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Exposition

La Seine nous dévoile ses trésors insulaires oubliés

Crue spectaculaire de la Seine à Chatou, dans les Yvelines, le 4 juin 2016. Au fond : une partie de l'île des Impressionnistes.
Crue spectaculaire de la Seine à Chatou, dans les Yvelines, le 4 juin 2016. Au fond : une partie de l'île des Impressionnistes. Kèoprasith Souvannavong / RFI
Texte par : Marjorie Roulmann
5 mn

La Seine a fait vivre à ses riverains des heures bien difficiles début juin, tout au long de son lit, à Paris et dans bien d’autres petites villes. Après cette crue historique, on pourrait la haïr… Mais elle fascine toujours et encore. Au Pavillon de l’Arsenal, à Paris, les terres méconnues des îles de la Seine se dévoilent. Allons découvrir la Seine de l’intérieur, dans chaque petit monde qu’elle a vu naître ou disparaître, utopies totales ou grands accomplissements…

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En entrant au second étage du Pavillon de l’Arsenal, les méandres de la Seine nous accueillent. De grosses boîtes en bois, tout en courbe, nous invitent à voyager dans l’exposition « Iles de la Seine », comme si l’on voguait doucement sur le fleuve mythique. A l’époque de Napoléon, on comptait 300 îles de l’Aube à la mer. Aujourd’hui, seulement 117 d’entre elles parsèment le fleuve.

« Des petits mondes méconnus qui forment un archipel extraordinaire et dont la condition insulaire donne une forte identité à chaque territoire », explique Milena Charbit, architecte et commissaire de l’exposition. La jeune femme, poussée par les grands projets autour de la Seine, notamment « Réinventer la Seine », lancé en mars 2016, veut nous faire découvrir ces territoires inexplorés. Elle a choisi de nous présenter 32 de ces îles, existantes ou disparues, séparées parfois par 300 mètres seulement.

De Nogent sur Seine à Rouen

Pour monter l’exposition et écrire le livre Iles de la Seine, Milena Charbit a parcouru pendant des mois le long serpent qu’est la Seine. Elle a rencontré les habitants de ces îles pour nous raconter l’incroyable, voire parfois la folle histoire de ce patrimoine inconnu. « Car les îles de la Seine, c’est un peu comme un chapelet d’individualités. Le caractère d’une île s’exprime sur un morceau de territoire, mouvant, fragile, mais toujours délimité, fini. Certaines sont encore vierges, d’autres ont disparu, quelques-unes furent de totales utopies, beaucoup sont devenues des lieux extraordinaires », raconte la commissaire.

En découvrant ces îles, on ne peut s’empêcher de penser à cette crue que l’on vient de vivre. Alors qu’elle plaçait les dernières pièces de son exposition, Milena Charbit a préféré tout abandonner et aller voir « le spectacle », dit-elle. Fascinée, elle était soulagée quand la décrue est venue. Mais elle avoue qu’elle a pensé que l’exposition « Iles de la Seine » permettrait de faire la paix avec le fleuve. « Découvrir ces mondes qui justement vivent ou meurent à cause de la Seine est un périple extraordinaire », insiste-t-elle.

Tout commence avec la première île du fleuve : l’île Olive. Inhabitée, cette île est devenue un arborétum où l’on trouve toute sorte de végétation. C’est son ancienne propriétaire qui, en 1910, a figé son sort. Veuve d’un maire, elle fait don de l’île à la ville de Nogent-sur-Seine dans son testament, demandant de ne jamais la louer ni la vendre. L’île Olive est aujourd’hui le poumon vert des Nogentais.

Jusqu’aux aux îles parisiennes

Avant d’arriver aux îles parisiennes, le visiteur va passer par une prison, sur l’île Saint-Etienne, et par une île artificielle, l’Ecluse de Vives-Eaux. Et puis, on entre dans l’Histoire, la grande, avec l’île Saint-Louis qui a donné naissance à Lutèce et l’île de la Cité où repose majestueusement Notre-Dame. « Certaines îles ont totalement disparu comme l’île aux Cygnes qui est aujourd’hui la digue artificielle du port de Grenelle. Louis XIV y avait fait venir une quarantaine de cygnes pour créer une sorte de paysage animalier en plein Paris », explique la commissaire.

En passant devant les photos de l’île Seguin, on comprend à quel point l’homme a su exploiter même un tout petit morceau de terre : c’est la légendaire usine Renault, en train de devenir la future Cité musicale de Jean Nouvel.

Les îles artistiques jalonnent aussi la Seine : l’île de Chatou ou l’île des Impressionnistes où se croisèrent Renoir, Degas, Sisley ; l’île Corbières, totalement vierge, qui inspira le Douanier Rousseau pour peindre ses paysages de jungle inventés ; l’île d’Herblay que deux artistes transformèrent en studio photographique pour immortaliser des scènes de nus.

Certaines îles ont aussi été de véritables laboratoires : l’île de la Loge, où la Jersey Farm a produit le meilleur lait de la région, l’île de Migneaux où l’on a construit les maisons de manière à éviter les inondations.  Et puis les îles de villégiatures et de loisirs qui font rêver : l’île du Platais notamment, où Emile Zola a acheté une maison, et qui devint dans les années 1930 la première île naturiste de la Seine.

La plupart de ces îles ont toujours le cœur qui bat. Elles organisent des festivals, reçoivent des évènements. Alors, à la fin de l’exposition, on propose aux visiteurs leur programmation. Et comme découvrir son patrimoine touche aussi les enfants, l’exposition attend 2 000 jeunes des centres des loisirs cet été. Chasse au trésor et croisière sur la Seine sont au programme.

 
►L’exposition « Iles de la Seine » est présentée en accès libre jusqu‘au 2 octobre 2016 au Pavillon de l’Arsenal, 21 Boulevard Morland, 75004 Paris. Le livre éponyme est publié aux éditions du Pavillon de l’Arsenal.

 

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