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Bolivie

La Bolivie se rêve en roi du lithium

A près de 4 000 mètres d’altitude, les conditions sont extrêmes sur le Salar d’Uyuni, le plus grand désert de sel au monde.
A près de 4 000 mètres d’altitude, les conditions sont extrêmes sur le Salar d’Uyuni, le plus grand désert de sel au monde. RFI/Reza Nourmamode
Texte par : Reza Nourmamode
5 mn

La Bolivie est assise sur un trésor : les premières réserves mondiales de lithium, métal destiné aux batteries des voitures électriques. Mais alors que le marché mondial de cette ressource connaît une expansion accélérée, La Paz n’est toujours pas parvenue à exploiter ses réserves.

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De notre correspondant,

La couleur turquoise des piscines est trompeuse et, malgré le soleil de plomb, les ouvriers sont en combinaison intégrale et casque de protection. A près de 4 000 mètres d’altitude, les conditions sont extrêmes sur le Salar d’Uyuni, le plus grand désert de sel au monde dont la superficie plane et blanche de 10 000 kilomètres carrés se perd à l’horizon.

« Le pétrole du XXIe siècle »

C’est sur un tout petit bout de ce Salar que la Comibol, l’entreprise minière publique bolivienne, a construit son site pilote d’extraction du lithium. Ici, les travailleurs se réjouissent de la récente annonce faite par Tesla Motors. Le fabricant américain de voitures électriques a en effet révélé récemment qu’il comptait produire 500 000 véhicules par an à l’horizon 2020 et que, pour cela, il aurait tout simplement besoin d’absorber la totalité de la production mondiale de lithium. Au total, on estime que le marché mondial du lithium pourrait dépasser les 40 milliards d'euros en 2022.

« Les batteries au lithium vont devenir le pétrole du XXIe siècle, s’enthousiasme Waldo Encinas, l’un des ingénieurs en chef du site. Il y a beaucoup de perspectives et nous avons les yeux grands ouverts. Le marché va croître exponentiellement. Nous espérons être dans un futur proche l’une des entreprises qui soutiennent notre pays. »

« Technologie bolivienne »

Reliées par des tuyaux, sept piscines sont remplies des saumures pompées sous la croûte de sel du désert. Après un savant mélange d’évaporation et de précipitation chimique, le lithium est recueilli sous forme de cristaux. Une technologie de pointe que les Boliviens ont décidé d’apprendre eux-mêmes, explique Waldo Encinas : « Ce qui nous motive, c’est notre amour pour la patrie. Ici, toute la technologie est bolivienne, depuis la recherche jusqu’au produit final. Ça nous a coûté énormément de tout apprendre depuis zéro, mais nous sommes sur le bon chemin. »

La région de Potosi, qui comprend le Salar d’Uyuni, est l’une des plus pauvres du pays, et la population locale ne cache pas son impatience de voir le projet, qui en est encore à l’étape pilote, aboutir enfin. Une population qui pour l’instant vit essentiellement d’agriculture, d’élevage et de tourisme. Véritable merveille de la nature, le désert de sel accueille en effet chaque année environ 100 000 visiteurs.

Originaire d’un petit village situé près du Salar, Franco Vilca travaille comme guide touristique depuis vingt-et-un ans. Comme une partie des habitants de la région, il ne croit plus trop au projet lithium du gouvernement, initié il y a déjà huit ans : « Au début, j’ai vraiment cru que cela apporterait du développement pour la Bolivie et qu’on allait réellement exploiter cette ressource. Mais maintenant, j’ai peur que tout cela ne reste qu’à l’état de promesses. Nous voyons beaucoup de propagande politique autour de ce projet mais concrètement, il n’y a aucun bénéfice pour la région. »

L’étape de l’industrialisation

La lenteur du projet lithium bolivien est essentiellement due à des choix politiques. Des choix complètement assumés par le gouvernement du socialiste Evo Morales qui ne veut pas se contenter d’exporter cette ressource stratégique sans valeur ajoutée. La Paz a ainsi déjà repoussé il y a quelques années des offres de partenariat formulées par plusieurs multinationales, telles que le Japonais Mitsubishi ou le Français Bolloré.

L’objectif affiché de la Bolivie est de produire annuellement environ 30 000 tonnes de carbonate de lithium à partir de 2019, soit l’équivalent de la production mondiale actuelle. Le pays compte également être capable, à terme, de fabriquer ses propres batteries au lithium : « Nous allons poursuivre notre politique de récupération et de nationalisation, a déclaré en avril dernier le président Morales. Mais nous voulons aussi passer à l’étape suivante, qui est celle de l’industrialisation. D’ici peu, nous aurons une grande industrie du lithium en Bolivie. Et la Bolivie décidera du prix du lithium pour le monde entier. »

L’optimisme du président bolivien n’est pas partagé par tout le monde dans le pays. Certains experts locaux craignent que la Bolivie ne parvienne jamais à s’inviter dans le « marché du siècle », alors que l’Argentine et surtout le Chili sont eux déjà bien implantés : « Il est tout de même étrange que, dans le domaine que nous connaissons le moins, un secteur minier non traditionnel, le gouvernement décide de faire appel à ses propres ressources humaines, qui sont insuffisantes et peu formées, interroge Juan Carlos Zuleta, expert reconnu du lithium. Pour moi, nous en sommes à huit ans d’expérimentations erronées. Il aurait été plus judicieux établir les bases d’un accord avec une entreprise possédant de la technologie de pointe. »

Pour Zuleta, qui par ailleurs conseille plusieurs multinationales sur ce dossier, le futur succès ou échec du projet bolivien aura aussi des répercussions mondiales. D’abord car l’absence du lithium bolivien continuera de faire monter les prix, et ensuite car une pénurie prolongée du métal pourrait pousser le secteur des voitures électriques à se tourner vers une autre technologie.

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