminentes, tels que des informations concernant d’hypothétiques "bombes à retardement" dont beaucoup estimaient qu’elles justifiaient ces techniques », insistent les sénateurs.
 
« La peur des dénonciations, le spectre des arrestations amènent les gens à se taire et à se montrer dociles vis-à-vis de l’État et de ses représentants ». Ainsi,« contrairement à l’idée reçue, la torture ne sert pas à faire parler, elle sert à faire taire », résume l’Acat.
 
Certains Français prêts à y recourir
 
Le sondage de l’IFOP met au jour bien d’autres idées reçues. Par exemple, 39 % des personnes interrogées sont persuadées que les minorités ethniques et religieuses sont le plus souvent victimes de torture, alors que ce sont les suspects de droit commun qui sont les principales victimes.

Connaissant très mal la réalité du phénomène tortionnaire, 51 % des sondés pensent que ce sont surtout les membres de groupes armés non étatiques et les guérillas qui usent le plus souvent de la torture. Or, ce sont en réalité les policiers, membres des forces de l’ordre et gardiens de prison qui torturent le plus fréquemment.
 
Un Français sur deux ne se sent pas concerné par la question de la torture, pourtant ils sont 57 % à penser que des actes de torture sont pratiqués par les forces de l’ordre de l’Hexagone. Certains se disent même d’accord pour passer à l’action : 18 % des sondés affirment ainsi qu’ils seraient prêts à recourir eux-mêmes à la torture. Un chiffre qui atteint 41 % chez les sympathisants du Front national.


 
Un pays sur deux y a recours
 
Pour compléter ce sondage centré sur la France, le cinquième rapport annuel de l’ONG qui court sur plus de 300 pages, reprend également la situation de l’usage de la torture dans quelques pays : Allemagne, Congo-Brazzaville, Nigeria, Chine, Ouzbékistan, Uruguay, Mexique, Tunisie et Koweït…

Si l’éclairage est pointé avec force sur ces pays, l’Acat relève tout de même que dans le monde, la torture est le fait d’un pays sur deux. Une dérive qui concerne des Etats autoritaires comme l’Ouzbékistan, ou la Syrie, mais aussi des pays démocratiques tels les Etats-Unis, la France ou le Japon…

« Un des Etats les plus répressifs de l'espace postsoviétique », écrit l’Acat à propos de l’Ouzbékistan. Appelée à se prononcer sur plusieurs affaires d’extradition vers l’Ouzbékistan au cours des cinq dernières années, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), citée par l’Acat, a considéré « que la pratique tortionnaire y demeurait systématique, “impunie” et “encouragée” ».

Tunisie : « la torture continue d’être fréquemment employée »
 

Manifestation à Tunis de familles dont des membres ont été torturés. Elles appellent à la réforme de la police, le 15 octobre 2014.
Manifestation à Tunis de familles dont des membres ont été torturés. Elles appellent à la réforme de la police, le 15 octobre 2014. AFP PHOTO / FETHI BELAID

A propos du Congo-Brazzaville, l’Acat note dans son rapport, un pays où « Denis Sassou Nguesso est au pouvoir depuis 32 ans et où la survie du régime s’appuie en partie sur la persistance du recours à la torture comme moyen pour museler toute velléité d’opposition ». Une situation que nient en bloc les autorités congolaises pour qui « tout cela n’est que chimère et volonté de nuire au pays de la part d’opposants mal intentionnés, soutenus par des pays ennemis ».

Des propos répétés par le pouvoir en dépit de nombreux rapports d’associations de droits de l’homme rendus publics et qui rapportent les récits de victimes de torture.
 
Cinq ans après la révolution, la Tunisie n’en a toujours pas terminé avec la pratique de la torture, même si, constate l’Acat, « elle est moins systématique » qu’elle ne l’était sous le régime de Zine El Abidine Ben Ali. Cela dit, l’ONG souligne que « la torture continue d’être fréquemment employée » notamment à l’encontre des « jeunes musulmans pratiquants [y compris de nombreux mineurs] présentant un profil salafiste et soupçonnés de ce fait d’appartenir à des groupes terroristes ».  

« Maisons de torture » : ici on rançonne les migrants 

Le rapport de l’Acat, intégralement consultable en ligne, met également en évidence l’avènement ces dernières années de la « torture privée », un phénomène qui a pour but de tirer profit des migrants. Des passeurs capturent des candidats à l’immigration et les détiennent dans des « maisons de torture ».

Hommes, femmes et enfants y sont torturés, violés, pendant que leur téléphone portable est allumé avec, au bout du fil, leurs proches restés au pays. Leurs bourreaux exigent alors une rançon pour libérer leurs otages. Ce trafic prospère dans toute la Corne et le nord de l’Afrique, comme au Soudan, au Yémen et maintenant en Libye.

 

 

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