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Racisme

Etats-Unis: le racisme en question, plus que jamais

14 août 2014. Des manifestations ont été organisées dans tous les Etats-Unis après la mort de Michael Brown, jeune Noir de 18 ans abattu par la police à Ferguson, Missouri.
14 août 2014. Des manifestations ont été organisées dans tous les Etats-Unis après la mort de Michael Brown, jeune Noir de 18 ans abattu par la police à Ferguson, Missouri. REUTERS/Eduardo Munoz

La spirale de la violence, entre bavures policières et meutres de policiers, provoque un vif débat sur le racisme aux Etats-Unis. Où il est question de la responsabilité du président Barack Obama, qui arrivera au terme de son second mandat le 17 janvier 2017, ainsi que des réponses à apporter à ce problème « systémique ».

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Alton Sterling, 37 ans, et Philando Castile, 32 ans, ont été les 114e et 115e hommes noirs tués par la police en 2016 aux Etats-Unis. Ces énièmes bavures ont déclenché des manifestations à travers le pays. Mais le 7 juillet, à Dallas, cinq policiers ont été abattus par un tireur noir et trois autres agents ont péri dans une embuscade le 17 juillet à Baton Rouge, en Louisiane.

Un sentiment de revanche a poussé Micah Xaver Johnson, 25 ans, à abattre ces policiers à Dallas, avant d’être lui-même tué. Ancien soldat africain-américain ayant combattu en Afghanistan, Johnson est devenu un héros aux yeux de certains, jusqu’en Afrique et sur les réseaux sociaux. Son exemple a été suivi dix jours plus tard par Gavin Eugene Long, 29 ans, un autre Marine africain-américain ayant servi en Irak. Comme Johnson, ce dernier a critiqué et jugé insuffisant le mouvement de protestation pacifique Black Lives Matter (BLM), avant de passer à l’acte.

20 jullet 2016. Copie d'écran d'une vidéo montrant Charles Kinsey dans sa chambre d'hôpital, mimant la scène lorsque la police lui a tiré dessus.
20 jullet 2016. Copie d'écran d'une vidéo montrant Charles Kinsey dans sa chambre d'hôpital, mimant la scène lorsque la police lui a tiré dessus. DR

L’impuissance de Barack Obama

Le fait que Barack Obama se soit déplacé à Dallas et ait réagi aux meurtres de policiers sans élever la voix de la même façon que lors des nombreuses bavures policières a alimenté le feu des critiques dans la communauté noire, 13 % de la population.

L’universitaire Cornel West, qui a déjà décrit par le passé Obama comme un « Républicain derrière un blackface », a encore une fois épinglé le président pour la « faiblesse » de sa réponse.

« Arrêtez de tuer des Noirs, a déclaré Cornel West. Arrêtez de tuer des travailleurs, parce que ce n’est pas juste une question raciale. Ils tuent beaucoup de nos frères et sœurs blancs aussi, mais du « chocolat » de manière disproportionnée. Nous sommes confrontés à des négligences sociales et un abandon économique. Tous les jours, des Noirs pauvres se débattent dans des conditions incroyablement oppressives. Nous devons pouvoir en parler de manière sincère et honnête, puis trouver des moyens de canaliser beaucoup de cette rage et de cette colère ».

Encore nombreux dans le camp démocrate, les admirateurs du premier président noir des Etats-Unis se trouvent à court d'arguments pour lui trouver des circonstances atténuantes et expliquer son impuissance face aux violences policières.

Manthia Diawara, directeur des études africaines à l’Université de New York (NYU), explique ainsi : « Les Africains-Américains sont désenchantés. Ils réalisent qu’Obama n’a pas pu faire ce pour quoi ils l’avaient élu. Ils avaient sans doute tort, parce qu’il est d’abord et avant tout un président américain, dont l’action a été déterminée par les institutions, la Cour suprême, le Congrès et le Sénat. Le président n’a pas de pouvoirs unilatéraux. Un seul homme ne peut pas venir et changer les choses… »

« Racisme systémique »

Ta-Nehisi Coates, le journaliste de 41 ans qui a publié en juillet 2015 Between the World and Me, un essai retentissant traduit en France sous le titre Une colère noire (Autrement, 2016), a traité de la violence dans laquelle baigne tout détenteur d’un corps noir dès son enfance aux Etats-Unis.

Il estimait encore, en février, que la question dépassait largement la personne de Barack Obama. « Ce n'est pas parce que Léon Blum a été chef du gouvernement français que la France n'a jamais connu de problème d'antisémitisme... Ce n'est pas parce que Benazir Bhutto a été Premier ministre qu'il n'y a pas de sexisme au Pakistan... De même, l'élection d'Obama n'a en aucun cas réglé la question du racisme aux Etats-Unis. »

Comme la chanteuse Alicia Keys, qui a posté une vidéo égrenant par la voix de célébrités noires les « 23 manières dont vous pourriez être tué si vous êtes Noir aux Etats-Unis », et interpellé Obama pour exiger « un changement maintenant », Coates tente d’éveiller les consciences sur un « racisme systémique ». Un phénomène dont la réalité est niée par une partie de l’opinion et certains experts, malgré les bavures à répétition et les scandales récurrents autour de textos racistes échangés par des policiers à Baton Rouge, San Francisco ou Fort Lauderdale.

D’autres analyses faites par des universitaires et des organes de presse ont été mises en avant par la revue Vanity Fair, relevant les pratiques des deux poids deux mesures de la police sur des critères de race. Faute de toute statistique de la police sur ses propres brutalités, les données collectées par le quotidien britannique The Guardian montrent que les jeunes Noirs américains ont cinq fois plus de chances que les Blancs de la même classe d’âge de se faire tuer par des agents en uniforme bleu.

« The Talk », le discours des parents noirs à leurs enfants

Dans un article publié le 12 juillet parThe Atlantic sur la « presque certitude de la violence anti-police », Coates rappelle l’une des facettes les plus paradoxales de ce racisme « systémique » à l’œuvre aux Etats-Unis.

Les parents noirs doivent apprendre à leurs enfants comment se comporter et quels gestes ne pas faire en présence de la police, « tout mouvement hasardeux pouvant se solder par leur assassinat légal ». Un rituel surnommé « The Talk » par les Africains-Américains, auquel n'a pas échappé Eric Holder, le premier procureur général noir des Etats-Unis, lorsqu'il était en fonction entre 2009 et 2015. « Quand le premier flic de la nation doit dire à ses enfants de rester sceptiques à l’égard de ses propres troupes, quelle légitimité cette police peut-elle avoir ? », s'interroge Coates.

A quelques mois de la fin du second mandat de Barack Obama, les Etats-Unis abordent un tournant face au racisme, qui fait l'objet d'un débat de fond. « Il n’y a pas de raccourcis pour s’en sortir, conclut Coates. Les appels moralisateurs à la non-violence n’aideront pas. « Réapprendre » [son métier à la police, ndlr] a ses limites. Tant que nous n’aurons pas bougé vers la question plus large de la politique, nous pouvons nous attendre à voir plus de victimes des brutalités policières. Notre tolérance face à cette possibilité sera égale à notre tolérance face à la possibilité de voir plus de Micah Xaver Johnson ».

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